L’attachement et le trouble du spectre de l’autisme par Estellane St-Jean

La première fois que j’ai entendu parler du trouble du spectre de l’autisme (TSA), c’était en contexte familial. Je devais probablement être en 3e ou 4e secondaire quand on m’a dit qu’un de mes cousins avait reçu ce diagnostic, du moins, c’est autour de ces années que j’en ai vraiment eu conscience. J’ai toujours eu un fort intérêt pour les troubles psychologiques, mais le TSA m’a toujours beaucoup intrigué. Avec le temps et en progressant dans mon parcours académique, j’en suis venue à m’intéresser à l’attachement parent-enfant, ce qui m’a amené à me poser différentes questions sur les liens d’attachement qui se créent chez un enfant autiste.

Dans mes cours de développement, on me disait que l’attachement était la base dans l’établissement des relations futures. En effet, le type de relation qui sera formé à l’âge adulte est fortement influencé par les relations et le style d’attachement que la personne avait avec ses parents à l’enfance (Crooks et Baur, 2017). Étant donné que les personnes ayant un TSA tendent à avoir, entre autres, des déficits en matière de communication et d’interactions sociales (American Psychiatric Association, 2013), je me suis donc questionné, à savoir quels sont les facteurs qui influencent leurs relations d’attachement et la manière dont elles se manifestent.

En faisant un bref survol de la littérature concernant le sujet de l’attachement chez les enfants ayant un TSA, il m’a semblé que certaines études dataient ou, dans le cas des plus récentes, citaient encore les articles des années 1990 et du début des années 2000. De plus, les résultats obtenus semblent généralement plutôt contradictoires et il ne paraissait pas y avoir de consensus au niveau des différents auteurs (Rutgers et al., 2004; Lapointe, 2017), ce qui justifie et rend importante la continuité de la recherche dans ce domaine.

De manière plus systématique, l’attachement se définit comme « un lien fort et durable qui s’établit entre l’enfant et certaines personnes de son entourage social ». Cette relation donne à l’enfant la confiance d’explorer son environnement, tout en sachant qu’il peut compter sur sa figure d’attachement s’il a besoin d’aide (Cloutier, Gosselin et Tap, 2005). Bien entendu, chaque enfant s’attache différemment, ce qui rend l’étude du développement du lien d’attachement chez les TSA d’autant plus intéressante et pertinente.

Ainsi, comme pour les enfants dits neurotypiques, l’attachement sécure aurait des conséquences positives sur l’adaptation sociale des enfants ayant un diagnostic d’autisme. En effet, lorsqu’ils étaient évalués sur leurs capacités d’empathie, les enfants ayant un TSA avec une sécurité d’attachement plus élevée se trouvaient à être plus sensibles aux besoins émotionnels des autres que les enfants TSA qui avaient un attachement insécure (Rozga et al., 2018).

De plus, les facteurs influençant la capacité de développer un lien d’attachement sécure varient selon certaines caractéristiques individuelles. En effet, il semblerait qu’il y ait un lien entre le niveau des habiletés langagières et la sécurité d’attachement : ceux ayant des capacités de langage plus élevées tendaient à avoir plus d’initiative vis-à-vis de leur donneur de soin, et acceptaient plus d’offres de ce dernier dans les interactions dans le jeu (Rozga et al., 2018). Ce lien entre langage et attachement avait déjà été établi et répliqué auparavant (Rutgers et al., 2004).

Également, le niveau de sévérité du trouble semble avoir un impact sur la capacité d’attachement chez les TSA. En moyenne, les enfants avec un trouble moins sévère seraient plus portés à avoir des comportements d’attachement lors des phases de séparation et de réunion dans la situation étrange d’Ainsworth. Malgré ce constat, il reste que les différences individuelles doivent être prises en considération puisqu’il est possible qu’un enfant avec un TSA plus sévère puisse effectivement démontrer certains comportements qui laissent croire à un lien d’attachement (Persini, Viellard, Chatel, Borwell et Poinso, 2013).

En outre, certains TSA ont des intérêts circonscrits à propension fixative, qui peuvent se manifester par un attachement ou une préoccupation hors de l’ordinaire à un objet atypique (American Psychiatric Association, 2013). De plus, les TSA peuvent aussi avoir des déficits au niveau de la réciprocité sociale et émotionnelle dus, en partie, à un manque d’intérêt dans l’engagement d’une conversation (American Psychiatric Association, 2013). Ainsi, il est possible que lors de l’évaluation de la qualité d’attachement dans la situation étrange, l’enfant TSA soit moins anxieux dû au fait qu’il soit entouré par des jouets et d’autres objets, ce qui viendrait médier le lien. D’ailleurs, Persini et al. (2013), considèrent cette limite dans leur étude.

Il est certain que ma lecture de la littérature actuelle doit se poursuivre puisqu’elle n’est pas suffisamment exhaustive afin de positionner correctement mon jugement face aux résultats des articles cités concernant cet enjeu. Malgré tout, il reste encore une panoplie de possibilités d’études au niveau de ce sujet, celui-ci restant fort intéressant.

Article révisé par Lyanne Levasseur Faucher

Références

American Psychiatric Association. (2013). Diagnostic and statistical manual of mental disorders DSM-5 (5e éd.). Arlington, VA : American Psychiatric Publishing.

Cloutier, R., Gosselin, P. & Tap, R. (2005). Psychologie de l’enfant (2e édition). Montréal : G. Morin/Chenelière Éducation

Crooks, R. L., Baur, K. (2017). Nos sexualités (3e éd.; traduit par L. Henry et P. Munger). Montréal : Modulo.

Lapointe, M. (2017). L’attachement des enfants présentant un trouble du spectre de l’autisme : Proposition d’un modèle modérateur de l’insécurité d’attachement sur les comportements et symptômes perturbateurs. Devenir, 29(3), 153-169.

Persini, C., Viellard, M., Chatel, C., Borwell, B. et Poinso, F. (2013). Troubles autistiques et troubles de l’attachement : quels liens? Devenir, 25(3), 145-158.

Rozga, A., Hesse, E., Main, M., Duschinsky, R., Beckwith, L. et Sigman, M. (2018). A short-term longitudinal study of correlates ans sequelae of attachment security in autism. Attachment and human development, 20(2), 160-180.

Rutger, A. H., Bakermans-Kranenburg, M. J., van IJzendoorn, M. H. et van Berckelaer-Onnes, I. A. (2004). Autism and attachment: a meta-analytic review. Journal of Child Psychology and Psychiatry, 45(6), 1123-1134.

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