Là où notre barrière se construit par Audrey-Ann Journault

Un fait avéré par l’histoire de l’humanité est que la génération qui nous précède a des idées arrêtées. Mais bon, quand même un peu moins que l’autre d’avant. On porte une espèce de conviction que la Terre tournerait tellement plus rond si seule notre génération l’habitait. Nous semblons généralement à l’aise avec les idéaux partagés par la majorité de notre génération et chaque génération semble avoir ses flambeaux propres. J’espère que vous ne seriez pas surpris, si je vous disais que la génération qui nous succède nous semblera tellement trop ouverte, libérale. Tellement que nous la trouverons probablement dangereuse, elle nous inquiètera un peu sur les bords, au minimum, parce que quand on avait leur âge, on n’avait pas de iPhone à 10 ans, et que c’était évidemment beaucoup mieux comme ça, parce que nous « savons » que c’est dommageable d’en avoir un trop jeune. Nous savons ou plutôt, nous n’en savons rien. Et c’est justement l’inconnu qui est épeurant. Si nous trouvons les générations plus jeunes  wild  et les générations plus vieilles « conservatrices », ne serait-ce pas justement, car nous n’avons pas vécu dans la même réalité qu’eux ? Il est difficile pour nous de se mettre à leur place, d’imaginer l’ensemble des évènements sociologiques ayant forgé leurs valeurs, leurs idéaux et leurs préoccupations. Ne soyons pas trop nombrilistes. Faisant nous-mêmes partie d’une génération, nous sommes également les wild  et les « conservateurs » de quelques-uns. Justement, qui sommes-nous? Quelles seront nos idées arriérées à nous ? À quel endroit bâtissons-nous présentement notre barrière d’ouverture, même si ce n’est pas volontaire ?

Je consens que ça soit un peu dur à imaginer. Personnellement, j’aimerais bien pouvoir dire, lorsque j’aurai l’âge de faire une introspection sur ma vie entière, que j’ai contribué à bâtir un monde ou un couple n’est pas régi par des lois qui briment leurs droits et qui dénigrent leurs compétences, peu importe l’orientation sexuelle ou l’identité de genre des deux personnes qui s’aiment. J’aimerais bâtir une société où le mot féminisme sera de l’histoire ancienne, parce qu’il sera rendu complètement absurde de penser qu’un jour, les rôles sexués n’étaient pas égaux. Et je ne parle pas juste ici de faire des changements pour « améliorer » les conditions des femmes SELON les valeurs des hommes. Non, je parle vraiment d’égalité. Ça serait bien que les changements aient lieu dans les deux sens. On parle souvent de l’accès des femmes au marché du travail, aux études, aux postes de direction, mais quand est-ce que nous parlerons de l’accès des hommes à la gestion familiale, ménagère? Quand est-ce que nous parlerons du fait que les hommes sont beaucoup moins susceptibles de parler de leurs sentiments, de leurs difficultés et donc d’obtenir de l’aide? J’aimerais aussi qu’on arrête d’enseigner avec des acétates et un projecteur des années 1400 et qu’on utilise enfin pleinement les avantages inestimables que la technologie a à nous apporter. J’aimerais pouvoir dire que grâce à notre génération, la santé mentale est maintenant part entière de la santé point et qu’on la prend tout aussi au sérieux. Que les soins psychologiques soient devenus, grâce à nous, plus préventifs et non seulement réactifs ou curatifs. J’aimerais tant, pour reprendre une phrase de Stéphane Laporte, que la santé des humains devienne plus importante que celle de l’économie. Et que celle de la planète aussi. J’aimerais qu’on ne fasse plus de compromis avec elle. J’aimerais que l’on construise un système démocratique dont on pourrait vraiment être fiers et qui ne laisserait pas d’âmes désillusionnées derrière lui. J’aimerais tellement que toute forme de discrimination disparaisse, parce que même si le racisme pur n’est pas le fardeau de notre génération, c’est un racisme beaucoup plus subtil, mais tout autant présent qui nous ronge. Une incompréhension de toutes différences qui nous aveugle.

Bref, après avoir vécu un cinquième de siècle, je me demande lequel ou lesquels de ces flambeaux serons-nous vraiment en mesure de porter à terme ? Mais surtout, lequel ou lesquels sont vraiment ancrés au fond des convictions de notre génération. Je crois qu’il est temps plus que jamais d’y réfléchir, puisqu’à notre âge, c’est le temps de faire le grand plongeon sur le marché du travail et dans la vie adulte. Et que par le fait même, c’est enfin à notre tour d’avoir une chance de faire changer les choses… jusqu’au moment où nos petits-enfants nous apprendront, tout fringants, que nos idées ont passé la date de péremption et nous demanderont : «C’était quoi le Wifi, grand-maman?».

-Audrey-Ann Journault

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