Série : Les études supérieures en psychologie… au D. Ps. Enfance-adolescence (Campus Longueuil de l’Université de Sherbrooke)

Par Lyanne Levasseur Faucher

En collaboration spéciale avec une ancienne étudiante au baccalauréat en psychologie de l’Université de Montréal

 Je suis particulièrement enthousiaste à l’idée de vous présenter la première d’une série d’entrevues réalisées avec des étudiants aux cycles supérieurs en psychologie. À travers ces témoignages, cette série a pour objectif d’informer les étudiants de premier cycle à propos du parcours de bacheliers, puis de leur expérience en tant que candidats à la maîtrise ou au doctorat, en psychologie ou dans des domaines connexes. La série vise à encourager les étudiants au baccalauréat en psychologie dans la poursuite de leur cheminement, mais aussi à faire connaître la réalité des études aux cycles supérieurs de manière générale auprès du grand public.

1. Le profil du doctorat de la psychologie enfance-adolescence, qu’est-ce que c’est?

 C’est un programme dans un domaine de la psychologie spécifique à une clientèle. Il est contingenté et orienté sur l’intervention psychologique avec les enfants et les adolescents. Néanmoins, sur les quatorze candidats acceptés au sein de notre cohorte, deux candidats ont quitté en début de parcours. Selon moi, la structure de ce programme fait en sorte que c’est davantage axé sur l’enfance, l’adolescence y étant moins abordée. Pour illustrer, j’estimerais un ratio de 70%-30% selon leur représentativité respective.

Dès les premiers mois de la première année, nous entrons dans l’aspect clinique, car nous rencontrons notre tout premier client. Nous apprenons à faire une évaluation psychologique complète (cognitive, affective, etc.) Du côté pratique, il y a la possibilité de côtoyer une clientèle adolescente. Ensuite, en deuxième année, nous nous voyons attribuer de quatre à sept patients. L’intervention psychologique est centrale lors de la deuxième année, ce qui n’exclut pas l’évaluation. Les suivis de rendez-vous ont lieu à la clinique, située directement sur le campus Longueuil. Il est aussi possible de faire de l’intervention dans le cadre d’une thérapie familiale ou de groupe (par exemple, un groupe de méditation pleine conscience adaptée pour des enfants). Pour ma part, j’ai l’occasion de faire un suivi thérapeutique familiale.

Nous devons toujours collaborer avec les parents, qui ont eux aussi besoin d’être soutenus. Ainsi, nous pouvons mettre en pratique des stratégies de coaching parental par exemple. Nous procédons également à une anamnèse, soit une rencontre avec les membres de la famille pour recueillir le point de vue de chacun. Nos superviseurs sont généralement présents lors de ce premier rendez-vous. Par la suite, étant donné que les séances sont filmées et enregistrées, nous effectuons des supervisions, c’est-à-dire un retour en équipe de deux ou quatre étudiants qui ont également assisté à la séance. Je peux moi-même revoir et analyser mes interventions, ainsi que recevoir la rétroaction de mes collègues et de mon superviseur, ce qui est très formateur.

Lors des deux premières années, nous assistons à des cours magistraux en plus des stages à la clinique universitaire. Au cours de la première année, nous étudions en profondeur les procédés relatifs à l’évaluation psychologie complète, par exemple en tenant compte des aspects cognitifs et affectifs. En deuxième année, nous en apprenons davantage sur l’intervention, comme la thérapie par le jeu et les évaluations prérequises. Si l’on souhaite suivre le cheminement, qui devrait s’échelonner sur quatre ans, nous effectuons des stages d’internat à la 3e et 4e année dans un milieu externe à l’université (ex. : centre jeunesse, centre hospitalier, commission scolaire), qui est théoriquement d’une durée de 1600 heures.

Les stages sont évidemment supervisés par des professeurs. Nous pouvons donner nos préférences en fonction des approches qui nous intéressent le plus parmi : psychodynamique, psychodynamique systémique (avec une dyade mère-enfant), psychodynamique développementale ou thérapie cognitive comportementale intégrative. C’est finalement une professeure de cette dernière orientation qui m’a supervisé.  La structure du programme, donc autant les cours théoriques que les stages, offre la possibilité de voir plusieurs types d’approches.

