Woman, you are good enough par Youssra Siouda

On est le 4 mars 2017. J’ai eu 21 ans à quatre heures du matin et je vais mourir à 47 ans. Il me reste officiellement 26 ans moins une minute à vivre (il est 4h01 AM).

C’est absurde, je sais; je vous explique.

Depuis près d’un an, j’ai fait un rêve qui est resté, jusqu’à ce jour, gravé dans ma mémoire. Rêve ou cauchemar, tout dépend de la manière dont vous interprétez le scénario.

Je vous raconte.

J’entre dans une pièce bondée de visages que je reconnais et d’autres que je ne reconnais pas. Je me sens anxieuse face à l’idée de ne pas comprendre ce qu’on fait tous dans cette pièce, debout à attendre quelque chose. Une dame au milieu de tous ces gens se retourne vers moi et marche dans ma direction. Elle me fixe avec un regard inquiet. En arrivant face à moi, elle me fixe maintenant pleinement dans les yeux. Après une hésitation, elle prononce quelques mots et me dit : « tu ne vas pas l’avoir facile, je le sais. »

Je la regarde perplexe et lui demande de s’expliquer. Elle continue de me fixer dans les yeux et me dit : « tu vas mourir à 47 ans ». Je me réveille en sursaut. Cette vieille femme, ses yeux, son regard et ses paroles ont réussis à me voler le sommeil durant des semaines suivant la nuit où je l’ai rencontré.

Mais, cette femme a aussi changé ma vie.

Je vous mets en contexte.

Je suis une femme qui pense beaucoup; disons que chaque seconde de ma vie équivaut à une année de travail dans mon cerveau.

Ainsi, penser beaucoup me permet de faire des réflexions; aussi surprenant que cela puisse paraître, celles-ci me sont grandement utiles.

Je me suis donc mise à réfléchir et j’en suis venue à la conclusion que ce rêve peut bien me servir d’excuse – assez bonne, dirais-je – afin d’apprendre à lâcher prise dans la vie.

Puisque de toute façon, je vais mourir à 47 ans. 26 ans, ça passe vraiment vite. Un simple cinq minutes perdu à m’inquiéter de tout et de rien me rapproche vers la mort d’une vie que je ne voudrais pas voir défiler le 4 mars 2043.

Nous, les femmes d’aujourd’hui avons tant de misère avec le lâcher-prise.

Avec le progrès dans les différentes sphères de la société moderne, nous, les femmes, faisons davantage face à des défis que nous devons surmonter pour préserver et améliorer notre statut pour lequel des femmes comme Thérèse Casgrain se sont battues.

Nous avons cette obligation intérieure de nous transformer en superwoman moderne: travailler à l’extérieur, travailler à la maison, avoir le bon corps, avoir un bon QI, être ouverte d’esprit, mais ne pas ouvrir nos jambes à n’importe qui, bien parler en faisant attention de ne pas paraître coincée, savoir divertir tout en sachant ne pas être too much…Se faire une place in a man’s world et une autre in a women competing for men’s world, donner l’exemple à toutes ces petites filles qui nous observent, respecter la parole masculine en espérant que la nôtre le soit en retour…

You get the idea.

La société et nous-mêmes mettons sur notre dos beaucoup d’obligations et de règles à respecter. Il nous faudrait, quasiment, un manuel how to be a woman for dummies.

C’est d’ailleurs la raison pour laquelle nous abandonnons le tout, ayant en tête l’idée que nous sommes des incapables lorsque le sac devient trop lourd à porter. Nous nous mettons donc à détester cette Ginette qui a fait pratiquement le tour du monde, qui fait du sport trois fois par semaine, qui a de bonnes notes tout en travaillant et qui a Ken comme copain parce qu’à ses yeux, elle est une princesse.

Nous n’avons cependant aucune idée de toute la pression que cette Ginette doit se mettre sur le dos afin de paraître aussi parfaite à nos yeux.

Ainsi, dernièrement, je me suis rappelé les paroles de cette femme mystérieuse et je me suis posé des questions à moi-même : pourquoi ne pas prendre les paroles de cette femme au sérieux ?

Pourquoi ne pas les utiliser comme source de motivation dans une vie que je vais vivre pour moi et non pour les autres, avant qu’il ne soit trop tard ?

Je n’ai plus envie de me soumettre à un monde dans lequel je veux être une Ginette.

Je n’ai plus envie de vouloir tout faire en même temps et rapidement parce que je suis une femme et que j’ai cette obligation sociale de me prouver aux autres afin que mon titre soit respecté.

Alors, voilà : je m’en fous de la cellulite sur mes jambes. Je m’en fous de ne pas toujours écouter en cours. Je m’en fous de ne pas avoir dit les choses de la manière qu’elles auraient dû être dites. Je m’en fous de ne pas toujours performer au travail. Je m’en fous de ne pas plaire à tous. Je m’en fous de paraître too much. Je m’en fous de ne pas utiliser les mots et les expressions comme une bonne ptite femme doit le faire. Je m’en fous de ne pas toujours avoir un bon cœur tendre, qui fait plaisir à tous et qui ne blesse personne. Je m’en fous de ne pas être maquillée le lundi matin et de ne pas être prête à commencer la semaine comme une bonne hard working woman. Je m’en fous de ne pas magasiner chez Topshop et de suivre les make up tutorials. Je m’en fous de montrer mon intérêt dès la première date. Je m’en fous de sa réaction quand je vais lui dire le fond de mes pensées. Je m’en fous d’être ou de finir seule. Bref, je m’en fous.

Et ce n’est pas que je délaisse mes responsabilités, mais je me fiche de toutes ces choses que j’ai nommées, assez pour qu’elles ne viennent pas me pourrir l’existence en donnant du travail supplémentaire à mes neurones.

Je lâche prise, puisque pour les 26 ans qui me reste à vivre, je veux construire la femme que je veux devenir avec les règles et les obligations que je me créées moi-même sans aucun modèle ou manuel de construction à suivre.

Je lâche prise et vous demande, mesdames, de faire pareil. Parce que c’est correct de ne pas toujours être sous notre meilleur jour et c’est correct de dire « je m’en fous » de temps en temps.

Vous n’avez pas besoin de vous prouver à qui que ce soit. Vivez pour vous et non pour la société qui se donne tant de mal à soigner cette image à laquelle vous devez tenter le maximum de vous approcher.

Je ne mourrai peut-être pas à 47 ans, il se peut même que je meure ce soir, demain ou même dans 60 ans, mais au moins, je finirai ma vie en sachant that I am good enough.

And woman, you are good enough too.

-You’

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