Le choc culturel : les philosophies des universités par Marie-Andrée Richard

Je suis une ancienne étudiante du baccalauréat en psychologie qui a eu la chance de réaliser un échange étudiant au Royaume-Uni. Et en début de session, j’ai sous-estimé les différences au niveau des valeurs et des méthodes d’évaluations.

J’étais à ma dernière session, donc j’avais beaucoup d’expérience en termes d’examens, de travaux scolaires et de lecture en anglais. On nous a informés, lors de notre formation pré-départ, que la charge de travail à l’Université de Montréal avait tendance à être plus élevée que la plupart des autres universités auxquelles les étudiants partaient en échange.­­­­ Comme mon objectif premier était de découvrir le Royaume-Uni en toute quiétude, et non de passer mes fins de semaine à étudier et à rédiger des travaux, j’avais pris soin de prendre des cours de deuxième année, dont l’évaluation consistait à un seul examen (à la fin du semestre) dans lequel 50% de la note finale était consacrée à des questions à choix multiples (QCM), et l’autre 50% à une rédaction. Sans oublier que les universitaires britanniques en deuxième année ont entre 17 et 19 ans, soit l’âge que l’on a au cégep, et que moi j’en avais 23, soit l’âge que l’on a aux cycles supérieurs. Alors je n’étais pas du tout inquiète au niveau de la charge de travail et de la difficulté des examens.

J’ai été rapidement désenchantée.

D’accord, je dois admettre qu’il y a plus de ressemblances que de différences entre le système québécois et britannique : les professeurs sont accessibles, les cours sont donnés avec des présentations PowerPoint, on devait suivre les normes APA, et les références en psychopathologie sont le DSM et la CIM. Il y a même une de mes lecturersde mon cours de neuroscience cognitive qui nous a parlé pendant 10 minutes de l’Institut et hôpital neurologiques de Montréal (The Neuro), en mentionnant que c’est une référence mondiale en neurosciences. Et oui, on nous présente les mêmes légendes de la psychologie et de la neuropsychologie: Freud, Gall, Watson, Penfield, Rogers, HM, Gage, etc. Ils ne changent pas ; ce sont les mêmes d’un pays à l’autre. 

Il y a même des avantages à mon université d’accueil que l’on ne retrouve pas à l’UdeM, dont le fait que plusieurs cours soient filmés et accessibles sur internet et que les cours ne durent que 60 ou 90 minutes. On avait même des séminaires dans la majorité de nos cours ou l’on devait présenter des études et ensuite en discuter, chose qui est rare à l’UdeM. Et le plus beau dans tout ça, c’est que la note de passage est de 40%.

Le paradis, non ? 

Malheureusement, ce n’est pas pour rien que la note de passage est à 40%. Ma professeure de communication en anglais nous avait avertis dès le début de la session que les étudiants étrangers, particulièrement les doués, étaient déçus de leurs résultats scolaires en Angleterre. Bien sûr, comme au Québec, on peut obtenir théoriquement une note entre 0 et 100%. Mais en réalité, il est très rare que les professeurs donnent une note en haut de 80% quand il y a des essais. Avoir une note au-dessus de 70% nous donne la mention first class,l’équivalent d’un A+.

Le plus déstabilisant est les essais. À l’UdeM, pour le peu de fois où l’on a des questions ouvertes, on est habitués à recevoir des instructions claires: quelles théories ou concepts mentionner, quels mécanismes expliquer, quelles connaissances appliquer, etc. À Leeds, on n’a pas encore eu d’examens que l’on sait déjà qu’il n’y a rien de tout ça dans les questions ! 

Durant ton (seul) examen, après avoir répondu aux questions à choix multiples, tu dois écrire un essai sur un des trois sujets proposés que tu ne connais pas en avance. Pour vous donner une idée, l’une des questions proposées dans mon examen de mon cours d’évolution et comportement était formulée comme ceci : « Modern humans first emerged in Africa. Discuss»  Tout ce que tu as comme indication, c’est que tu as 60 minutes pour écrire quelque chose là-dessus dans un cahier de feuilles lignées de 20 pages (en anglais; on ne peut pas rédiger nos travaux en français comme à McGill). Oh, et que ça compte pour 50% de ta note finale. Pour le reste, on est libres de faire ce que l’on veut.

