L’adolescence : est-ce utile ? Par Catherine Frigon

On a souvent l’impression que les adolescents de nos jours sont de pire en pire quant à l’attitude qu’ils ont. Ils défient leurs parents, font de mauvais coups et ne veulent pas l’aide des plus vieux. Il est très facile de se remémorer comment nous étions à cet âge, ou bien de penser à des adolescents de notre entourage. Cette période est appelée par plusieurs «une crise».

Cette crise, redoutée de tous, est ce qu’on appelle chez les psychodynamiciens «la crise d’adolescence». Cependant, la réelle crise d’adolescence en terme de gravité n’est présente que chez une minorité des adolescents (Cloutier et Drapeau, 2008). Alors pourquoi avons-nous tant l’impression qu’elle représente la normalité ?

En fait, cette impression nous vient des médias qui nous présentent des cas de jeunes provenant de cette minorité ayant des difficultés sérieuses. Une des répercussions de cette représentation médiatisée est que le grand public généralise cette tendance à l’ensemble des jeunes entre 12 et 18 ans. Ainsi, oui il existe une crise d’adolescence, mais la majorité des jeunes de cet âge n’ont pas de crise grave, et même qu’ils vont très bien. Pourtant, les adultes tendent à reprocher aux jeunes qu’ils sont mal élevés et que dans leur « temps » les jeunes se comportaient mieux. Toutefois, selon l’étude sur plusieurs facteurs de styles de vies chez les jeunes, il est possible d’affirmer que les jeunes vont de mieux en mieux. Certes, leur image corporelle est différente de celle vue à l’époque, mais au niveau comportemental il y a une nette amélioration. Par exemple, on note une diminution du taux de tabagisme chez les adolescents québécois entre 1998 et 2004. On note aussi une diminution de la criminalité depuis 2002 et une stabilisation du décrochage scolaire. En effet, le taux d’obtention de diplôme d’étude secondaire est passé de 57% en 1976 a 87,3% en 2008, mais il est plutôt stable depuis 1996. (Cloutier et Drapeau, 2008).

Qu’est-ce que c’est réellement l’adolescence ? Selon Erickson, le cinquième stade du développement correspondant à l’adolescence représente pour lui une crise d’identité. C’est « une période de recherche, d’introspection et d’exploration à partir de laquelle surgit l’identité » (Cloutier et Drapeau, 2008). C’est à cette étape qu’un jeune découvre qui il est et où il s’en va. C’est pourquoi les pairs sont très importants à cette étape de la vie : ils permettent l’expérimentation et la comparaison.

Selon Jeammet (2007), l’adolescence est un phénomène universel retrouvé exclusivement chez les humains, pendant que la puberté est un phénomène que l’on observe chez tous les vertébrés. Cependant, l’adolescence est perçue et vécue de différentes façons selon de nombreuses cultures. Par exemple, plusieurs sociétés perçoivent l’adolescence comme une sorte de rite de passage qui permet la transition d’un statut vers un autre : celui de l’enfance vers l’âge adulte. Physiologiquement, ce passage est normalement perçu comme étant la puberté. Toutefois, chez certaines cultures, il y a l’ajout de rites initiatiques, comme des pratiques sexuelles transgressives, la consommation d’alcool de palme, la consommation de drogues hallucinogènes ou même le droit de commettre des actes illégaux sans être punis (Ahovi et Moro, 2010). Dans la culture occidentale, les différents stades du développement sont généralement discontinus. Ainsi, les enfants ne peuvent pas faire les mêmes comportements que les adultes. C’est donc à l’adolescence qu’a lieu de nombreux changements avec le passage de l’école primaire au secondaire. Les adolescents se rapprochent brusquement de la vie adulte. Un des grands changements qui survient pour les adolescents dans nos sociétés occidentales est l’accès à la sexualité. Ce nouvel élément dans leur vie est possible grâce à la puberté. De plus, les jeunes adolescents se voient donner une tonne de responsabilités qu’ils n’avaient jamais eu auparavant. Ces changements brutaux ne sont pas unanimes dans toutes les sociétés. En effet, la grande anthropologue américaine Margaret Mead a fait des études sur la population des Îles Samoa en Polynésie et y a remarqué que leurs stades de développement étaient très différents de ce que nous vivons en Occident. Effectivement, selon leur culture, les enfants et les adultes ne sont pas très différents et donc, les enfants ont accès à la sexualité et aux mêmes responsabilités que les adultes. Les changements dans cette société, en comparaison avec les changements occidentaux, se font plutôt de façon progressive (Cloutier et Drapeau, 2008).

De ce fait, il est possible de s’interroger sur les effets négatifs que peuvent avoir la période d’adolescence dans notre société occidentale : de grands stress, des changements tant au niveau corporel que relationnel et des choix à prendre pour l’avenir. Ainsi, dans une population comme celle des Îles Samoa en Polynésie, les jeunes semblent subir beaucoup moins de pressions sociales et de stress, puisqu’ils n’ont pas cette période de nouveautés. Dans ce cas, le fait de faire vivre aux jeunes cette période de façon moins mouvante peut sembler les aider à la vivre de façon plus paisible. Donc, plutôt que de créer chez eux un sentiment de crise, de perte de contrôle, comme il est parfois possible d’observer dans notre société, cette période est vécue chez eux de façon davantage positive.

Ainsi, cette façon d’aborder et de faire vivre aux jeunes leur adolescence pourrait avoir des répercussions positives et remédier au problème de crise adolescente tel que vu dans une société comme la notre. Cette constatation peut mener à une certaine remise en question de l’évolution des stades développementaux tels qu’ils sont vécus et appris dans notre société. Finalement, il pourrait être pertinent de penser à informer la population de ce qu’est la crise d’adolescence et de tenter de présenter des solutions de manière à ce que les impacts de l’instabilité à l’adolescence soient moindres sur les jeunes.

Alors, devrions-nous abolir l’adolescence?

Catherine Frigon

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Bibliographie :

Ahovi, J., et Moro, M. (2010) Rites de passage et adolescence. Adolescence, 4(74), 861-871. Doi 10.3917/ado.074.0861

Cloutier, R. et Drapeau, S. (2008). Psychologie de l’adolescence (3e édition). Canada : Chenelière Éducation.

Dahan, C. (2013) Les adolescents et la culture. Cahiers de l’action, 1(38), 9-20. Repéré à http://www.cairn.info/revue-cahiers-de-l-action-2013-1-page-9.htm

Jeammet, P. (2007). L’adolescence (Nouvelle édition). Paris : Éditions Solar.

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