*Il est important de mentionner que le profil Enfance-Adolescence est exclusivement offert au campus Longueuil de l’Université de Sherbrooke, alors que des profils offerts au campus de Sherbrooke sont consacrés aux adultes et à la psychologie organisationnelle.

2. Comment as-tu découvert ton intérêt pour ce domaine de la psychologie?

Je dirais que j’ai été grandement influencé par mes parents, surtout mon père qui possédait déjà un grand nombre de livres portant sur la psychologie et la philosophie lorsque j’étais jeune. Je m’enlignais pourtant vers des domaines reliés aux sciences de la nature, comme la kinésiologie et la physiothérapie, n’imaginant pas faire carrière en psychologie. J’avais cependant développé très tôt un intérêt pour travailler avec les enfants, en faisant du gardiennage et en étant accompagnatrice de camp de jour. J’ai fait quelques cours en psychologie à l’université comme étudiante libre, puis je me suis inscrite au baccalauréat. Et j’ai eu un coup de cœur lorsque j’ai travaillé avec une clientèle adolescente dans une maison des jeunes!

3. Quelles expériences ont été selon toi les plus enrichissantes et pertinentes pendant ton baccalauréat ?

Dans un premier temps, j’ai beaucoup aimé faire du bénévolat pour l’organisme Face-à-Face. C’est une ligne d’écoute ouverte à tous, mais aussi en personne, en face à face. C’est une ressource importante pour les personnes itinérantes, car elle offre d’autres services concrets, comme un système de poste, de l’aide en cas de perte de cartes d’identité. Les bénévoles sont également formés pour donner des références selon les besoins des visiteurs. Par exemple, dans des cas de problématiques en lien avec les agressions sexuelles et la violence conjugale, il est possible de référer au centre pour les victimes d’agression sexuelle de Montréal (CVASM) ou à la ligne d’écoute Tel-Aide. C’était un beau « challenge » étant donné qu’on a toujours des tâches diverses à faire pendant nos quarts de quatre heures.

Dans un deuxième temps, j’ai eu l’opportunité de faire un stage d’observation dans le cadre du cheminement honor dans une clinique d’évaluation. La clinique était spécialisée dans le dépistage des troubles du spectre de l’autisme. J’ai beaucoup aimé travailler avec une équipe multidisciplinaire, qui comptait entre autres parties des orthophonistes et des ergothérapeutes. Je crois que c’est une expérience qui me sert énormément en ce moment, car cela m’a conscientisé à propos de tous les éléments auxquels nous devons porter attention en évaluation, que ce soit les comportements verbaux ou les subtilités du langage non verbal. En plus, les superviseurs m’encourageaient à mettre en pratique mes connaissances et à développer de bonnes méthodes de travail. J’ai pu par exemple pratiquer la passation du WISC avec mes superviseurs et voir comment organiser les dossiers des patients contenant des rapports et des notes évolutives.

Du côté de la recherche, j’ai également aimé mon expérience au sein de l’équipe du Journal sur l’identité, les relations interpersonnelles et les relations intergroupes (JIRIRI), grâce auquel j’ai pu me familiariser davantage avec les principes sous-jacents à la rédaction et à la publication d’articles scientifiques. Enfin, j’ai occupé un poste d’assistanat de recherche à l’Hôpital Sainte-Justine.

4. Sur quel sujet portera ton mémoire doctoral ?

D’abord, il est pertinent de mentionner qu’au courant du premier été, nous avions l’option de changer de profil pour accéder au Ph. D. Dans mon cas, j’ai choisi de faire un mémoire, qu’on peut qualifier de moins grande envergure comparativement à la thèse du Ph.D.-RI. Je dirais que la principale différence se trouve dans la rédaction du contexte théorique ou aussi appelé revue de littérature : pour le profil Ph.D.-RI, il faut pratiquement avoir tout lu sur notre sujet d’étude!

