Les pouvoirs magiques de l’éducation par Jhasua Daniel Gatica-Chacon

Lorsque j’étais enfant, j’enviais les super héros.

Peu importe ce qu’ils faisaient, ils avaient, pour la plupart, des habiletés surnaturelles qui leur permettaient de sauver le monde contre de nombreuses catastrophes. Longtemps, j’ai voulu être la personne que l’on appelle dans le but de résoudre un conflit d’ordre personnel ou même pour des situations de vie ou de mort, comme c’était souvent le cas avec mes modèles d’enfance.

C’est ce souci du bien-être d’autrui, grâce à mon intervention, qui a fait naître en moi l’altruisme.

En grandissant, j’ai découvert que nous vivons dans un monde plein d’imperfections. L’utopie d’une personne peut être une dystopie d’un autre individu et cela fait que des personnes dans ce monde sont malheureuses et appellent à l’aide.

Bien plus souvent que l’on peut penser, cela se fait en silence.

J’ai alors compris que, pour construire une meilleure société pour le plus grand nombre d’individus possible, il nous faudra la comprendre, cette société et, par extension, les membres de celle-ci. Sachant donc que c’est l’humanité qui a formé l’organisation sociale où nous vivons, une des façons de mieux déchiffrer l’entité dont nous faisons partie, c’est en explorant sa racine : les êtres humains.

J’ai eu beaucoup de questions qui nécessitaient des réponses pour mieux comprendre cette espèce fascinante. Qui sommes-nous? Comment pensons-nous? Qu’est-ce qui fait que nous sommes ce que l’on est? Qu’est-ce que la normalité ? Comment réagissons-nous en groupe? Comment les facteurs génétiques et environnementaux interagissent pour déterminer notre développement? Les questions qui émergent ne font que commencer et, à chaque réponse obtenue, de nouvelles questions nous pousseront à perfectionner le savoir scientifique.

Curiosité insatiable, soif de connaissance, besoin de me faire une place en ce monde.

C’est donc dans le but de mieux comprendre les personnes qui m’entourent que j’ai décidé, entre autres, d’étudier en psychologie.

Pour être arrivé où j’en suis, cela n’a pas été une mince affaire. Je ne suis pas né avec des dons magiques. Je ne suis pas, non plus, un génie. Enfant, on a même cru que j’avais un trouble pouvant rendre mon parcours personnel, professionnel, scolaire et social plus difficile : la dysphasie. Des professionnels (orthophoniste, travailleur social, éducateur spécialisé, enseignant en adaptation scolaire, pour ne nommer que ceux-là) m’ont beaucoup encadré au cours de ma vie. Je me considère donc chanceux, voire même privilégié, d’avoir eu une superbe équipe pour m’épauler dans ce processus d’apprentissage, de développement et d’accomplissement de soi.

Mais est-ce que tous les enfants en difficulté ont cette possibilité de pouvoir développer leur potentiel?

C’est en voyant les sans-abris, en plus d’avoir constaté la manière dont les gens les observent, comme s’ils étaient des rebuts de la société, que j’ai compris que, bien que l’on proclame justice et égalité, la réalité n’est pas représentative de nos vaines paroles. La plupart d’entre eux n’ont pas souhaité adopter ce mode de vie. Ce sont des êtres humains, comme nous, qui ont des rêves et des désirs, mais dont une lacune dans leur encadrement a causé leur rejet.

Comme le souligne Jean-Luc Dubreucq, psychiatre, directeur de l’enseignement à l’Institut Philippe-Pinel de Montréal et professeur adjoint de clinique à l’Université de Montréal, « 40 % des personnes sans domicile fixe de Montréal souffrent d’un trouble mental grave. Cette situation alarmante a des causes complexes. Prises isolément, aucune ne peut prétendre tout expliquer. Parmi elles, l’état actuel du droit interpelle plus particulièrement les psychiatres et les juristes dans leur devoir de protéger les personnes les plus démunies. »[1] Pouvons-nous chercher à mieux encadrer les individus, et ce, dès leur plus jeune âge, avant qu’ils ne deviennent sans-abris, marginalisés ou écartés de la société par d’autres moyens?

C’est donc dans le but de faire valoir le potentiel qui existe en chaque individu, malgré les obstacles dont il doit faire face, que j’ai décidé, entre autres, d’étudier en psychoéducation.

Chers lecteurs, vous me connaissez maintenant un peu mieux. Je me suis mis à nu afin que vous puissiez connaître mon parcours de vie et les motivations qui m’ont amenés à être dans le programme que je suis présentement.

Je vous invite à faire le même exercice que je viens de réaliser. Quelles sont vos convictions personnelles? Qu’est-ce qui vous a mené à étudier en psychologie? Quel chemin avez-vous parcouru pour en être arrivé ici? Quelles sont les personnes qui ont vu du potentiel en vous et vous ont encouragé dans vos actions et décisions?

Êtes-vous fiers de vos réalisations? Sachez que je suis fier des miennes, mais ce n’est pas fini : je veux être également fier de ceux qui auront été en mesure de surmonter les épreuves de leur vie en leur fournissant des outils et de l’aide adapté à leurs besoins.

Maintenant que je suis un adulte, je n’ai plus rien à envier aux super héros.

 

Références:

[1] DUBREUCQ, Jean-Luc. « Santé mentale des sans-abri : faut-il intervenir davantage ? », Psychiatrie et violence, vol. 8, no 1 (2008), https://www.erudit.org/revue/pv/2008/v8/n1/018663ar.html (Page consultée le 08 septembre 2016)

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