L’intégration des enfants à besoins particuliers dans le système d’éducation québécois par Marjorie Martin

Les importantes coupures libérales et les politiques d’austérité des dernières années ont affecté les enveloppes déjà insuffisantes du réseau scolaire en réduisant le nombre de professionnels et de services offerts dans les écoles; entre 2009 et 2016, le Québec a subi 1 milliard de dollars en coupure, d’où l’importance aujourd’hui que le nouveau gouvernement élu soit au service des élèves et qu’il investisse en éducation pour soutenir leur intégration (La Presse Canadienne, 2016). Pourtant, en 2016, le gouvernement du Québec a réinjecté 80 millions de dollars dans l’aide aux enfants à besoins particuliers. Malgré cette injection, le problème persiste ; beaucoup de retard au niveau de l’intégration s’est accumulé et les besoins des élèves handicapés ou à difficulté augmentent et se diversifient. Le manque de ressources financières démobilise les professeurs et ceux qui en font les frais sont souvent les enfants eux-mêmes. Si nous n’investissons pas assez pour dépister les élèves en difficulté, former les enseignants et engager des professionnels pour les soutenir, nous allons épuiser nos ressources et nous diriger vers un échec cuisant.

Car il arrive qu’on oublie. On oublie tous ces enseignants qui se débattent chaque année pour un peu d’aide et qui ne reçoivent, au final, que des miettes de budget que le gouvernement veut bien leur donner. On oublie ces professeurs passionnés par leur métier qui finissent par perdre tout simplement l’envie d’enseigner. On oublie souvent qu’un enseignant n’a pas la même formation qu’un orthopédagogue ou qu’un éducateur spécialisé. Pourtant, ce sont eux qui se lèvent chaque matin et qui, même sans les ressources nécessaires, sont désireux de répondre adéquatement aux besoins spéciaux de ces enfants spéciaux. On oublie que ce n’est pas une question de compétence; faire face, seul, à des classes avec autant d’élèves à besoins particuliers, ça n’a tout simplement pas de sens. On oublie également tous les enfants qui veulent apprendre, qui s’accrochent, mais qui finissent souvent par être mis de côté parce que d’autres nécessitent trop d’attention et de temps des enseignants. On oublie aussi ces enfants “différents” qui ne veulent qu’être “comme les autres”. On oublie qu’ils sont parfois stigmatisés et laissés à eux-mêmes par le réseau scolaire. On oublie qu’on fait souvent l’erreur de les pointer du doigt comme étant la cause de tous les maux du système d’éducation actuel, alors qu’ils sont loin de l’être. On oublie qu’aujourd’hui, ils représentent un enfant sur cinq et qu’un enfant sur cinq, c’est énorme (Laplante, 2018). Énorme pour un seul professeur. On ne se demandera pas pourquoi certains enseignants finissent par aller se coucher le soir avec le sentiment d’être incompétent. On ne se demandera pas d’où vient leur désarroi. On ne se demandera plus pourquoi il arrive que les héros de nos enfants se sentent impuissants.

Et non, ces enseignants, même à bout de souffle, ne sont pas toujours ceux qui baissent les bras. Parfois, c’est le système qui les abandonne à leur sort. Et ça, on doit s’en souvenir.

On doit se souvenir que les besoins en ressources spécialisées sont grandissants, mais le système scolaire n’est pas toujours en mesure de faire face à cette réalité. On doit se souvenir que l’inclusion scolaire est un choix de société que nous avons fait et que nous devons continuer de faire en tant que société démocratique. On doit se souvenir que ce choix a un coût et que si le gouvernement n’y met pas le prix, si nous n’y mettons pas le prix, la situation ne s’améliorera pas de sitôt.

Article révisé par Thierry Jean

Références :

Dion-Viens, D. (2016, 19 avril). Intégration des élèves en difficulté: les profs et les élèves écopent, affirme une étude. Journal de Québec. Repéré à http://www.journaldequebec.com/2016/04/19/integration-des-eleves-en-difficulte-les-profs-et-les-eleves-ecopent

Dions-Viens, D (2017, 6 mars). 15 000 élèves en difficulté de plus en deux ans dans les écoles du Québec. Journal de Québec. Repéré à http://www.journaldequebec.com/2017/03/06/15000eleves-en-difficulte-de-plus .

Intégration des élèves en difficulté : des enseignants déchirés et démunis, (2016). Radio-Canada. Repéré à  http://ici.radio-canada.ca/nouvelle/776806/integration-eleves-difficulte-enseignants-demunis-dechires-etude.

Québec, Conseil supérieur de l’Éducation (2000). L’intégration scolaire des élèves handicapés et en difficulté, Repéré à https://www.cse.gouv.qc.ca/fichiers/documents/publications/Avis/50-0413.pdf

Laplante, E. (2018, 27 septembre) Des enfants abandonnés par le système scolaire. Repéré à https://www.tvanouvelles.ca/2018/09/27/des-enfants-abandonnes-par-le-systeme-scolaire.

Parents et profs ont des attentes envers le gouvernement Legault. (2018). Repéré à https://www.tvanouvelles.ca/2018/10/03/parents-et-profs-ont-des-attentes-envers-le-gouvernement-legault

2 réponses sur « L’intégration des enfants à besoins particuliers dans le système d’éducation québécois par Marjorie Martin »

  1. Marylene Blanchet

    Bravo Marjorie pour cette éloquente critique. C’est assurément des jeunes engagés comme toi qui sauront faire une différence et faire avancer notre société.

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