Immunisation des stéréotypes par Noémie Maheux-Racine

La place des femmes sur le marché du travail a fait un grand pas vers l’avant depuis les dernières années. Selon Statistique Canada, en 1976, uniquement 48% des femmes occupaient un emploi rémunéré tandis qu’en 2009, ce chiffre s’élevait à 76%. En 2007, les diplômés universitaires étaient principalement des femmes (61%), contrairement à 56% en 1992. De plus, les femmes apparaissent majoritaires dans tous les domaines d’études, excepté en architecture, génie, mathématique et informatique, ainsi que dans les services personnels de protection et les transports. Depuis 2014, l’activité des femmes sur le marché du travail augmente à un rythme toutefois plus modéré et atteint 82% comparativement à 91% pour les hommes.

Malgré ces progrès, selon une étude de Taylor en 2010, même si les femmes s’évaluent de façon équivalente aux hommes quant à leurs compétences sociales et émotionnelles sur le marché du travail, lorsqu’on leur demande d’indiquer comment elles seraient évaluées par leurs managers et leurs pairs, leurs prédictions semblent moins justes que celles des hommes. En fait, les hommes s’évaluent généralement de la même manière que si on leur avait demandé de prédire comment leurs pairs les évalueraient.

À ce jour, certains préjugés plus subtils demeurent. Les possibilités d’avancement au niveau professionnel chez les femmes tendent à être plus lentes et elles sont, généralement, sous-représentées dans les postes plus élevés. Les femmes pourraient être les premières à utiliser certains stéréotypes liés au genre et à s’en servir en évaluant plus négativement leurs compétences en fonction de la manière dont elles pensent que les autres les évalueraient (Scott N Taylor, 2010). Certaines de ces tendances à l’utilisation de stéréotypes commencent très tôt dans l’enfance alors que, sans mauvaises intentions, on transmet des valeurs aux jeunes filles qui prônent la docilité ou bien les aptitudes relationnelles, tandis que les garçons adoptent des comportements liés à la combativité ou la compétitivité. Des jeux d’identification à des superhéros ou de construction, tels que les legos, sont naturellement donnés aux garçons, tandis qu’on lègue aux filles des poupées ou des jeux valorisant davantage la socialisation. Les médias reflètent également cette vision stéréotypée de genre, notamment lorsque la femme est représentée occupant un rôle plus maternel et l’homme faisant du sport ou étant actif dans le milieu professionnel.

Ainsi, on renforce cette image clivée des rôles typiques masculins et féminins et on encourage, d’une certaine manière, les femmes et les hommes à correspondre à ces stéréotypes et à ne pas dépasser les attentes propres à leur genre qui leur ont été inculquées depuis de nombreuses années. Sinon, un conflit émergerait entre ce que la société attend inconsciemment du genre et ce que l’homme ou la femme aspire réellement à être. Chercher à atteindre un but contraire à ce que la société tente de nous transmettre pourrait alors engendrer de l’anxiété. C’est pour cette raison qu’une plus grande variété de rôles devrait être transmise aux deux genres. Au lieu d’apprendre aux enfants à adopter un rôle stéréotypé lié à leur genre soit la combativité OU la sociabilité, il serait plus convenable de leur montrer une infinie de possibilités sans que leur sexe vienne limiter ces choix possibles. Il y a plusieurs façons de contrecarrer ces connaissances erronées qui sont néanmoins répandues. Par exemple, les parents peuvent échanger de rôles, soit se relayer les tâches domestiques, les activités avec les enfants, l’aide aux devoirs ou l’investissement dans les jeux physiques. En fait, les parents incarnent le premier modèle de genre auquel l’enfant s’identifie. Alors que l’enfant peut d’abord se montrer rigide dans sa catégorisation, et ainsi développer plus facilement des stéréotypes, il est de la responsabilité de l’adulte de lui montrer que ces catégories peuvent se montrer plus flexibles. Ainsi, les deux catégories quant à ce qui correspond à l’un des deux sexes se chevauchent de plus en plus et peuvent ne plus être totalement distinctes. En d’autres mots, les rôles de genre (combativité ou sociabilité) qui avaient été placés dans l’une ou l’autre des catégories de genre deviennent plus homogènes et moins différenciés. Il n’y a plus de « right or wrong » de ce qui devrait être féminin ou masculin.

La réussite ne devrait pas engendrer de la culpabilité et l’effort égal devrait offrir les mêmes possibilités.

Références

http://ici.radio-canada.ca/nouvelle/471707/etude-travail-femmes

http://www.statcan.gc.ca/pub/11-630-x/11-630-x2015009-fra.htm

http://journals.sagepub.com/doi/pdf/10.1177/0018726710387950

http://www.lecrips-idf.net/informer/dossier-thematique/dossier-genre/inegalites-stereotypes-genre.htm

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