À l’intérieur du profil D.Ps., il y avait encore deux options possibles, soit la thèse traditionnelle, qui compte une centaine de pages, ou le mémoire par articles. Ils exigent deux articles pour les étudiants au profil D.Ps., tandis qu’il en faut quatre pour le Ph.D.-RI. Une grande différence dans le profil D.Ps est qu’il n’y a pas de soutenance de thèse. Les étudiants au profil Ph.D.-RI suivent également des cours durant l’été et comptent deux années de plus pour compléter leur cheminement. Les exigences semblent toutefois sujettes aux changements étant donné que les exigences du programme en terme de recherche sont actuellement en révision.

Pour ce qui est de la supervision, il n’est pas rare d’entendre parler de codirection, lorsque deux professeurs sont sollicités pour des champs d’expertise différents. Le directeur doit être choisi avant la fin de la première année, mais il est possible d’entreprendre ses recherches avant l’admission. Personnellement, je suis dirigée par une professeure en sciences infirmières, spécialisée en santé mentale, qui étudie la population et le sujet qui m’intéressent. Avec ma directrice, j’ai décidé de réaliser un mémoire par articles et je désire travailler sur la prévention du suicide chez l’adolescent. Cette collaboration satisfait pleinement mon envie de faire une recherche qualitative de « terrain », d’autant plus que j’aime les implications du travail multidisciplinaire en psychologie. Les différents professeurs du programme possèdent des champs d’expertise variés, entre autres sur des sujets comme la mentalisation, l’attachement et la pleine conscience.

5. Quels conseils donnerais-tu aux étudiant.e.s au baccalauréat en psychologie (nouveaux et finissants)?

Pour les premières années, j’insisterais sur la complétion du cours de Laboratoire 1 (PSY2007)! C’est un cours ayant des préalables, donc plutôt recommandé pour la deuxième année. Je le suggère fortement, et ce, même pour les personnes qui croient avoir moins d’intérêt pour la recherche, car il faut toujours rester ouverts. La clinique et la recherche sont des domaines qui restent conjoints, et les cliniciens doivent s’informer des avancées scientifiques. Je conseillerais d’acquérir un maximum d’expériences pertinentes dans les deux. Un autre cours que j’ai trouvé très utile et qui, selon moi devrait être obligatoire, est celui de Méthodes et techniques d’entrevue (PSY3129).

Par contre, je reste convaincue que la clé est de s’informer le plus tôt possible : personne ne devrait faire un doctorat, seulement pour faire un doctorat. Plus particulièrement pour les finissants, il est crucial selon moi de récolter davantage d’informations auprès d’étudiants aux cycles supérieurs pour en savoir plus sur le parcours qui les attendent. Il faut donc se prendre d’avance et élargir son réseau de contacts. Il n’y a pas de limite en matière de préparation, surtout pour les entrevues. En résumé, le premier critère pour obtenir une entrevue de sélection consiste à se démarquer au niveau de la cote universitaire. Il faut également soumettre une lettre de présentation traditionnelle. Lors de l’entrevue de sélection, le futur candidat peut s’attendre à devoir parler de ses expériences, autant en recherche qu’en clinique.

Il faut aussi garder en tête que choisir un profil clinique te force à pousser tes réflexions plus loin. Pour ma part, avant de débuter, j’ ignorais que je ne me connaissais pas réellement : le travail sur soi est constant. Je pense notamment à la gestion des biais, des résistances du transfert et du contre-transfert. En fin de compte, je pense qu’il est important de réaliser que tu constitues ton outil de travail principal et, par conséquent, qu’il est nécessaire de se connaître et de prendre soin de soi!

 Il est à noter que l’anonymat de la personne interviewée est préservé étant donné qu’elle est amenée à travailler actuellement avec une clientèle vulnérable dans le cadre de son stage. L’Amnésique la remercie d’avoir généreusement accepté de partager son expérience à travers cette entrevue. Pour plus d’informations à propos du profil D. Ps., nous vous suggérons de consulter la foire aux questions.

 Article révisé par Annabelle Boudreault-Trudeau  

Source image : Unsplash

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