Remettre les pendules à l’heure sur les enfants uniques par Caroline Fleury

Égoïste, gâté pourri, capricieux, cherche l’attention, incapable de partager, solitaire, enfant roi, et j’en passe… Ce sont des traits de caractère qui sont attribués avec le vent sans même qu’on ne connaisse la personne, mais avec comme seule information que celle-ci est enfant unique. Le terme « enfant unique » s’est fait martyriser avec le temps et subit depuis, des préjugés et des stéréotypes incomparables. Le concept d’enfant roi est, à tort, souvent utilisé pour décrire les enfants uniques. Au cours des années, je me suis souvent fait poser la question cruciale, qui changera l’opinion des gens en une fraction de seconde : as-tu des frères et des sœurs? La réponse reste toujours la même depuis 21 ans : « Non, je suis enfant unique. » Se posent alors sur moi des regards qui varient d’un extrême à l’autre. J’ai souvent droit à un regard bien surpris et plein de jugements ; parfois à la pitié ou tout au contraire, à l’envie. J’ai rarement droit au regard de compréhension. Avec le temps, j’ai eu la chance de discuter de ce phénomène avec plusieurs amis, étant enfant unique ou non, et le résultat final est assez négatif pour l’enfant unique. Malheureusement, l’enfant lui-même n’y est pour rien. Être enfant unique reste le choix des parents, et non celui de l’enfant.

Oui, c’est vrai, je suis peut-être un peu moins généreuse ou un peu plus égoïste que ceux qui ont grandi avec des frères et sœurs. Je crois tout de même que tout est dans la façon dont les parents élèvent leurs enfants. L’éducation transmise par les parents reste la base du développement de tout enfant. Par exemple, un enfant roi est un enfant en situation de pouvoir sur ses parents. C’est un enfant qui n’a pratiquement jamais connu le mot « non » et qui n’a qu’à faire un caprice pour obtenir ce qu’il veut. Les enfants rois sont élevés par des parents qui donnent à leur enfant la toute-puissance ; ce sont eux qui déterminent les limites. Ce sont des parents qui gonflent l’égo de leur enfant en ne le mettant jamais dans l’eau chaude. Si l’enfant fait quelque chose de mal, le parent le félicitera. Quel est le lien avec l’enfant unique? Pratiquement aucun, selon moi. Tout de même, les enfants uniques se font faussement attribuer des traits de caractère négatifs; ce n’est pas parce que tu es enfant unique que tu es automatiquement égoïste, enfant roi ou incapable de partager. La capacité de partager s’apprend, comme tout autre comportement.

Malgré tous les préjugés, il y a quand même une certaine vérité dans ceux-ci et cela entraîne donc certains désavantages à être enfant unique. Tout n’est pas tout rose. Grandir sans frère ni sœur signifie aller chercher son divertissement ailleurs, et signifie aussi se divertir soi-même par moment. Le temps peut devenir long et assez solitaire. Aussi, tu as l’attention de tes parents complètement sur toi. Ceux qui ont des frères et sœurs diront peut-être que c’est un avantage d’avoir tout l’amour de ses parents pour soi, mais ça devient assez lourd, croyez-moi. J’aurais aimé pouvoir partager l’amour de mes parents. Vient avec ça la pression. Tout espoir familial est jeté sur un seul enfant, que ce soit la performance dans une activité ou la réussite scolaire. De plus, être enfant unique signifie n’avoir aucun modèle autre que tes parents dans la maison. De ça peut résulter certains apprentissages négatifs, comme la solitude, la compétition et l’arrogance, d’où les stéréotypes. Par contre, les parents qui connaissent ces enjeux peuvent remédier à cette situation.

Être enfant unique n’est pas l’enfer non plus. Il y a plusieurs avantages. Tout dépend de la situation financière des parents, mais il est vrai, certes, que les enfants uniques sont plus gâtés, puisque c’est plus facile que s’il y en a deux autres avec les mêmes besoins. Cela veut aussi dire aucun conflit avec des frères et sœurs, tout est à toi et pour toi. Ce critère ressort souvent avec ceux qui ont des frères et sœurs. J’entends souvent : «Tu es chanceuse, toi, tu n’as pas à gérer ça, j’aimerais juste avoir la paix.» C’est aussi une chance de pouvoir se centrer sur soi, apprendre à se connaître et à se faire passer en premier peu importe la situation. Ça amène beaucoup de qualité comme la maturité, l’harmonie et une bonne estime et connaissance de soi. Tout au long de mon développement, j’ai beaucoup appris à être enfant unique. N’ayant ni frères ni  sœurs, mes amis sont devenus une deuxième famille. Mes parents m’ont appris les valeurs manquantes que tu apprends inévitablement lorsque tu as un frère ou une sœur. Ils m’ont appris la notion de partage, à me décentrer de moi-même, la valeur de l’argent et des biens matériels, à apprécier la solitude, et bien d’autres choses. J’ai eu la chance d’avoir des parents qui connaissent les enjeux d’élever un enfant unique et qui m’ont transmis une excellente éducation.

Au final, je ne crois pas qu’il y a une meilleure catégorie. Es-tu une meilleure personne parce que tu as un frère ou une sœur ou ai-je une meilleure vie parce que je suis enfant unique? Je me suis souvent posé la question en voyant le jugement dans les yeux des autres. Enfant, je catégorisais beaucoup les gens et il est arrivé que je me sente à part. J’ai longtemps demandé sur ma liste de Noël d’avoir un frère ou une sœur et je n’ai jamais compris pourquoi mes parents avaient décidé de n’avoir seulement que moi. Encore à ce jour, je souhaiterais avoir un frère ou une sœur. Il y a certaines choses que je ne comprendrai jamais parce que tu dois le vivre pour le comprendre. J’aurais aimé avoir un frère ou une sœur pour me montrer le chemin, pour partager l’amour de mes parents, pour comprendre la complicité et pour avoir quelqu’un qui te soutient jusqu’à la fin de tes jours. Je crois que de ne pas avoir eu de frères ou de sœurs a affecté mon développement, mais je ne crois pas que cela a fait de moi une moins bonne personne ou une personne moins bien développée. Il y a des désavantages et des avantages à être enfant unique tout comme il y en a à avoir des frères et des sœurs. Je ne crois pas mériter tous ces stéréotypes attribués aux enfants uniques et je ne suis certainement pas la seule enfant unique à penser cela. Alors, être enfant unique n’est pas signe d’inadaptation ou d’enfants rois. C’est tout aussi bien que d’avoir des frères et sœurs.

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