Il était une fois qui n’était plus par Marie Tougne

Quand nous étions petits, nous n’attendions qu’une chose, et c’était de grandir. Le plus beau compliment était celui émis par les adultes lorsqu’ils nous disaient que nous étions des grands maintenant, et plus des tout petits. C’était réconfortant et ça confirmait que nous étions dans la bonne voie.   

Bientôt, je pourrai mâcher de la gomme à n’importe quelle heure de la journée. Bientôt, je pourrai manger des bonbons quand j’en ai envie. Bientôt, je pourrai me coucher après 22h. Bientôt, je pourrai dire des mauvais mots quand je suis fâchée. Bientôt, je pourrai apprendre ce que j’aime à la place des tables d’additions et de soustractions. Bientôt, je pourrai m’amuser à la place de faire des devoirs. Sauf que bientôt, j’aurai aussi perdu quelque chose et il sera trop tard pour le retrouver au moment où je m’en rendrai compte. Tout ça parce que je voulais absolument grandir. Bientôt, je serai nostalgique de mon innocence.  

Pendant longtemps, alors que j’étais encore jeune, j’étais persuadée qu’être enfant était synonyme de manquer d’intelligence. « Arrête de faire ta gamine ». « T’es aussi innocente qu’une enfant ». À plusieurs reprises dans ma vie, je me suis fait demander si je préférerais être sotte, mais heureuse, ou brillante et malheureuse. L’enfant est un heureux brillant.  En grandissant, j’ai pris conscience que, pendant des années, j’avais mal interprété l’innocence même des enfants. Aujourd’hui, je suis convaincue que c’est le plus beau cadeau jamais offert : il ne coûte rien, mais vaut tout l’argent du monde.

Je crois bien que Saint-Exupéry a su saisir mieux que quiconque la nature même d’être un enfant. J’ai lu cinq fois « Le Petit Prince » en trois ans. J’ai en vain tenté de comprendre ce fameux message qu’il cherche à véhiculer. Ce livre est des plus impressionnants de par les différentes interprétations possibles dépendamment de notre humeur à chaque lecture. Les grands. Les petits. La rose. La planète. Les dessins. Le désir d’appartenance autant que d’indépendance. L’amour et la quête constante de savoir.

L’innocence de l’enfant n’est pas le manque de connaissance, d’intelligence, d’expérience ou de volonté. Peut-être la confondons-nous trop facilement avec celle de l’adulte. L’innocence de l’enfant est la volonté inexplicable de vivre, la spontanéité de l’amour telle que vous ne la reverrez jamais, l’envie d’entreprendre sans savoir pourquoi. L’innocence de l’enfant est l’envie irrésistible de vivre sans raison explicite. C’est absolument passionnant d’écouter un enfant parler : il vous pose des millions de questions et attend de votre part des réponses complètes qui abreuvent sa soif d’apprentissage. Il espère de votre part une forme de volonté à lui répondre directement au lieu de lui dire qu’il comprendra plus tard. Expliquez-lui toujours dès maintenant.

Ce que j’aime le plus de l’enfant est sa plénitude dans l’instant présent. L’enfance n’inclut pas ce qu’il adviendra dans un futur lointain, elle ne répond qu’aux envies du moment même. Il faut écouter les enfants parce qu’eux vous écoutent. Les enfants sont les plus grands professeurs parce qu’ils sont les plus authentiques. Un enfant qui rit est un enfant qui vous trouve véritablement drôle contrairement à certains adultes qui tenteront de vous soutirer quelque chose en retour en vous trouvant tout à fait ennuyant. Un enfant qui vous fait un câlin est un enfant qui vous aime et vous le montre. Il n’y a rien de plus beau dans ce monde qu’un amour vrai et partagé. Posez-lui des questions, stimulez-le et vous apprendrez énormément en retour. L’enfant et l’adulte ont des influences réciproques, alors que nous avons si souvent tendance à penser que seul l’adulte a la responsabilité d’enseigner la vie à l’enfant.

Je suis nostalgique de ce temps où mon plus grand souci était de savoir si mon meilleur ami allait rester mon meilleur ami à la récréation. Le temps des parcs, des rigolades, des égratignures, des cabanes, des bêtises, des frustrations, des amitiés, des amours, des questions, des réponses, des tentatives, de la construction et des périples inattendus me manque. Je suis nostalgique de l’aventure quotidienne du bonheur. Les enfants sont brillants parce qu’ils font preuve de l’expérience la plus saine possible et ne cherchent pas à savoir qui les jugera, ce que nous en penserons, ce que nous en dirons. L’innocence de l’enfant est belle parce qu’elle ne l’empêche pas d’entreprendre par crainte. Celui-ci fonce et n’anticipe pas les catastrophes. À ses yeux, tout est neutre, il n’analyse pas l’idée que peu importe ce qu’il fait, il y aura toujours un insatisfait et un satisfait excessifs. Il est le plus grand analytique sans jamais se baser sur quelques références ou statistiques. Demandez à un enfant de vous faire un dessin, il dessinera son monde. Demandez à un adulte de faire un dessin, il vous demandera ce que vous voulez qu’il dessine.  

L’enfance est belle parce qu’elle est nue. Tel un portrait pur, l’enfant vous présente son âme et vous offre la vie qui le possède.  Je suis nostalgique, parce que j’ai oublié. Nous avons grandi en oubliant comment faire ou peut-être est-ce en désapprenant. Nous avons appris à mettre nos préoccupations autre part, dans des besoins secondaires en se convainquant qu’il n’y a rien de plus primaire. Je vis pour des moments de régression et de rappel de l’autrefois. Je me nourris de mes souvenirs. Je cours après les moments oubliés pas si loin dans ma mémoire. Je m’attache non plus à ma figure d’attachement, mais à l’innocence qu’il me reste.

 L’enfance est la plus belle métaphore. Et si le « Il était une fois » des contes de fées était en fait dédié aux adultes en leur rappelant ce que c’était qu’être bien autrefois?

 

Crédit photo : Marie Tougne

                                                                                Article révisé par Audrey-Ann Journault

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