Le prix de la femme par Benjamin Lechasseur

La femme n’est pas un objet. Sa beauté intérieure est inestimable et on ne peut pas simplement lui accorder une valeur monétaire. Pour vous et moi, cela va de soi. Mais, dans le monde, d’autres croient que la femme a une valeur, ou plutôt qu’elle n’en a pas. Ces personnes accordent un prix à des femmes et les vendent sur un marché bien unique, celui du trafic humain, où le prix d’une fille varie entre 2 $ et 25 000 $ selon les pays (Le Monde, 2012).

L’esclavage sexuel fait des millions de victimes chaque année. 75 % d’entre elles sont des femmes ou des jeunes filles. Une industrie qui rapporte environ 30 milliards de dollars chaque année au crime organisé (Radio Canada, 2014). Selon un rapport publié par l’Office des Nations Unies contre la drogue et le crime (ONUDC), le trafic humain serait l’activité illégale la plus lucrative de l’Europe (Huffington Post, 2016).

Une évolution traîtresse, un enjeu mondial

La traite des esclaves n’a jamais totalement disparue. Elle a changé de nom, s’est transformée, entre autres en trafic humain. Au lieu d’utiliser la force, les criminels, qui sont maintenant plus éduqués et mieux organisés, utilisent plutôt la violence psychologique comme arme de manipulation. Des fausses offres d’emplois sont, par exemple, une des tactiques de choix pour leurrer des femmes pauvres et vulnérables à la recherche d’une vie meilleure. Elles sont embarquées dans des bateaux et amenées dans divers pays, où elles sont vendues. Elles ne réalisent l’enfer dans lequel elles ont été introduites que lorsqu’il est trop tard. Dans les pays en guerre, beaucoup de femmes qui ont perdu leur famille sont prises en charge par des criminels qui profitent de leur vulnérabilité pour les amadouer et les vendre : Un cas fréquemment observé dans des pays du Moyen-Orient, notamment. Par exemple, 60% des prostituées du Liban viennent de Syrie, où elles ont été prises suite à la guerre (Radio Canada, 2016). En Asie, le trafic fait aussi rage : Les Philippines reçoivent près de 300 000 prostituées clandestines chaque année. Le Japon importe des filles pour le divertissement, et d’autres pays se joignent à l’industrie pour y trouver une source de main d’œuvre bon marché (Voir, 2001). Parmi les pays largement impliqués dans le trafic humain, un en particulier joue – malheureusement – un rôle déterminant : le Canada. En effet, ici se négocie un virage serré pour nombre de femmes qui deviennent des marchandises. Le Canada serait une zone importante d’importation et d’exportation dans le trafic sexuel (Voir, 2001). Selon la GRC et Immigration Canada, entre 8 000 et 16 000 femmes transitent au pays chaque année en provenance de l’Europe et de l’Asie, en direction des États-Unis. En 2015, la GRC démantelait deux réseaux de prostitution asiatiques situés au Canada, plus précisément à Montréal. Ces réseaux étaient accusés de la traite illégale de plus de 500 femmes chaque année (Huffington Post, 2015). Au cours de la même année, la police de Toronto arrêtait des membres d’un réseau de trafic humain recrutant des adolescentes en Ontario, en Nouvelle-Écosse et en Alberta (Radio Canada, 2015). Les criminels recrutaient les jeunes femmes dans des bars et des écoles, ainsi que par Facebook et Instagram. Ils leur offraient des cadeaux, les amadouaient, les droguaient, les kidnappaient et les exploitaient sur le marché noir. Autre chiffre troublant au pays : 50 % des victimes du trafic humain sont des autochtones (Radio Canada, 2014).

Selon un rapport de Sécurité publique Canada, les trafiquants humains ne sont pas assez sévèrement punis : Les criminels qui se font coincer ne sont condamnés qu’à une peine maximale de 14 ans de prison (Radio Canada, 2014). Cependant, la plupart des criminels du trafic humain travaillent dans l’ombre. Certains ont une fortune assez grande pour acheter le silence et la protection nécessaire pour éviter leur arrestation.

Des séquelles profondes

Les quelques faits mentionnés ci-haut montrent l’enjeu majeur qu’est le trafic humain. Une activité illégale connue, mais difficile à contrer. Les impacts de cette industrie sont nombreux et dévastateurs. Outre les familles lourdement éprouvées, qui voient un membre de leur famille disparaitre, les femmes et les hommes victimes de la traite illégale sont touchés à plusieurs niveaux. L’esclavage sexuel est une violence, et celle-ci laisse des marques. Que se soient les victimes qui meurent assassinées ou d’une overdose de drogue, ou celles qui sont battues à répétition, le marché noir humain est destructeur : résultat des maltraitances physiques ou des effets secondaires psychologiques que subissent les victimes. Les nombreux abus les laissent traumatisées. « Le cerveau des femmes en prostitution leur joue donc des tours en se dissociant des sensations, une forme d’anesthésie du corps qui s’accompagne évidemment de troubles affectifs ou psychosomatiques. Les traumatismes et l’angoisse extrême associée peuvent alors être déclenchés par n’importe quoi : odeur, image, couleur, son. » (Le Devoir, 2015). Une psychotraumatologue allemande, Ingeborg Kraus, s’intéresse aux symptômes que vivent les prostituées qui sortent de leur milieu de stress post-traumatique. Le retour à une vie sans violence et sans drogue peut être très déroutant. Certaines formes de déni et de dissociation apparaitront chez des ex-prostituées qui tentent d’oublier leur passé et de mieux gérer leur retour à une vie plus normale. En plus des troubles psychologiques, les disfonctionnements sociaux n’aident pas à la réinsertion de ces personnes dans leurs communautés. Les nombreux préjugés au sujet des prostituées rendent leur vie hors de la rue difficile et pénible. Ajoutez à cela leur manque d’éducation, leur mauvaise situation économique et leurs casiers judiciaires : trouver un emploi régulier peut carrément relever du miracle.

