Prévention vs Punition par Youssra Siouda

On est tous des bêtes sociales; qu’on le veuille ou non, on a survécu et on continue de survivre par notre attachement à la société. Auparavant, Darwin l’a mentionné et, évolutionnistes ou pas, arrêtons-nous une seconde pour prendre le temps de reconnaitre le pouvoir qu’exerce la société sur notre vie.

Que nous soyons une âme solitaire ou une forme de bibitte à gens, dès notre naissance, nous sommes tous à la recherche de toutes les formes de support qui existent, à commencer par celui de nos parents.

D’ailleurs, plusieurs variables et dimensions de notre personnalité se développent et dépendent des degrés de support social auxquels la vie nous donne droit. Sinon, la psychologie sociale ne serait pas intégrée à la formation des futurs psychologues.

Jusqu’à maintenant, vous vous sentez en accord ou en semi accord avec ce que je vous raconte?

Alors, stop.

Arrêtons de regarder de travers ces personnes qui ont besoin de documenter leur vie jusqu’au point de nous montrer la couleur de leur bobettes du dimanche soir.

Puisque notre manque d’expression faciale en swipant sur la photo des bobettes ne nous place pas en meilleure position que la personne qui les porte.

Indifférents nous restons et, ainsi, continuons notre socialisation virtuelle.

Swipe.

Et voilà que nous pressons ‘’like’’ sur une photo de Kanye West qui est habillé comme un itinérant #pablo, des Canadiens de Montréal qui ont gagné deux matchs d’affilés #çasentlacoupe, de Kylie Jenner qui a sorti son nouveau rouge à lèvre #kylieJennerlipchallenge, ou d’une photo qui affiche Hilary Clinton et le mot féministe en background #ImwithHer.

Que nous étalons notre vie sur les réseaux sociaux ou pas, nous participons presque tous à la dynamique de ces derniers. Nous y sommes baignés jusqu’au cou, mais comme l’amour ou le sexe, nous avons tous une différente manière de vivre l’expérience.

Et c’est normal.

Le besoin humain de se faire reconnaitre par des likes ou celui de participer à la société virtuelle est, selon moi, devenu à travers le temps des besoins de socialisation naturels. Maslow ne serait peut-être pas d’accord, mais nous sommes en 2016 et bien des choses ont changé à travers les années et les générations.

En 2016 ou en 1940, ce que mon entourage dit ou pense de moi forme, dans bien des cas, ce que je vais dire et penser de moi-même. C’est l’effet miroir qui reste une constante dans la formation de notre identité personnelle.

Le miroir a juste un différent cadre à c’t’heure.

Puisqu’aujourd’hui, je me forme dans une société qui ne cesse de bouger et qui ne cesse de prioriser l’interaction sociale à distance.

Je vis dans l’instantané. Faut que ça bouge. Faut qu’il y ait de l’action.

Et c’est ben correct comme ça.

Mais jusqu’à quel point faudrait-il laisser cette soif de reconnaissance et d’identification sociale virtuelle affecter notre vie et notre société?

Parce que comme les bons humains que nous sommes, la modération ne fait pas toujours partie de notre langage. Sinon, l’extinction des abeilles ne serait pas un sujet d’actualité.

En effet, en 2016, nous sommes aussi bien souvent dans l’exagération.

Pourquoi est-ce que je vous raconte tout ça?

Parce qu’après avoir regardé le film 1min54 de Yan England – que je recommande à tous, en passant, j’ai réalisé que j’étais vraiment écœurée du taux de suicide dans les écoles secondaires.

Effectivement, je suis plus que tannée de l’intimidation qui aboutit à un cercueil enfouis 6 pieds sous terre et qui a de plus en plus comme élément déclencheur le nombre de like sur une vidéo de Julie qui suce Karim mise en ligne par Karim parce que Julie c’tune Bitch.

Le fait que les jeunes utilisent les réseaux sociaux pour se nuire et non se lier entre eux, ça c’est de l’exagération volontaire.

Nous voulons avoir un Québec ambitieux et, de cette manière, nous incitons les jeunes à faire des choix de carrières dès leur cinquième secondaire.

Nous voulons aussi avoir un Québec libre et plein de confiance, mais nous ne prenons pas nécessairement le temps de nous familiariser avec cette chaine virtuelle à laquelle les adolescents sont attachés 24h sur 24.

Quand la phrase « les jeunes de nos jours là…» ne cesse de faire surface, on peut ressentir dans l’air une odeur d’incompréhension profonde par les générations antérieures des enjeux auxquelles font face la génération Z.

Mais, un jour ou l’autre, il va falloir commencer à faire face à la réalité que vivent des milliers de jeunes aujourd’hui, en 2016, et non il y a 5 ou 10 ans…

Et d’agir.

À la place de bannir Facebook ou Youtube dans les écoles secondaires, pourquoi ne pas en parler comme l’on parle de condoms et de trompes de Fallope en troisième secondaire.

À la place de critiquer ce monde virtuel auquel les jeunes sont introduits dès leur enfance ou de tenter de les garder hors de celui-ci, pourquoi ne pas tenter d’enseigner les avantages et les inconvénients à ces derniers dès un jeune âge.

Au lieu de tenter de trouver les coupables qui ont dessiné un pénis sur le casier de Julie, pourquoi ne pas tenter de mettre en action toute notre énergie en lui offrant l’aide et le support qu’elle n’ose pas demander.

À la place d’interdire les camisoles bretelles aux petites filles parce que ça déconcentre les p’tits gars, pourquoi ne pas prendre ce temps de discipline pour tranquillement faire prendre conscience aux adolescents l’importance du respect d’autrui et l’égalité des sexes.

Parce que prévention a toujours meilleur goût que la punition.

Et, parce que, qu’on ne le veuille ou pas, il va falloir apprendre à vivre avec Facebook, Twitter et Snapchat, tel que nos ancêtres ont appris à vivre en société.

 

-You’

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