Histoire d’amour par Benjamin Lechasseur

Cher Amour,

Je m’adresse à toi, en cette Saint-Valentin, afin de te faire part de mes nombreuses réflexions à ton égard. Pour montrer qu’à travers ta simplicité apparente, tu es, Amour, beaucoup plus complexe que les films d’Hollywood peuvent laisser paraître. Tu es un paradoxe émotionnel fascinant et notre histoire le montre bien.

J’aimerais commencer par te remercier. Tu es arrivé dans ma vie à un jeune âge et l’expérience que j’ai acquise durant cette période immature et innocente m’a beaucoup aidé à mieux comprendre la vie par la suite.

Lorsque je t’ai ressenti pour la première fois, tu n’étais pas très facile à comprendre. Mon manque de maturité ne me permettait pas de saisir l’ampleur de ta présence. Un amour enfantin. C’est comment on te décrit lorsque tu te manifestes à une telle période. Cependant, tu étais bien réel et les marques que tu as laissées en moi sont toujours présentes aujourd’hui. Dans les années qui ont suivi, je t’ai vu te concrétiser sous mes yeux et te comprendre est devenu plus facile. Bien sûr, j’étais encore très loin de la vérité, mais le chemin vers la réponse se faisait bien. Sans trop d’embrouilles, je suis parvenu à te ressentir en moi une deuxième fois. Cette fois-ci, j’étais en mesure de mettre des mots sur ce que je ressentais. Mes premières tentatives de poèmes et mes premiers questionnements existentiels à ton sujet me sont venus à cette époque. Je te saisissais un peu mieux. Je pouvais enfin voir plus clair dans ton jeu. Mais malgré mes efforts de compréhension, je te trouvais toujours très complexe et je trouvais tes allées et venues très étranges.

Tu vois, j’avais remarqué, à cette période de ma vie, que certaines personnes ne t’avaient jamais vu. Elles ne savaient même pas qui tu étais. Elles connaissaient ton nom, oui, mais elles n’étaient pas en mesure de dire quoi que ce soit à ton sujet.

À un jeune âge, toi, l’Amour, tu es utopique. Qu’on te vive ou non, nous avons tous cette idée grandiose de ce que tu es. Le bien absolu en quelque sorte. Ce n’est que quelques années plus tard que tu allais me montrer ton vrai visage. Cette utopie qu’on s’imagine que tu es, cette représentation farfelue qu’on se fait de toi, tout ca n’est qu’une illusion. Car oui, tu es divinement beau et tu apportes un bien infini à quiconque te vit, mais tu es aussi accompagné de chagrin, de tristesse, de colère et de mépris. La seule façon de se rendre compte de cela, c’est de te laisser entrer en nous sans barrières.

Quand on se tient devant l’amour, c’est comme se tenir devant un arbre. On se tient tellement près de celui-ci, qu’on n’est pas capable de voir la forêt qu’il y a derrière. L’amour est la forêt et chaque arbre est une de ses facettes. Pour bien voir de quoi l’amour est fait, il faut parfois prendre un peu de recul.

C’est ce qui m’amène à la troisième fois que tu as chamboulé ma vie. Ayant pris de la maturité, j’étais plus en mesure de te voir clairement et de te comprendre. Tu ne t’es pas présenté à moi tout d’un coup. Tu as pris ton temps pour m’amadouer et me laisser tenter vers toi. Lorsque j’ai compris que tu me faisais face et que tu appelais mon nom, je n’ai pas réfléchi et je t’ai pris dans mes bras. Je t’ai serré fort contre moi pendant un très long moment. J’en oubliais ce qui se trouvait autour de moi. Je t’ai suivi à travers la brume, sans me rendre compte que tu m’éloignais de mon chemin initial. Tu m’as amené jusqu’à un gouffre, tu m’as regardé tendrement et tu m’y as poussé. La chute fut longue. Je t’ai regardé disparaître tranquillement, sans être capable de faire quoi que ce soit pour t’attraper. En arrivant au sol, je me suis écrasé. Je suis resté là, par terre, pour ce qui m’a semblé une éternité. Je savais, cependant, qu’il fallait que je me lève et que je remonte à la surface. En me levant, j’ai réalisé que tu m’avais pris quelque chose. Tu m’avais volé ce qui t’avait permis d’entrer en moi en premier lieu. Mon cœur n’était plus là. De peine et de misère, je suis remonté à la surface, et là, par terre, je l’ai vu, sur le sol, poignardé et déchiré. Je l’ai pris, et je l’ai remis à l’intérieur de moi. Il me faisait mal, mais je savais que je ne pouvais pas vivre ma vie sans lui.

Kierkegaard a dit de toi : « L’amour malheureux est la plus haute forme de l’amour. » Je crois maintenant qu’il avait raison.

