Viva la revoluciόn par Benjamin Lechasseur

Il y a environ 2,5 millions d’années, la première espèce animale ressemblant à Homo sapiens apparaissait sur Terre après ce qui fût une très longue période d’adaptation appelée « Évolution ». Ces mammifères, qui ressemblaient davantage à un chimpanzé qu’à un homme moderne, ont passé des milliers de générations à se confondre dans le monde animal. Cependant, avec le temps, la physiologie des membres de cette famille particulière de singes évolua de façon étrange. Leurs corps se développèrent et changèrent petit par petit. Les plus gros changements se produisirent dans leur tête. En effet, leur cerveau se mit à grossir et à élaborer des connections comme aucune autre espèce auparavant. Dans un saut de plus de deux millions d’années, Australopithèque se transforma et devint Homo sapiens.

Lorsque nous parlons de l’Homme et de son histoire, nous considérons souvent les révolutions qui ont marquées son passage sur Terre. Il y a eu, par exemple, la révolution agricole qui se produisit il y a environ 12 000 ans. Durant cette période, Homo sapiens passa d’un être nomade à sédentaire, et développa des modes d’agricultures et de cultures stables. Un autre exemple est la révolution scientifique qui prit place il y a à peine 500 ans et durant laquelle l’Homme fit plusieurs découvertes qui l’incita à croire en autre chose que le créationnisme divin. Puis, vint la révolution industrielle qui amena l’espèce humaine à transformer le monde vers une « utopie » mécanique. Cependant, il s’est produit une autre révolution au cours de l’histoire. En fait, selon plusieurs experts, il s’agirait de la première révolution qu’Homo sapiens n’ait jamais vécue. Un événement qui lança l’ancêtre de l’Homme vers ce qu’il est aujourd’hui : la révolution cognitive.

Je ne parle pas ici de la révolution cognitive qui s’est produite dans les années 1950 et qui est présente dans nos manuels de psychologie. Non, je parle ici de cette étincelle qui est partie de notre cerveau et qui a créé le feu de connaissances qu’est aujourd’hui l’intelligence humaine.

Tout ceci débuta il y a environ 70 000 ans. Homo sapiens commença à former des structures élaborées appelées cultures, et celles-ci se développèrent pour donner ce que nous appelons aujourd’hui l’Histoire.

Le développement fulgurant de l’intelligence humaine provoqua plusieurs changements considérables de son milieu. Selon Paul G. Bahn, nous avons longtemps associé l’apparition des premières formes d’art, il y a quelques 35 000 ans, à l’apparition des capacités cognitives de l’Homme. Or, la première constatation de ces changements est survenue lorsqu’Homo sapiens s’est hissé au sommet de la chaîne alimentaire il y a de ça environ 100 000 ans. En effet, tandis que les autres prédateurs redoutables tels les lions et les requins ont mis des millions d’années avant d’atteindre cette position, l’Homme s’y est installé si rapidement que l’écosystème n’a pas eu le temps de se développer au même rythme. Les proies de la chasse humaine n’ont donc pas eu le temps de s’ajuster et d’évoluer assez rapidement afin de contrer les stratégies d’Homo sapiens. La conséquence de ces avancements dans les techniques de chasse fut que si tôt Sapiens arrivait dans un territoire qu’une espèce animale disparaissait.

Après la chasse, la manière de se déplacer connue les plus gros changements. En effet, dans un laps de temps très court, Homo sapiens quitta l’Afrique et se dirigea vers l’Europe et l’Asie de l’Est. Ensuite, il y a environ 45 000 ans, l’Homme se débrouilla pour traverser la mer et se rendit en Australie, un territoire qui n’avait jamais été visité par notre espèce auparavant. La période allant des années 70 000 à 30 000 vit l’invention des premiers bateaux, mais également des premières lampes à l’huile, des arcs et des flèches. Les premiers objets d’art et bijoux remontent également à cette période et témoignent des premières preuves de commerce et de religion.

« La plupart des chercheurs pensent que ces réalisations sans précédents sont le produit d’une révolution touchant les capacités cognitives de Sapiens. » (Yuval Noah Harari, Sapiens, p. 32.)

Un autre phénomène intéressant qui marque la révolution cognitive entre 70 000 et 30 000 ans est l’apparition des nouvelles façons de penser et de communiquer. En effet, chaque espèce a une forme de langage qui lui est propre, mais Homo sapiens a su développer une technique de coopération sociale qui lui a permis de conquérir le monde. Au moyen de signes, de symboles et de sons, notre espèce a pu évoluer en groupe de plusieurs centaines d’individus. Du jamais vu en terme de vie sociale animale. L’Homme étant un animal social, la coopération s’avérait donc la clé de notre survie et de notre reproduction. Notre espèce a su utiliser le langage afin de créer des réalités imaginaires auxquelles des milliers, et plus tard des millions, d’individus croiraient, ce qui leur permettraient de travailler ensemble à réaliser des objectifs communs.

