Le féminisme en 2017, pourquoi ? Par Catherine Côté

La Journée internationale des droits des femmes soulève, chaque année, des débats enflammés quant à sa pertinence pour les femmes des pays « développés ». Nous avons tous pu voir circuler le 8 mars dernier (et à longueur d’année, tant qu’à se dire les vraies affaires) des commentaires sur les réseaux sociaux qui remettent en question le mouvement féministe et les inégalités qui seraient, selon certains, des fabulations « féminazies ». Comme quoi Idola St-Jean et les suffragettes défendaient une vraie cause, solide et légitime, contrairement aux femmes du XXIe siècle.

Bin oui toé chose ! On a le droit de vote, késsé qu’on pourrait bien vouloir de plus ?

Je sais ne pas… Peut-être le fameux cliché de « pouvoir se sentir en sécurité quand on rentre tard et qu’il fait noir dehors » ? De ne pas avoir à demander au « sexe fort » de venir nous reconduire, parce que c’est « plus safe » avec un homme et qu’il peut nous défendre « si jamais il nous arrivait quelque chose »… De ne pas avoir à se questionner sur son « outfit » avant de sortir, d’un coup que la jupe « trop courte » attirerait trop les regards ou encouragerait les gestes inappropriés. D’avoir des modèles féminins dès le primaire dans les livres d’histoire, dans les manuels de science, dans la littérature des quelques derniers siècles, au lieu de se comparer aux mannequins des magazines de mode. De savoir qu’en tant que femme, on peut se lancer en politique sans avoir à subir des commentaires sur son habillement, sa vie personnelle ou sa « sensibilité », au lieu de recevoir des critiques sur son discours et ses idées. De pouvoir placer sa famille et sa carrière sur un même pied d’égalité selon ce que l’on choisit, sans que nos possibilités d’avancement personnel ou professionnel soient limitées par le fait que la nature nous a donné un utérus. De pouvoir porter plainte pour agression sexuelle sans être discréditées, qu’on nous dise qu’on va « scrapper la vie du gars de l’agresseur », qu’on n’a « pas l’air d’une fille qui s’est faite violer » ou qu’on aurait dû « serrer les genoux », comme le sympathique juge de la Cour fédérale Robin Camp l’a demandé à une plaignante (Martin, 2017).

Une égalité de droit, oui, mais aussi de fait.

Quand on sait qu’aujourd’hui, du haut de leurs six ans, des fillettes américaines assument déjà que les hommes sont plus « brillants » que les femmes (Bian et al., 2017), venez donc me dire que les stéréotypes de genre n’existent pas et que les garçons et les filles naissent avec des chances égales de succès. Regardez la composition des instances décisionnelles : les gouvernements, oui, mais aussi les postes de gestion dans les entreprises influentes et sur les conseils d’administration (seulement 19,8% de femmes en 2013 et 28% des CA ne comptait aucune femme en 2008 selon le Conseil du statut de la Femme). Vous trouvez ça normal cette sous-représentation ? Ah oui ? Vous allez me demander pourquoi il faudrait atteindre la parité à tout prix, avec des arguments tendancieux comme : « oui, mais admettons que les hommes qui se présentent soient juste plus compétents que les femmes » … Je vous renvoie la question : croyez-vous vraiment que, dans l’histoire du Québec, il n’y a jamais eu plus de 32,8% (en 2012) de femmes assez compétentes pour siéger à l’Assemblée Nationale et prendre des décisions, alors qu’elles représentent 50,4% de la population du Québec (Statistiques Canada, 2016) ? Pensez-vous vraiment que c’est seulement un «adon» si, en cinquante années d’histoire, l’Assemblée Nationale n’a jamais été composée de plus d’un tiers de femmes ?

C’est définitivement la ministre responsable de la Condition féminine, Lise Thériault, qui a éveillé ma conscience, l’an passé, en refusant de se déclarer « féministe », lançant ainsi le débat autour de ce terme. Selon Le Petit Robert, le féminisme signifie « l’attitude de ceux qui souhaitent que les droits des femmes soient les mêmes que ceux des hommes ». Bien honnêtement, je ne vois pas en quoi c’est menaçant et je ne pense pas que Lise Thériault avait ouvert un dictionnaire avant de se prononcer là-dessus.

Pour finir, j’aimerais m’adresser à toi, chère fille/femme qui, comme moi, il y a un an, avait toutes les misères du monde à se proclamer féministe : tu n’haïs pas les hommes, tu peux porter une brassière si ça te chante (ou pas; c’est vraiment comme tu veux), et tu ne penses pas nécessairement que les femmes sont meilleures que les hommes. Tu veux juste être leur égale, te sentir en sécurité, gagner le même salaire qu’eux à travail égal, avoir les mêmes chances de te faire embaucher ou d’occuper un poste important et surtout, ne pas toujours avoir peur parce que, comme tu es née du « mauvais sexe », tu as une « chance » sur trois de te faire agresser sexuellement au cours de ta vie.

Références :

Assemblée nationale du Québec. (2017). La présence féminine. Repéré à http://www.assnat.qc.ca/fr/patrimoine/femmes1.html

Bian, L., Leslie et S-J., Cimpian, A. (2017). Gender stereotypes about intellectual ability emerge early and influence children’s interests. Science, 355(6323), 389-391. doi : 10.1126/science.aah6524

Bouchard, S. et Marcoux, M-J. (2016). Portrait statistique égalité femmes-hommes. Conseil du Statut de la Femme. Repéré à : https://www.csf.gouv.qc.ca/wp-content/uploads/portrait_national_egalite_2016.pdf

 Martin, L. (2017). Le juge Robin Camp annonce sa démission. Radio-Canada. Repéré à : http://ici.radio-canada.ca/nouvelle/1021374/conseil-canadien-majistrature-revocation-robin-camp-serrez-genoux-calgary

 Statistiques Canada. (2016). Population selon le sexe et le groupe d’âge, par province et territoire. Repéré à : http://www.statcan.gc.ca/tables-tableaux/sum-som/l02/cst01/demo31f-fra.htm

Calacs. (2017). Statistiques. Repéré à : http://www.rqcalacs.qc.ca/statistiques.php

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