La vie est un art qui ne se cadre pas par Marie Tougne

            Vivre est un art. Nous sommes tous des artistes. Ce qu’il y a de magnifique avec cette idée, c’est son côté subjectif. Nous maîtrisons notre art de manière singulière. Ce que nous produisons ne plaît pas à tout le monde, choque certains, nuit à d’autres, interpelle quelques-uns, rapproche plusieurs. C’est notre art. Certains tombent amoureux de notre art, d’autres l’envient alors que certains le détestent à mourir. Mais qu’en est-il de l’amour que nous avons pour notre propre art? De plus en plus, nous avons tendance à tenter de copier l’art du voisin, à y jeter quelque peu trop souvent un coup d’œil et à négliger le travail que nous portons sur l’unicité même de notre propre œuvre. Et c’est là l’aspect contradictoire de la chose. Alors que nous grandissons dans une société de plus en plus individualiste, nous portons tout de même plus attention à l’art de l’autre. C’est ce qui crée le problème de l’homogénéité. Quiconque sait qu’un artiste qui travaille sur son œuvre en regardant celle de l’autre se retrouvera avec un résultat non seulement moins impressionnant que l’original, mais surtout moins humain, car il est moins personnel. Le monde devient si ennuyant.

            Les choses les plus belles sont aussi les plus rares. C’est pour cela que l’idée de rester trop longtemps dans un endroit ou auprès de quelque chose que nous aimons est insupportable. La peur de s’habituer aux belles choses peut même devenir handicapante. Imaginez un monde où chacun mettrait de l’avant sa rareté : le monde serait une surprise constante. Toutefois, je ne pense pas que ce soit la raison pour laquelle nous mettons de côté notre singularité pour prôner le conformisme. Je pense que l’origine provient davantage d’un manque de confiance faisant désormais partie de notre éducation nord-américaine. Apprendre à douter de soi, mais principalement à se comparer. La comparaison freine l’unicité. J’ai l’impression qu’il ne s’agit plus de poser des questions à l’autre pour en apprendre davantage et s’inspirer. Nous espionnons maintenant, puisque c’est tellement plus facile.  Nous nous comparons constamment aux autres, mais il ne faut oublier que nous sommes aussi l’autre pour quelqu’un. Cela entraîne donc le chaos, la confusion et la méfiance.  

            La comparaison et le manque d’originalité se manifestent de diverses manières et provoquent aussi de nombreux problèmes. La dépression et l’anxiété ne font pas exception, bien au contraire. Ne pas se sentir à la hauteur ou ne pas répondre aux attentes occupe presque autant les esprits que de savoir ce qu’il advient de notre futur. Nous nous préoccupons désormais davantage de l’avis de personnes avec lesquelles nous n’avons jamais fait connaissance que des personnes les plus proches de nous. La notion de distance n’est plus ce qu’elle était. Les plus lointains sont désormais les plus proches et seul leur avis compte. C’est le jeu de la réciprocité invisible et silencieuse. Nous sommes derrière nos écrans à envier les autres et ces derniers de même. C’est un cercle vicieux duquel il est difficile de sortir, mais définitivement pas impossible. Il s’agit de revenir à l’essentiel, soit au fondement même des relations humaines.

            Le manque de communication ou une mauvaise interprétation d’un échange est selon moi la base primaire de tout problème. La communication est maintenant remplie de sous-entendus. Nous nous confondons avec des emojis et des abréviations nous assimilant à ne plus rien se dire. Nous avons oublié comment communiquer. L’échange est devenu virtuel et nous avons progressivement mis de côté la véritable notion de partage. Il va de soi qu’il existe maintes manières de communiquer et de partager, mais la tendance qui s’installe laisse de moins en moins de place à la véritable expression de l’âme authentique et de plus en plus à l’uniformité : nous envions l’autre et nous lui en voulons de vivre ce qu’il vit. Tout cela est si déprimant. Toutefois, il est possible d’y mettre fin et le secret n’est pas confidentiel. En sachant reprendre son pinceau, sa plume, son micro ou autre, chacun se doit de commencer son art.

            L’art est intemporel, et le plus rare est le plus beau. C’est la définition même de la beauté humaine : l’humain en son art. Celui qui sait l’exprimer et le partager sait mettre de l’avant sa singularité. Cela nourrit l’humanité affamée, car celle-ci manque d’unicité; elle est remplie d’humains uniques tous pareils au final. L’humanité ne doit pas être homogène, elle doit être composée d’hétérogénéité. Ce n’est pas la même chose. Un tableau rouge exprime, certes, quelque chose, mais un mélange de couleurs laisse place à encore plus d’interprétations. Qui n’est pas captivé par les arcs-en-ciel ou les couchers de soleil? Le monde est ce mélange de couleurs auquel nous aspirons tous. Pourtant, en ce moment, seules certaines couleurs spécifiques et répétitives ressortent, les autres sont dissimulées par crainte. À bas l’angoisse de ne pas satisfaire!

            La vie est un art. Il n’est jamais trop tard pour vous de commencer à exprimer le vôtre. Lâchez votre regard de l’œuvre du voisin et réfléchissez quelques minutes à ce qui vous donne envie, vous, et à ce qui vous représente. Amenez des couleurs à l’art du monde. Une fois votre œuvre terminée, c’est à partir de ce moment que vous partagerez. Attendez de voir à quel point vous serez ébloui par la diversité des couleurs. Vous contribuerez à redonner vie à l’humanité en la nourrissant d’originalité.

            Aux artistes de ce monde, n’attendez pas votre mort pour que votre œuvre ait une valeur. Finis les coups d’œil : concevez votre art comme si vous étiez aveugle.

Article révisé par Teodora Drob

Photo by Helen Cheng on Unsplash

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