Ce Primate par Benjamin Lechasseur

La psychologie nous en a appris, et continue de nous en apprendre beaucoup sur l’être humain. Sa pensée, ses processus cognitifs et ses capacités d’apprentissage nous ont montré comment l’Homo sapiens en est arrivé à conquérir la planète et devenir l’espèce dominante.  Notre évolution et l’acquisition de notre conscience nous disent que nous nous sommes distingués du règne animal et que nous sommes devenus supérieurs. Nous voyons l’espèce humaine comme unique et prenons nos comportements comme distincts du monde animal. Nous nous percevons comme étape finale du long processus évolutif qui mène vers la raison et l’intelligence. Cependant, plusieurs domaines nous indiquent que nous ne sommes pas loin de nos ancêtres et que le sang animal coule toujours dans nos veines. La biologie, l’anthropologie et la psychologie évolutionniste nous rappellent qu’il ne faut pas se croire tout à fait distincts et que des comportements que nous percevons comme étant purement humains s’observent chez plusieurs espèces qui habitent cette terre. 

Nous pourrions nous aventurer très profondément dans le monde animal et écrire 200 pages sur le sujet. Ici, nous allons nous en tenir à quelques exemples révélateurs manifestés par nos très chers cousins les singes. Les exemples qui suivent sont quelques-uns des comportements des primates, qui se reflètent bien dans notre espèce dite évoluée. 

Commençons par la base en disant que les singes sont des mammifères hautement sociaux qui vivent en communautés hiérarchisées. Au sein de ces communautés, les espèces emploient des moyens différents pour maintenir l’esprit de groupe et renforcer la cohésion sociale. Parlons du tamarin empereur. Les femelles de cette espèce s’accouplent généralement avec deux à quatre mâles différents. Lorsque la femelle accouche, les mâles ne savent pas qui est le père. Pour favoriser le développement et la survie des petits, les mâles se partagent leur garde de façon égale, et ceci avec un niveau de coopération impressionnant. Ceci permet également à la mère de se reposer et de se nourrir pour pouvoir allaiter les petits. Ce comportement de garde parentale et ce souci envers les enfants se voient chez plusieurs espèces de singes et montrent à quel point ceux-ci prennent leur rôle de parent au sérieux. 

Vivre en société hiérarchisée implique généralement un statut social. Nous pouvons être au bas, ou au haut de l’échelle. Fait intéressant, comme chez l’espèce humaine, les singes sont capables de modifier leur statut social en adoptant certains comportements clés. Avec les macaques japonais, par exemple, seuls les hauts placés ont accès aux bains thermaux pour se réchauffer l’hiver. Pour avoir accès à ces bains, il faut monter dans la hiérarchie. Pour ce faire, maitriser l’art d’épouiller les autres est incontournable. Ce comportement permet d’influencer les autres et de les manipuler en les toilettant. Ça devient un moyen d’obtenir des faveurs et une monnaie d’échange pour la nourriture et l’accouplement. Ça permet également de diminuer les tensions au sein du groupe. Chez les singes araignées d’Amérique du Sud, pour souder le clan et gravir les échelons hiérarchiques, les accolades sont le moyen utilisé. Meilleurs sont les câlins, meilleures sont les relations, et meilleures sont les chances de parvenir au haut de la pyramide sociale. De l’autre côté du globe, les geladas d’Éthiopie forment les communautés de singes les plus nombreuses. Jusqu’à mille individus peuvent former un clan. L’épouillage et les câlins prendraient trop de temps. Le ciment de leur société est donc la communication orale. Ils se parlent pour garder le contact et tisser les liens. Il s’agit de l’espèce de singe la plus bavarde. En Europe, les macaques de Barbarie ont une société très politique. Pour s’imposer et pour impressionner les autres, il faut voler un bébé et l’offrir à un mâle de rang supérieur. Obtenir le respect de cette façon calme les tensions et permet de s’élever dans la hiérarchie. 

Une fois qu’on s’élève dans la hiérarchie, l’objectif est d’y rester. Plusieurs comportements permettent de conserver sa position dominante et d’assurer sa survie. Chez les babouins hamadryas, la violence, l’agressivité et la peur sont les moyens employés. Chez les gorilles à dos argenté, plus le dos est argenté, plus on est dominant. La couleur ou la taille d’un attrait physique revient souvent chez les singes. Les mandrills se dominent par la coloration de leur nez, les geladas par le rouge de leur poitrine et les nasiques par la grosseur de leur nez. Chez d’autres espèces, la dominance se démontre par d’autres moyens. Par exemple, chez les singes hurleurs, plus le cri est impressionnant, plus on est dominant.

Une espèce se distingue des autres, par ses comportements : les bonobos. Chez ces primates, la hiérarchie n’a pas beaucoup d’importance. Les bonobos vivent en société pacifique où la bienveillance est la stratégie de survie. Pour entretenir les liens sociaux, préserver le calme et dire bonjour, ils font l’amour. De façon informelle et furtive, pas en lien avec la reproduction, le sexe est synonyme de respect et de camaraderie. 

Oui, nous les humains pouvons, scientifiquement, prétendre que nos comportements sont signe d’intelligence et de supériorité. Nous avons été en mesure de devenir plus intelligents et complexes, et la science peut le prétendre grâce à la révolution cognitive que nous avons vécue.  Cependant, en voyant ce qui se passe dans le monde animal, je constate que nos techniques de reproduction, nos tactiques pour impressionner et nos moyens de communiquer n’ont rien d’extraordinaire. Se faire valoir en se pavanant de bijoux brillants et de vêtements attrayants, se gonfler le torse pour se montrer plus dominant, offrir des services pour atteindre différents objectifs sociaux, les comportements animaux sont encore aujourd’hui bien encrés en nous.  À voir comment nous adoptons plusieurs comportements propres à plusieurs espèces différentes et comment nous sommes régis par les mêmes besoins élémentaires, je trouve que, bien qu’évolués, nous sommes loin d’être cet être unique dont nous parlons si souvent. Nous ne sommes, en fin de compte, que des primates.  

Texte révisé par Julianne Roy

Références :

Badger, G. & Thomas, R. (2018). Nous les singes: L’union fait la force [Documentaire]. Montréal, Québec : Ici Explora, Société Radio-Canada.  

De Waal, F. (2005). Our Inner Ape. New York, États-Unis: Penguin Group. 

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