Amours d’automne par Matteo Esteves

C’est peut-être l’automne. C’est peut-être un peu tout. Tout ce qui suit le premier pas vers une… émancipation ? Avant la liberté, il y aurait besoin de s’émanciper, peut-être. Parce que la liberté, on peut la ressentir même en étant enfermé. La liberté est une affaire très individuelle, en fait. La langue française et peut-être toutes les langues ont cette lacune de trouver un terme spécifique à la liberté, qu’on pourrait bien ne pas ressentir tout en étant libre, mais qu’on pourrait éprouver tout en étant privé de libertés, au pluriel. Peut-être même que certaines personnes vont goûter et trouver leur liberté une première fois en prison, qui sait ? Être libre, au fond, ce n’est pas tant de ne pas être enfermé, barricadé. C’est avant tout ne pas être dépendant, aliéné. En fait, peut-être que, pour être plus clair, il faudrait dire « être libre » pour cette sensation qui rejoint un sentiment de paix et de joie. Et parler de liberté seulement quand il s’agit d’être libre physiquement, quand il est question de ne pas avoir d’entrave aux mouvements.

Enfin… C’est certain que plusieurs philosophes se sont déjà penchés et prononcés sur la question. Et si j’aime bien la philo, je dois dire que je n’ai pas lu beaucoup de textes qui traitent de ces concepts. Finalement, à part ces capsules (tiens, ça fait longtemps d’ailleurs) du magazine philo et quelques titres d’André Comte-Sponville, je n’ai lu quasiment rien d’autre. Je pourrais dire « rien » tellement c’est lointain et oublié, ces textes classiques lus au lycée par obligation. Ce qu’il me reste de ces cours est que j’aimais bien le prof et le fait qu’il y ait des débats, mais surtout que je n’ai presque jamais rien compris aux textes des philosophes étudiés. Il y avait Platon, Socrate, Descartes et Kant et peut-être Hegel, si c’est bien là son nom d’ailleurs. Et peut-être excepté Kant, j’ai eu bien du mal à suivre le fil de ces longs textes. Quant aux dissertations, le prof était sans doute indulgent envers moi pour les notes, puisque mon plan ne suivait pas la structure imposée. Ma pire note du bac a été en philo d’ailleurs, alors que j’aimais bien la matière. Mais quand j’écris, pas de structure. Je ferais un très mauvais écrivain de philo. Je ferais un mauvais écrivain tout court, d’ailleurs. Mais ce n’est pas grave. Je ne veux pas être écrivain. Je veux juste m’exprimer, et ça passe beaucoup par l’écriture on dirait bien, mais pas d’autre ambition. Que ça touche, quand ça touche, est un effet secondaire plaisant, mais ce n’est pas un objectif. Je n’écris même pas pour être lu, d’ailleurs, même si j’écris parfois en pensant que ça pourrait l’être. Et je sais que c’est éventuellement lu par au moins une personne, mais je ne pense pas à quelqu’un en particulier qui lirait lorsque j’écris, que ce soit une personne connue ou un inconnu, je n’y pense simplement pas, à la « personne » qui lirait. Bref, pas un objectif. Re-bref, pas un écrivain, ni au présent ni au futur.

J’ai bifurqué de nouveau on dirait bien. Cette fois-ci, le titre me ramène à ce dans quoi j’étais lorsque j’ai pensé à l’écrire. C’est peut-être la liberté donc, liberté qui, pour moi, a commencé vraiment à partir du moment où la décision de partir a été prise. Elle a commencé quand j’ai décidé que la relation était trop aliénante. Je le savais déjà, c’est un fait, je me disais depuis longtemps que ça n’allait pas. Mais de le décider amène ailleurs, la décision est ce qui permet l’action. Pas la prise de conscience ni le fait de savoir. Décider, c’est se dire qu’il faut vraiment faire quelque chose de plus radical. Arrêter de vouloir réparer, (r)accommoder. Arrêter de croire que ce genre de bris dans la relation se recolle alors qu’on est chacun en morceaux.

Bon… j’ai de nouveau dévié de ce moment d’éternité dans lequel je me suis trouvé en passant par le parc. Les feuilles au sol, le cœur léger malgré tout, le cœur léger même quand il est triste, et même quand il est vraiment très triste. Les feuilles au sol et une musique douce dans les oreilles, les écureuils, les gens pressés de rentrer, pressés d’aller s’engouffrer dans le métro pour aller où ils s’en vont, peu importe. Les pigeons. Un couple qui traverse le parc et qui fait un arrêt pour s’embrasser. C’est peut-être l’automne la saison des amours, chez l’homme. En tous cas, moi, je me sens en amour de ces feuilles, ces personnes, ces écureuils qui pensent qu’on ne les a pas vus cacher leur butin sous les amas de feuilles. Celui-là n’a presque pas creusé pour enfouir une fraction infime de sa réserve. En amour avec les flaques d’eau. En amour avec l’automne. Avec le monde. Même si. Même s’il est triste, parfois très triste. Même s’il a mal et qu’il fait mal aussi. Parfois très mal. Malgré tout, je suis juste en amour.

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