Ma guérison fut longue. Le temps est le seul remède pour les maux de l’âme. Il fut un bon allié, et par moment, un ennemi. Je sais, maintenant, pourquoi vous travaillez ensemble, toi et le temps. Les blessures de mon cœur ont fini par guérir, mais les cicatrices sont toujours présentes. Je ne croyais pas qu’elles m’affecteraient, mais je les ai ressenties récemment. En effet, je t’ai aperçu il n’y a pas si longtemps. Je t’ai vu de loin, mais je t’ai tout de suite reconnu. Tu es toujours aussi beau, tu sais. Toujours aussi désirable. Je me demande si je dois m’approcher. Si je dois me laisser séduire et te prendre dans mes bras à nouveau. Tu vois, les marques que tu m’as laissées me rappellent ce que tu m’as fait subir. J’ai peur de toi, et cette peur est ressentie très vivement à l’intérieur de mon être. Je réalise cependant que cette peur me permet de savoir que je suis en présence de quelque chose de spécial. J’accepte ce que tu m’as fait jadis. Je comprends maintenant ta réelle utilité. Les leçons que tu m’as apprises ne pouvaient l’être autrement. Je n’ai jamais arrêté de penser à toi. Je suis retourné sur le chemin duquel tu m’avais éloigné autrefois. Prenant la route de ma vie, je me suis fait la promesse que j’essaierais de te retrouver et que lorsque ce jour viendrait, je serais plus prudent à ton égard. Si tu en vaux la peine, je te reprendrai dans mes bras.

J’avais alors compris qu’en amour, tout commencement est une fin, et toute fin un commencement.

Tu vois, Amour, je me suis demandé pourquoi on te désire tant. Je ne sais pas exactement pourquoi, mais je sais que lorsque qu’on a gouté à toi, on devient accros. On veut sentir ta douceur sur le bout de nos doigts, laisser ta chaleur envahir notre corps, vivre l’euphorie et ne plus jamais rien ressentir d’autre. Tu es une drogue bien spéciale dont l’humain a grandement besoin.

Lucrèce s’est exprimé comme suit à ton égard : « L’amour nourrit l’amour; il est l’unique chose dont la possession aiguise le désir. Plus le cœur en a pris, plus il en veut saisir. »

Tu m’as enseigné plusieurs choses. La liste est longue et même si du coup, je ne me rappelle pas de toutes les leçons, je sais qu’elles sont toutes à l’intérieur de moi et qu’elles m’aident à vivre.

En amour, nous sommes soumis. Nous sommes les esclaves de la passion. L’étincelle prend feu et la chaleur nous fait du bien. On peut soit éteindre la flamme ou se laisser brûler. Dans les deux cas, ça fait mal. On peut accepter l’amour ou le refuser. On peut vouloir lui faire la guerre ou accepter sa présence et faire la paix. On peut le vivre une seule fois pour toujours, une dizaine de fois ou ne jamais le vivre. Il peut tout nous donner, comme il peut tout nous prendre. Bref, l’amour est ambigu. Il va et vient de façon aléatoire et est difficile à discerner dans le dessin complexe qu’est la vie. Il est partout autour de nous, et parfois, il nous suffit juste d’ouvrir les yeux pour nous apercevoir qu’il nous regarde.

Sur ce, cher Amour, je dois avouer que ma vie jusqu’à présent est belle en partie grâce à toi. Je suis parfois encore médusé à ton égard. Il y a beaucoup à ton sujet que je ne comprends pas, mais tu t’es ouvert à moi et m’as beaucoup appris sur toi, moi et la vie. J’ai réussi à comprendre de quoi tu étais constitué, les différentes émotions qui t’accompagnent et les différentes façons que tu as de te manifester dans notre corps. Au niveau physique, physiologique ou psychologique, tu demeures une complexité fabuleuse, une énigme passionnante, et un trésor qu’il nous faut partager à deux.

Blaise Pascal a dit un jour : « L’homme seul est quelque chose d’imparfait. Il faut qu’il trouve un second pour être heureux. »

Merci Amour! Merci pour tout. Pour les bonheurs et peines, les belles rencontres et les moments de solitude. Je réalise maintenant qu’ils sont tous importants.

Au plaisir de te voir sous peu.

Ton fan #1

 

Laisser un commentaire

Entrez vos coordonnées ci-dessous ou cliquez sur une icône pour vous connecter:

Logo WordPress.com

Vous commentez à l'aide de votre compte WordPress.com. Déconnexion / Changer )

Image Twitter

Vous commentez à l'aide de votre compte Twitter. Déconnexion / Changer )

Photo Facebook

Vous commentez à l'aide de votre compte Facebook. Déconnexion / Changer )

Photo Google+

Vous commentez à l'aide de votre compte Google+. Déconnexion / Changer )

Connexion à %s