Dans un bref résumé de Marine Le Breton dans son article du Huffington post : « La révolution cognitive c’est le moment où nous sommes devenus intelligents. » (Le Breton, 2015, paragr. 5).

Que s’est-il donc produit dans la Révolution cognitive?

Nouvelles facultés Conséquences plus larges
Faculté de transmettre de grandes quantités d’informations sur le monde entourant l’Homo sapiens. Préparation et exécution d’actions complexes, par exemple pour éviter les lions et chasser les bisons.
Faculté de transmettre de grandes quantités d’informations sur les relations sociales des Sapiens. Groupes plus grands et plus soudés, pouvant aller jusqu’à 150 individus.
Faculté de transmettre de grandes quantités d’informations sur des choses qui n’existent pas vraiment, telles que les esprits tribaux, les nations, les sociétés anonymes à responsabilité limitée et les droits de l’homme. a.       Coopérer entre des nombres très importants d’inconnus.

b.       Innovation rapide en matière de comportement social.

   (Yuval Noah Harari, Sapiens, p. 50.)

Lors de cette ère préagricole, Sapiens, qui vivait déjà bien en groupe, a su utiliser une autre ressource de son environnement afin de l’aider dans sa survie : les animaux! Mais pas n’importe quel animal, le chien. En effet, nous avons aujourd’hui des preuves incontestables de la domestication du chien il y a environ 15 000 ans. L’animal en question fut utilisé pour la chasse, le combat et comme système d’alarme. L’évolution de la cohabitation entre l’Homme et le chien mena à un lien plus puissant et profond qu’avec aucune autre espèce. Un attachement si sincère que des tombes cérémonieuses de chiens ont même été découvertes, l’une d’elles en Israël, vielle de 12 000 ans.

Suite à ces changements cognitifs, Homo sapiens devint rapidement une espèce dominante. La conquête de territoires inexplorés et de civilisations moins développées eu l’effet de produire des changements radicaux au niveau de l’écosystème. Avec l’arrivée de Sapiens en Australie, par exemple, 23 des 24 espèces de 50 kilos et plus ont disparu en l’espace de quelques milliers d’années. Une extinction de masse qui n’avait jamais été vue depuis des millions d’années. Plusieurs preuves archéologiques nous montrent des événements similaires partout sur le globe à travers les déplacements de l’Homme. Chaque fois qu’un nouveau territoire était exploré, une grande partie de la « mégafaune » disparaissait dans les millénaires qui suivaient. Ces extinctions de masse furent les premières traces que Sapiens laissa sur son passage. Donc, avec l’acquisition de son intelligence, Homo sapiens a su penser, créer et bâtir, mais il a aussi su détruire, tuer et anéantir.

Si l’Homme moderne était plus au courant des premières extinctions créées par notre espèce, peut-être serait-il plus enclin de vouloir protéger celles qui demeurent toujours. Surtout celles qui subissent présentement les effets néfastes de notre chère révolution industrielle et de notre surexploitation des ressources. En effet, selon Gerardo Ceballos, écologiste, nous vivons présentement ce que les experts appellent « La sixième extinction » qui, depuis 40 ans, a causé la disparition de 50% des espèces terrestres. Une espèce qui demeure toujours cependant, et qui n’a jamais été affectée d’une telle façon par Homo sapiens est Homo sapiens. Nous avons su coopérer et cohabiter ensemble pour survivre. Quoiqu’avec certains événements troublants des derniers siècles, peut-être nous dirigeons-nous lentement vers notre propre extinction.

 

Bibliographie

Bahn, P. G. (2014). Y a-t-il eu une révolution cognitive? Sciences Humaines, volume (262). Repéré à https://www.scienceshumaines.com/y-a-t-il-eu-une-revolution-cognitive_fr_33010.html#achat_article

Harari, Y. N. (2015). Sapiens : Une brève histoire de l’humanité. Paris, France : Albin Michel.

Le Breton, M. (2015). Comment l’Homme a-t-il conquis la planète? Dans le livre (Sapiens), l’historien Yuval Noah Harari retrace son histoire. Le Huffington Post. Repéré à http://www.huffingtonpost.fr/2015/09/05/evolution-homme-conquis-planete-sapiens-yuval-harari_n_8065308.html

(S.A.). (2017). Sixième extinction : il ne reste que deux ou trois décennies pour agir. Le Point. Repéré à http://www.lepoint.fr/environnement/etude-une-sixieme-extinction-massive-des-animaux-est-en-cours-11-07-2017-2142238_1927.php

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