Depuis quelques années, plusieurs organismes et centres d’aide ont été créés dans le but de porter secours aux prostituées, autant celles prises dans leur milieu, celles qui tentent d’en sortir et celles qui en sont sorties et qui désirent commencer une nouvelle vie. Mentionnons, par exemple, la campagne de sensibilisation « Turn off the red light » lancée en 2007 en Irlande; SPACE, regroupement international de prostituées survivantes qui ont quitté le milieu de la rue; et le « modèle nordique », un plan politique et juridique, adopté pour la première fois par la Suède en 1999, suivi par la Norvège et l’Islande en 2009 (La CLES, s.d.). Le Canada a, pour sa part, adopté le « modèle nordique » en 2014 suite à de nombreuses manifestations de groupes d’intervention tel le Conseil du statut de la femme (CSF) et la Coalition des femmes pour l’abolition de la prostitution (Le Devoir, 2014-2015). Le but de ce modèle est de criminaliser les clients et non les prostituées elles-mêmes. En effet, il applique plusieurs lois permettant de décriminaliser les prostituées en cas d’interventions policières (Le Devoir, 2014). Les prostituées étant considérées comme des victimes, les pénaliser davantage en les enfermant ou en leur donnant une amende semble plutôt injuste.

Le trafic humain est condamnable, et ce fermement. Malgré le fait que ses activités soient pratiquement invisibles pour monsieur et madame tout le monde, il n’en demeure pas moins une réalité dure et insoutenable. Les millions de victimes qui sont affectées chaque année sont la preuve de l’ampleur de la traite humaine. Le monde entier est infecté et le monde entier est responsable. Responsable de s’assurer qu’aucune femme ne soit plus victime de cette forme de barbarie et garde toute sa valeur, non monnayable et universelle.

Références

Abastado, M. (8 mars 2014). Journée des femmes : la traite humaine, un sujet tristement d’actualité. Radio-Canada. Repéré à http://ici.radio-canada.ca/nouvelle/656956/traite-humains-femmes

Bédard, M. (27 janvier 2016). Les prostituées syriennes au Liban, victimes de la guerre. Radio-Canada. Repéré à http://ici.radio-canada.ca/nouvelle/761914/prostituees-syriennes-liban-guerre-trafic-humain

Bories, O. (7 août 2015). La sinistre liste de prix des esclaves de Daesh. Le Point. Repéré à http://www.lepoint.fr/monde/la-sinistre-liste-de-prix-des-esclaves-de-daesh-07-08-2015-1955478_24.php

Bureau, B. (29 mai 2014). Prostitution : évangéliques et féministes prônent le modèle suédois. Radio-Canada. Repéré à http://ici.radio-canada.ca/nouvelle/669393/projet-de-loi-sur-la-prostitution-gouvernement-harper-evangelistes-feministes-modele-suedois

Buzzetti, H. (7 juin 2014). Le modèle nordique…ou politique? Le Devoir. Repéré à http://www.ledevoir.com/politique/canada/410369/prostitution-le-modele-nordique-ou-politique

Champagne, Sarah. R. (19 octobre 2015). Des séquelles semblables à celles du syndrome de choc post-traumatique. Le Devoir. Repéré à http://www.ledevoir.com/non-classe/452908/prostitution-des-sequelles-semblables-a-celles-du-syndrome-de-choc-post-traumatique

Chouinard, T. (28 mars 2001). Le trafic des femmes : le corps en marchandise. Voir. Repéré à https://voir.ca/societe/2001/03/28/le-trafic-des-femmes-le-corps-en-marchandise/

Chriv, C. (1 novembre 2012). Combien coûte un être humain sur e marché noir? Le Monde. Repéré à http://christopherchriv.blog.lemonde.fr/2012/11/01/combien-coute-un-etre-humain-prix/

La CLES. (s.d.). Ce que nous savons du modèle nordique. Repéré à http://www.lacles.org/wp/wp-content/uploads/MOD%C3%88LE-NORDIQUE-FINAL.pdf

La Presse Canadienne (1 avril 2015). Deux cellules d’un réseau de traite de femmes pour prostitution sont démantelées. Le Huffington Post. Repéré à http://quebec.huffingtonpost.ca/2015/04/01/deux-cellules-d-un-reseau-de-traite-de-femmes-pour-prostitution-sont-demantelees_n_6987122.html

Lemaire, L. (25 mars 2014). Le trafic d’êtres humains est peu souvent puni au Canada, selon des experts. Radio-Canada. Repéré à http://ici.radio-canada.ca/nouvelle/659482/accusations-condamnations-trafic-etres-humains-faible-nombre

Yang, C. (16 juin 2016). La complexe réalité du trafique humain en Europe. Le Huffington Post. Repéré à http://quebec.huffingtonpost.ca/monde68/trafic-humain-en-europe_b_10439532.html

s.a. (22 avril 2015). La police de Toronto démantèle un réseau de trafic d’êtres humains. Radio-Canada. Repéré à http://ici.radio-canada.ca/nouvelle/717180/trafic-humain-arrestations

 

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