Ces initiées responsables de la culture du viol par Justine Sara

Après avoir fait le tour des réseaux sociaux, je constate qu’une grande partie des défenseurs des initiations tournent autour des mêmes concepts :

  • Si tu ne voulais pas faire les jeux, tu n’avais qu’à ne pas te pointer aux initiations.
  • Si tu n’es pas capable de résister à la pression des pairs, c’est que tu n’es pas assez forte pour être dans la gang.
  • Les activités sont facultatives, si tu n’es pas capable de t’affirmer, tu peux quitter les lieux.

« Culture de la victime », que je peux lire sur Facebook.

Autant cette vision des choses me procure un sentiment de colère intense, autant je m’interroge sur la source de ces opinions.

Est-il possible d’expliquer pourquoi les personnes rejettent toujours la faute sur les victimes ? Pourquoi sommes-nous responsable des problèmes qui nous arrivent ? Pourquoi ces filles qui se sont senties obligées de participer à des activités à caractère sexuel ou qui ont été offusquées des chansons vulgaires sont-elles responsables de leur propre malheur ?

Bien entendu, il est possible que les articles comme celui du Pigeon Dissident (La Bière est Amère)1 ait alarmé autant les amoureux des initiations que ses ennemis. Les phrases, en particulier, qui relèvent l’attention du public, ressemblent à celle-ci :

«C’est juste que c’est tellement valorisé d’enlever son chandail et ses pantalons que même moi, et je me considère assez classy, des fois je me sentais mal de pas le faire ou de pas encourager des filles à le faire pour faire gagner ma section. »

Bien sûr, sur la toile, on n’entend que c’est la faute de la fille. Qu’elle avait simplement à ne pas participer si elle n’était pas d’accord. Que la culture du viol n’est qu’une illusion.

Ce n’est pas la première fois que je vois quelque chose du genre. Il me semble que c’est beaucoup trop récurrent de rejeter la faute sur la victime. Dans les cas d’agressions sexuelles, les femmes sont souvent prises comme responsables de ce qui leur arrive. « Comment étais-tu habillée ? » après une agression dans la rue. « Vous êtes en couple, tu ne peux pas lui dire non… » après une agression dans la sphère privée.

Dans mon cours de psychologie sociale avec Docteur Marc Viaud, nous avons abordé l’hypothèse du monde juste de Melvin Lerner (1970)2. Selon ce biais cognitif, « les gens méritent ce qu’ils ont et ont ce qu’ils méritent ». En d’autres mots, les mauvaises choses n’arrivent qu’aux mauvaises personnes, et, dans ce cas, les victimes sont donc responsables de leurs malheurs. Pourquoi faisons-nous ça ? Parce que d’avouer que certaines choses peuvent arriver à tout le monde remettrait en question la théorie du monde juste et, par le fait même, l’illusion d’équilibre dans le monde qui nous entoure et la possibilité que l’on soit nous aussi en danger.

Il est donc normal chez l’être humain d’essayer de trouver des raisons pour lesquelles la victime pourrait être responsable de ce qui lui arrive, même si ce n’est pas bien vu dans la société. Ce serait un « processus appris et transmis par différents agents de socialisation tels que l’école, la famille ou l’entourage […] , et renforcé par les institutions d’une façon générale […]. »2 (Jorge, 2006)

C’est définitivement une mentalité qui se doit d’être changée parce qu’elle affecte les femmes partout dans le monde. Elle affecte également les hommes, même si c’est moins fréquent.

Je crois qu’il est facile de voir comment l’hypothèse de Lerner peut avoir un impact sur les victimes de viol ou d’agressions sexuelles. C’est un phénomène que l’on voit partout sur Internet, je ne passerai pas plus de temps à essayer de vous le faire comprendre. Je vous encourage à ouvrir les pages de commentaires sur les journaux électroniques les plus populaires et vous comprendrez.

Pour ce qui est des initiations, c’est moins clair, mais tout de même très présent. Du moins, cette hypothèse me renvoie directement à ce que l’on reproche aux filles qui se sont senties brimées pendant les initiations. Si ce n’était légitimement pas de leur faute, personne ne serait à l’abris de la culture du viol et de ses impacts. D’accepter qu’elles ont raison serait d’accepter que le caractère sexuel des initiations ne concorde pas avec nos valeurs en tant que société, et donc d’avouer que nous sommes en faute et en proie à de telles répressions.

Soit dit en passant, nous devrions passez plus de temps sur les passages pertinents de l’article du Pigeon Dissident :

« Nous ne pouvons pas tolérer des paroles, des actes, des comportements entre nous que nous réprouvons autrement ailleurs, dans un autre contexte. Nous devons être cohérents. Il n’y a pas de coupables ici. Ce ne sont pas les organisateurs. Ce ne sont pas les participants. Les coupables, c’est vous, c’est nous, c’est chacun d’entre nous pris isolément qui accepte par son silence de cautionner que des idéaux aussi distants de ce que nous défendons soient perpétués. »

 

Références

  1. L’équipe du Pigeon Dissident. (20 septembre 2016). La Bière est amère. Le Pigeon Dissident. Repéré au http://www.pigeondissident.com/single-post/2016/09/20/La-bière-est-amère
  2. Jorge, A. P. (2006) Quand elle mérite l’agression. Repéré à http://www.unil.ch/files/live//sites/ceg/files/shared/WorkinProgress/WG2006brochureOK.pdf#page=55

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