Bannir la margarine pour éviter le divorce – par Xanthy Lajoie

Pendant que la forêt amazonienne brûle, que Trump veut utiliser des bombes nucléaires pour empêcher la formation d’ouragans et que les tortues marines s’étouffent avec nos pailles, on s’obstine à savoir si les jeux vidéo causent des comportements violents ou non.

Ça va tu bien dans le monde aujourd’hui.

Comme c’est d’actualité, je vais à mon tour parler des fameux jeux vidéo.

Une recherche a été conduite à Singapour pendant trois ans avec des enfants âgés de 8 à 17 ans dont 73% étaient des garçons. Elle paraît en 2014 dans le Journal of the American Medical Association (JAMA) Pediatrics » (Le Figaro,2014). Le journal français Le Figaro publie alors unarticle intitulé « Les jeux vidéo génèrent de l’agressivité » (Le Figaro, 2014) au sujet de cette étude. En lisant le mot « génèrent » dans le titre, il serait normal de croire que les jeux vidéo causent des comportements agressifs, non? Après tout, c’est ce que le titre indique. Qu’en est-il de l’article en tant que tel? Il faut indéniablement le lire !

Voici le cœur du problème : le titre de l’étude originale ne présente pas ce genre de résultat. Les auteurs l’ont plutôt nommé « Mediators and Moderators of Long-term Effects of Violent Video Games on Aggressive Behaviour” (Douglas,2014). Est-ce que je suis la seule à voir que les deux titres sont complètement différents ?! La formulation de l’article du Figaro est donc trompeuse. Pourtant, la lecture de l’article en question permet de découvrir une nuance importante. En effet, il se termine ainsi : « Cependant, pour le professeur Patrick Wolfe, expert en statistiques à l’University College à Londres « les auteurs de cette étude suggèrent mais ne démontrent pas que les jeux vidéo violents influencent des comportements agressifs en développant avec le temps une attitude mentale agressive » » Ahhhhh et bien voilà, ce n’est pas démontré, mais les enfants peuvent avoir des tendances plutôt agressives. L’article présente donc une corrélation et non une causalité.

Il est bien important de faire attention, les deux mots en italique ne veulent pas dire la même chose. Mais pourquoi le titre présente-t-il le contraire, alors?

Bonne question : c’est pour ça que lorsque vous lisez des articles publiés, vous devez être vigilants. Ne vous fiez pas qu’au titre puisque comme démontré ci-dessous, celui-ci peut s’avérer incorrect.

C’est pourquoi en ce beau samedi pluvieux je vais vous expliquer la différence entre une causalité et une corrélation. Cette nuance est primordiale à comprendre puisque la plupart des études dont on entend parler dans les médias ET la plupart des études publiées en général présentent des corrélations, et non des causalités. Cela peut donc porter à confusion.

Selon mes propres notes de cours, une corrélation est un lien qui existe entre deux ou plusieurs variables. Cependant, ce n’est pas parce que deux variables sont corrélées qu’il y a un véritable lien entre elles. Il peut y avoir une coïncidence ou même une erreur de mesure. Notez bien, le fait que deux variables soient « fortement corrélées » ne démontre pas qu’il y ait une relation de causalité entre l’une et l’autre (Therrien-Blanchet, 2018).

Cependant, une causalité présente bel et bien un lien qui existe entre deux variables qui unit la cause à l’effet. Une variable cause des variations chez l’autre (Therrien-Blanchet, 2018).

Voici un exemple :

Il existe une corrélation entre la quantité de crème glacée vendue et le nombre de décès par noyade.

Il existe une corrélation », donc un lien, entre la quantité de crème glacée vendue et le nombre de décès par noyade. Cependant, la vente de crème glacée ne cause pas des noyades. Il y a une troisième variable, une variable externe, qui vient expliquer la corrélation. Dans ce cas, la variable serait la température. Plus il fait chaud, plus on se baigne et plus on achète de la crème glacée.

Il existe une corrélation de 99,26%, quatre-vingt-dix-neuf virgule vingt-six pourcent, entre le taux de divorce dans l’état du Maine et la consommation de margarine.

Regardez, j’ai même un graphique pour vous le prouver (Vigen,2013).

Après l’analyse du graphique, sommes-nous d’accord pour bannir la vente de margarine puisque celle-ci amène les gens au divorce?

Faites attention, une corrélation n’est pas une causalité.

L’influence des médias

Bon, au tour des médias maintenant. Les médias sont une invention fantastique, mais ils ont leurs défauts. Le problème c’est que les médias publient des articles avec des titres accrocheurs. Il est plus facile d’attirer l’attention des lecteurs en présentant une causalité! Encore une fois, le titre n’a pas besoin d’avoir un lien avec l’article en tant que tel. Croyez-moi, il le devrait, mais est-ce que les médias seraient aussi populaires s’ils annonçaient des corrélations ?

Préféreriez-vous « manger gras semble augmenter les risques de cancer », ou est-ce que manger gras cause le cancer » vous semblerait plus accrocheur ? Ahhhhh le second est bien mieux !

Souvenez-vous, une corrélation indique seulement un lien entre deux variables. En effectuant seulement une corrélation, il est impossible de savoir si le lien entre les variables est direct ou plutôt attribuable à une variable externe.

L’influence de la société

À mon tour maintenant : « môman », « pa’ », c’est à vous que je parle. Bien oui, vous qui partagez tout sur Facebook. Minute papillon. La photo que vous avez partagée date de 2013, l’aviez-vous remarqué ? Il me semblait aussi…

Elle vient d’où la photo? Elle date de quelle année? Quelle en est la source? Joliepapillon.com?

On est tellement pressé de partager les feux de l’Amazonie, ne sachant même pas que certaines photos datent de 2008. À quel point sommes-nous prêts à nous questionner ? Malheureusement, les gens ont tendance à croire tout ce que présentent les médias. Nous ne sommes plus aussi critiques face à l’information. On ne regarde même plus les sources. Pourquoi? Aucune idée. Ce sera peut-être le sujet de mon prochain article!

Les médias font leur part et vous devez faire la vôtre. Soyez sélectifs, posez des questions, informez-vous mais ne croyez surtout pas tout ce que vous voyez.

La conclusion, enfin…

Pour en revenir aux jeux vidéo, lorsque vous voyez les titres, prenez le temps de lire l’article. Oui, jusqu’à la fin. Prenez le temps d’aller voir l’étude originale s’il le faut. La confusion entre causalité et corrélation, la fausse information des médias et les gens qui ne se questionnent plus amènent la société à croire à n’importe quoi.

Après tout ça, ne venez surtout pas me dire que les jeux vidéo CAUSENT des comportements violents.

Révisé par Eddy Fortier


Références

Les jeux vidéo génèrent de l’agressivité. (2014). Le Figaro.fr. Repéré à l’adresse http://www.lefigaro.fr/flash-actu/2014/03/24/97001-20140324FILWWW00407-les-jeux-videos-provoquent-de-l-agressivite.php

Gentile, D. A., Li, D., Khoo, A.,et al. (2014) Mediators and Moderators of Long-term Effects of lent Video Games on Aggressive Behavior. JAMA Pediatrics. 168(5), 450-457. doi:10.1001/jamapediatrics.2014.63

Therrien-Blanchet,J-M. (2018). PSY1004-D : notes du cours 5 [Présentation PowerPoint]. Repéré dans l’environnement StudiUM: https://studium.umontreal.ca/

Vigen, T. (2013). Spurious correlations. Repéré à l’adresse https://tylervigen.com/spurious-correlations


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