Pour ceux et celles qui ne sont pas habitués à ce système, c’est normal d’avoir l’impression de ne pas avoir de repères. Mais les professeurs savent que ça peut être déstabilisant pour les étrangers. Il est toujours possible de les contacter, de s’exercer avec les formatifs, et d’assister aux ateliers dans les bibliothèques si on en ressent le besoin. Ce ne sont pas les ressources qui manquent pour savoir à quoi s’attendre comme évaluation, mais ça demande d’être proactif. Les critères d’évaluation et les attentes des correcteurs sont indiqués sur le site des bibliothèques de l’université. Voici les conseils que j’ai trouvés : 

  1. Définir les concepts en lien avec la question. Fair enough.
  2. Décrire les théories. Also fair enough.
  3. Parler des études discutées aux cours qui appuient notre idée. Fair enough…Et les citer sous les normes de l’APA ? Comme on n’a pas accès à nos notes, ça fait beaucoup d’associations études-auteurs-années à se rappeler ! Au moins, on n’avait pas de bibliographie à rédiger.
  4. Démontrer que l’on a fait nos lectures recommandées sur la matière qui n’a pas été abordée en classe. Comme les cours ne durent que 60 ou 90 minutes et que l’on a plus de temps libre, l’autonomie et l’apprentissage par soi-même sont davantage valorisés qu’à l’UdeM. Il y a donc beaucoup de lecture à faire. Rendu là, c’est une question de chance si on se rappelle de nos lectures en lien avec le sujet. 
  5. Démontrer que l’on a fait des recherches supplémentaires sur le sujet en citant des études récentes. Alors dans notre préparation, il faudrait que l’on fasse des recherches sur tous les concepts vus depuis le début de la session pour ne répondre qu’à une seule question ?  Et répéter cet exercice pour les autres examens ? Non merci.
  6. Finalement, faire preuve d’esprit critique. Attention, il ne suffit pas de parler des limites des études et des théories mentionnées en classe. On doit émettre nos propres opinions sur la théorie, et les justifier.

À l’UdeM, avoir plus de 90% signifie que l’on est excellent et que l’on remplit les exigences, tandis qu’avoir plus de 80% à Leeds signifie que tu en donnes plus que demandé. Tu es outstanding. En Angleterre, on peut proposer des idées, remettre en question les théories, critiquer, etc. On a l’opportunité d’apporter des points auxquels peut-être même les professeurs n’auraient pas pensé. Bref, on a la liberté vertigineuse de penser. Et c’est ce qu’ils recherchent. Ils veulent distinguer les excellents des exceptionnels. 

Il est vrai que c’est un exercice déstabilisant. Nous qui sommes si habituées aux instructions et aux critères clairs, on ressent à la fois une sensation de vide et de liberté. Et en se comparant aux étudiants britanniques qui y sont habitués, et qui n’ont que 17-19 ans, on réalise que notre esprit critique n’est peut-être pas aussi développé qu’il ne devrait l’être. Leur méthode d’enseignement et d’évaluation favorise davantage le développement de notre pensée critique et de notre autodidaxie, plutôt que la capacité d’appliquer la matière. Et pourtant, ces étudiants sont plus jeunes que nous et ont moins d’expérience académique. 

Pourtant, c’est paradoxal au niveau culturel ! Les Britanniques ont, en effet, moins tendance à émettre leur opinion et à poser des questions en classe, alors que les Québécois aiment poser des questions, discuter et remettre les choses en question ! On a le potentiel ! La force de notre université est la recherche, alors pourquoi on ne se penche pas davantage sur l’esprit critique et la réflexion ? Les étudiants du premier cycle en psychologie devraient pouvoir démontrer leurs connaissances et leurs compétences autrement qu’en coloriant des cercles pour montrer qu’ils ont mémorisé la matière par cœur. Ils devraient aussi démontrer qu’ils savent penser et critiquer.

