La place du concept de soi dans la déficience intellectuelle par Estellane St-Jean

Qu’est-ce que la déficience intellectuelle (DI) ? C’est un trouble s’amorçant au début de la vie, qui touche les niveaux intellectuel et adaptatif dans les domaines social, conceptuel et pratique. C’est-à-dire qu’il y a des déficits, entre autres, en ce qui concerne le jugement, le développement de la pensée abstraite, l’apprentissage, la planification, le raisonnement et la résolution de problème. De plus, la personne qui répond aux critères diagnostics n’atteint pas les normes en ce qui a trait à l’autonomie et à la responsabilité sociale. Ces déficits affectent donc la vie quotidienne dans plusieurs sphères, telles que la communication et la participation sociale (APA, 2013).

Comment, en tant que neuro-typiques, nous définissons-nous ? L’identité nous sert de point de repère et indique ce que nous sommes et ce que nous ne sommes pas (Drouin-Hans, 2006). Elle part d’une multitude de notions qui servent à décrire ce qui nous représente et se base sur des concepts autant sociaux que personnels (Baudry et Juchs, 2007). Au niveau scientifique, la définition d’identité a évolué au fil des travaux effectués, et fut fortement influencée par une foule d’auteurs issus de divers domaines des sciences sociales. Par exemple, les travaux sur les caractéristiques individuelles et culturelles de Mead et Kardiner ont influencé ceux d’Erikson sur l’identité. En effet, à l’inverse de Freud, Erikson met en évidence l’importance des interactions sociales dans le développement de l’identité. Se sont ajoutés plusieurs auteurs qui ont pensé l’identité pour en venir à deux façons essentielles de comprendre le concept. Certains disent que ce serait une notion stable et appliquée aux communautés, alors que d’autres pensent que ce serait plutôt un concept subjectif qui axerait davantage sur l’individu (Baudry et Juchs, 2007).

Ainsi, il existe plusieurs sphères à l’identité. Il est donc possible, entre autres, de parler de concept de soi. Celui-ci est constitué d’étiquettes auto descriptives qui englobent la perception des caractéristiques physiques, des comportements, des habiletés ou des performances d’une personne et qui est souvent teintée d’une composante émotionnelle (Cadieux, 2003).

Comment percevons-nous ces gens différents ? Tout d’abord, il est intéressant de penser en termes de groupe social puisque chacun de ces derniers instaure des normes et des règles qui servent à structurer la société (Goyer, 2015a). Ainsi, certains comportements peuvent être considérés comme anormaux et font réagir les gens qui désignent ces actes comme étant déviants (Goyer, 2015b). C’est pourquoi il est intéressant de faire un parallèle avec la déficience intellectuelle, puisque les attitudes et les croyances envers la DI démontrent qu’il existe des réactions de méfiance et de résistance face à l’inclusion de ces individus (Morin, Crocker, Caron et Normand-Guérette, 2012). Ce qui justifie le fait de parler des normes sociales qui sont enfreintes, c’est que la perception des neuro-typiques vis-à-vis des personnes ayant une déficience intellectuelle est négative. En effet, il semblerait que le malaise, la pitié, la peur, l’incertitude et l’inconfort soient au cœur des interactions entre ces populations (Morin, Crocker, Caron et Normand-Guérette, 2012).

Ce qui est aussi important à aborder, c’est la façon dont les personnes ayant une DI se perçoivent. Ainsi, les jeunes d’âge développemental préscolaire ayant une déficience intellectuelle se perçoivent plus positivement que les autres jeunes (Fiasse et Nader-Grosbois, 2011). En effet, en tenant compte de l’évaluation hétéroperceptive des enseignants en lien avec ces enfants, ces derniers évalueraient leurs compétences cognitives, physiques et sociales comme étant supérieures à ce qu’elles seraient en réalité. Selon Fiasse et Nader-Grosbois (2011), deux explications pourraient être envisageables concernant ces résultats. D’une part, il serait possible que les enfants vivant avec une déficience se perçoivent plus positivement afin de se préserver d’un sentiment d’échec, ce qui affecterait sans doute négativement leur estime de soi. D’autre part, il pourrait exister une potentielle divergence entre la rétroaction de l’enseignant à l’enfant et l’évaluation hétéroperceptive de ce premier (Fiasse et Nader-Grobois, 2011).

Essentiellement, la déficience intellectuelle doit souvent être remise dans son contexte social puisqu’il faut une norme pour définir si oui ou non une personne peut recevoir le diagnostic de DI. Ce dernier a des impacts importants sur plusieurs sphères de la vie de l’individu qui l’aurait reçu, notamment sur le développement de son concept de soi et, par le fait même, de son identité. De plus, en remettant la DI dans son contexte social, il est possible d’observer que les interactions entre des personnes neuro-typiques et les personnes ayant une DI se font souvent dans le malaise, la peur, l’inconfort ou la pitié. Il est désolant de se rendre compte des attitudes négatives relevant d’idées préconçues en lien avec la DI, puisque les individus touchés forment une population attachante, et d’autant plus affectueuse lorsque nous prenons le temps d’entrer dans leur univers. Ils enrichissent notre société chacun à leur façon et nous permettent de voir le monde différemment.

Article révisé par Lyanne Levasseur Faucher 

Références

American Psychiatric Association. (2013). Diagnostic and statistical manual of mental disorders DSM-5 (5e éd.). Arlington, VA : American Psychiatric Publishing.

Baudry, R. et Juchs, J.-P. (2007). Définir l’identité. Hypothèses, 1(10), 155-167.

Cadieux, A. (2003). Concept de soi et comportements en classe d’élèves vivnt avec une déficience intellectuelle : Une étude longitudinale. Revue francophone de la déficience intellectuelle, 14(2), 121-137.

Droin-Hans, A.-M. (2006). Identité. Le Télémaque, 1(29), 17 à 26.

Fiasse, C. et Nader-Grosbois, N. (2011). Concept de soi d’enfants ayant une déficience intellectuelle d’âge développemental préscolaire. Revue francophone de la déficience intellectuelle, 22, 27-40

Goyer, R. (2015a). SOL1016 : Notes de cours 1 [Présentation PowerPoint]. Repéré dans l’environnement StudiUM : https://studium.umontreal.ca/

Goyer, R. (2015b). SOL1016 : Notes de cours 4 [Présentation PowerPoint]. Repéré dans l’environnement StudiUM : https://studium.umontreal.ca/

Morin, D., Caron, J., Crocker, A. et Normand-Guérette, D. (2012). Attitudes et croyances concernant la déficience intellectuelle de la population québécoise et des dispensateurs de services (Rapport no120617). Montréal, Québec : Université du Québec à Montréal

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