Noir et blanc par Mariane Aumais

Image par Alexya Crôteau-Grégoire

Je ne me rappelle plus de ce qu’il s’est passé, ni pourquoi on s’est tant déchirés, ni de nos derniers mots. J’ai le souvenir de sentiments, de deux personnes brisées se rapiéçant avec des mains de marteaux et de la colle de promesses. Sous la lumière rouge des néons, on avait fabulé à l’idée de se retrouver dans le futur. Je m’excuse de ne pas avoir su contrôler mes émotions. Des excuses à coups délicats de xylophone et de duos harmonieux. J’ai la voix brisée à force d’essayer d’atteindre la note la plus haute pour te rejoindre, perché au-delà de l’écran du karaoké. Du Patrick Watson maladroitement joué au piano en attendant que tu rentres à la maison. Tu m’avais demandé d’arrêter de jouer pour ne pas déranger tes voisins. Je m’excuse de ne pas avoir saisi. C’est que, dans ma tête de jeune femme de 18 ans, tu devais revenir du travail et m’aimer. M’aimer sur une douce mélodie brièvement interrompue par le bruit de mes fesses sur les touches. Un élan passionné de cacophonie. La réalité ne collait pas à mes désirs. Je pense qu’on a vécu notre relation dans deux mondes séparés. Nos deux fabulations. C’était évident que nos rêves d’avenir n’allaient jamais se réaliser. Un accord en Si majeur mal accordé. Je m’excuse pour ma rage, ma dépendance, mes crises de larmes, mon égo. Peut-être un jour me pardonneras-tu suffisamment pour qu’on puisse se reparler. Sans chanter, tranquillement, doucement, en ne s’efflorant pas du bout des doigts. 

Article révisé par Justine Roberge

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