Au final, qu’est-ce qui est le mieux ? Une université qui évalue ses étudiants par des évaluations relativement faciles où plusieurs d’entre eux ont des A+, et qui privilégient la mémorisation de la matière ? Ou alors une université dont les évaluations sont plus difficiles, où tout le monde a des notes moyennes, mais qui favorise la réflexion et l’esprit critique ?

Au bout du compte, avec autant d’étudiants qui ont des A+, que vaut réellement ce fameux A+ ? 

En conclusion, ces deux systèmes d’éducation sont, à mes yeux, assez différents, avec chacun leurs forces et leurs faiblesses. Je ne sais pas lequel je préfère. En les comparant, il y a d’un côté le système d’évaluation anglais qui priorise la liberté, la curiosité, l’esprit critique et la prise de risque, et de l’autre côté, le système d’évaluation québécoise, néanmoins, celui du baccalauréat en psychologie de l’UdeM, qui priorise l’encadrement, les connaissances, l’application et le haut rendement (ou l’ego). 

Si vous êtes présentement en échange ou que vous prévoyez partir en échange et que vous ressentez des inquiétudes, n’hésiter surtout pas à écrire sur la page l’Étudiant migrateur et à contacter les correspondants ! Et prenez le temps de prendre connaissance des ressources qui sont offertes à votre université d’accueil pour les étudiants étrangers. Il y en a plus que vous le croyez !   

4 réponses sur « Le choc culturel : les philosophies des universités par Marie-Andrée Richard »

  1. Ève Samson

    Je suis très contente d’avoir lu cet article ce matin! Je suis également au baccalauréat en psychologie et je prévois partir à Leeds en 2020-2021. Tu m’as beaucoup éclairé sur la méthode d’enseignement et d’évaluation. J’aimerais te poser davantage de questions sur ton échange. Est-ce que tu accepterais qu’on garde contact?

    Au plaisir,

    Ève Samson

    J'aime

  2. Juliette B.

    Je suis étudiante de 3e année au baccalauréat en histoire de l’art à l’UdeM et je suis présentement à University of British Columbia.
    Même si le système de gradation est le même, c’est à peu près la seule familiarité que partage UBC avec l’UdeM. Comme tu le soulignais, le A+ n’est pas aussi facile qu’à l’UdeM. Tout comme Leeds, l’esprit critique est fortement sollicité même dans un cours visant à faire un panorama d’une période ou d’un genre artistique. Plusieurs travaux consistent à rédiger un analyse critique d’un article, chose que je ne peux même pas me rappeler avoir fait à l’UdeM.
    La particularité de UBC est que durant tout le cours de la session, tu es requis.e de faire des travaux, des feuilles de notes à chaque semaine. Personnellement, je trouve ça beaucoup plus engageant que deux évaluations à 50%, mais il s’agit de mon opinion.

    Merci d’avoir partagé cet article très intéressant!

    J'aime

  3. Marie-Andrée Richard

    Bonjour Juliette,

    Je suis tout à fait d’accord avec toi. Tout au long de mon bac, j’écoutais les gens se plaindre contre le système d’évaluation à l’UdeM, mais naïvement, je me disais que c’était la réalité à l’université et que ça devait être comme ça partout. Finalement on réalise que ce n’est pas le cas.

    Je me demande si c’est une question de culture ou de coûts (ça doit coûter moins cher d’évaluer avec de QCM qui se corrigent automatiquement plutôt que d’engager des auxiliaires pour corriger des textes). L’un ou l’autre, je ne trouve pas que c’est une méthode valide pour évaluer les compétences et l’excellence des étudiant.e.s.

    J'aime

Répondre

Entrez vos coordonnées ci-dessous ou cliquez sur une icône pour vous connecter:

Logo WordPress.com

Vous commentez à l'aide de votre compte WordPress.com. Déconnexion /  Changer )

Photo Google

Vous commentez à l'aide de votre compte Google. Déconnexion /  Changer )

Image Twitter

Vous commentez à l'aide de votre compte Twitter. Déconnexion /  Changer )

Photo Facebook

Vous commentez à l'aide de votre compte Facebook. Déconnexion /  Changer )

Connexion à %s