L’amour est très certainement l’un des phénomènes les plus étudiés par l’humain : il est le centre de nos relations sociales, ce sur quoi nous basons nos goûts et nos couleurs, la raison pour laquelle nous sommes ce que nous sommes, voire l’un des sens de la vie pour certain.e.s. Trop de livres et trop de théories ont déjà été érigés à son sujet et pourtant, encore aujourd’hui, si je vous demandais de me définir l’amour, aucune réponse satisfaisante ne serait rapportée.
Au final, d’un point de vue psychologique, c’est quoi vraiment aimer ?
Le but ici est de venir développer toutes les formes classiques de l’amour : de la différence élémentaire entre aimer, apprécier et désirer quelqu’un, jusqu’à l’amour pathologique, en passant par l’importance du self-love !
Aimer, apprécier, désirer : quelle différence ?
Si l’on reste dans une approche psychologique, l’amour peut être identifié comme « une émotion sociale » qui aurait pour but premier de montrer son affection à quelqu’un afin de s’affilier avec iel (Fournier, 2013). Pour d’autres, il est un don de soi à l’autre dans l’optique de recevoir tendresse, compréhension, satisfaction et protection en retour (Doron et Parot, 1991). En des termes plus simples, l’amour témoigne donc de la volonté de se lier à l’autre et de former une relation positive et gratifiante.
Le problème avec de telles définitions, c’est qu’il est difficile de bien faire la distinction entre l’amour et d’autres sentiments connexes comme le désir, l’appréciation ou encore l’obsession. Pour pallier ce problème, Rosenman (1978) a proposé que toutes ces notions connexes soient des « concepts de l’amour », qui seraient au nombre de six :
- L’amour « storgique » : amour que l’on éprouve pour ses ami.e.s et pour les personnes avec lesquelles on a développé une relation comparable à un amour frère-sœur ;
- L’amour « agapique » : forme d’amour basée sur le don de soi et la générosité. On pourrait associer cet amour à une forme d’altruisme et de considération profonde de l’autre ;
- L’amour maniaque : amour qui se tourne vers la possessivité et/ou la jalousie. Cette forme peut se transformer en obsession voire en relation pathologique si elle devient trop intense ;
- L’amour pragmatique : autrement appelé « shopping-list love », il s’agit d’un amour plutôt axé sur l’aspect pratique des relations ;
- L’amour ludique : amour se rapprochant de l’idée de désir et de sexualité. L’amour ludique est moins orienté vers l’engagement relationnel et plus vers la notion de plaisir ;
- L’amour érotique : ou amour au premier regard, forme d’amour charnel dans laquelle les partenaires sont attiré.e.s physiquement et/ou psychologiquement l’un.e par l’autre et où une relation intime vient se former.
Grâce à une telle vision, l’amour peut désormais être vu comme une émotion complète, complexe, mais aussi multiple. L’amour n’est pas singulier, mais pluriel, et il est possible d’exprimer différentes formes d’amour pour une même personne (exemple : l’amour pragmatique et l’amour érotique sont souvent jumelés dans des couples mariés). Il ne s’agit pas d’un processus binaire dans lequel soit on aime, soit on n’aime pas. Il est possible d’aimer de plein de manières différentes, que ce soit de manière romantique, sexuelle ou bien amicale. Une telle théorie permet également de mettre l’accent sur certaines diversités sexuelles, comme l’asexualité ou l’aromantisme, et de démontrer une bonne fois pour toutes que l’on peut aimer les gens sans pour autant les désirer et s’engager romantiquement avec eux.
L’amour de soi et l’amour des autres :
L’amour est souvent défini selon la dimension sociale qui lui est associée, mais son aspect individuel est régulièrement laissé de côté. Or, il semble impensable d’imaginer pouvoir aimer quelqu’un d’autre si l’on n’arrive pas à s’aimer soi-même. C’est pourquoi l’amour propre doit davantage être mis de l’avant. Une erreur fondamentale est généralement faite avec l’amour propre : il s’agit de le confondre avec la notion d’amour de soi. Bien que ces formes soient connexes et plutôt interconnectées, leurs significations sont bien différentes. Leur dissociation a été réalisée dans une perspective plus philosophique, mais tout aussi intéressante : l’amour de soi-même aurait une fonction de survie (j’aime mon corps et ma personne et j’en prends soin afin de ne pas m’exposer à un danger de mort imminent) tandis que l’amour propre aurait plus le rôle qui se rapprocherait de l’estime de soi, tout en ne se confondant pas avec elle (je suis quelqu’un d’appréciable, quelqu’un de bon et je mérite d’être aimé.e) (Litwin, 2019).
Ainsi, lorsque l’on fait référence au « self love », on parle davantage de la notion d’amour propre. Pour rentrer plus dans le détail, Mauroy (2014) l’a défini comme le « contentement de soi [qui] repose en grande partie sur l’opinion réelle ou imaginaire des autres ». Ainsi, s’aimer soi-même, c’est avant tout renvoyer une bonne image de sa propre personne aux autres et être satisfait.e de leur rétroaction. Dans un certain sens, s’aimer, c’est être apprécié.e par l’autre. Comme quoi, même lorsque l’on parle de rapport à soi-même, on reste constamment dépendant.e du monde autour.
Pour conclure sur l’amour propre et sur l’amour en général, oser exprimer que l’on s’aime ou que l’on est aimé.e des autres a très longtemps été considéré (et l’est encore aujourd’hui) comme une forme de narcissisme (Henschke et Sedlmeier, 2021). Il est donc important de rappeler, avec le présent article, la chose suivante : s’aimer et aimer être aimé.e sont, non seulement, des sentiments naturels, mais surtout des sentiments nécessaires. C’est parce que l’on se sait supporté.e par les autres que l’on ose, que l’on expérimente et que l’on réussit. L’amour, l’acceptation de soi, le « self-care » et les liens d’attachement que l’on forme avec le temps sont des prérequis inévitables pour réussir à faire face aux obstacles, échecs et évènements négatifs qui surviennent sans prévenir.
Texte révisé par Myriam Harvey
Références
Doron, R. et Parot, F. (Dir.). (1991). Dictionnaire de psychologie. Paris, France
Fournier, M. (2013). On a tous besoin d’être aimés. Les Grands Dossiers des Sciences Humaines, 32(9). https://doi.org/10.3917/gdsh.032.0002
Henschke, E. et Sedlmeier, P. (2021). What is self-love? Redefinition of a controversial construct. The Humanistic Psychologist. https://doi.org/10.1037/hum0000266
Origgi, G. (2019). Passions sociales. Presses Universitaires de France.
Mauroy, H. (2014). L’amour-propre : une analyse théorique et historique. Revue européenne des sciences sociales, 52(2), 73-104. https://doi.org/10.4000/ress.2800
Roman, P. (2020, 22 juillet). L’amour [image en ligne]. Pixabay. https://pixabay.com/images/id- 5426977/
Rosenman, M. F. (1978). Liking, loving, and styles of loving. Psychological Reports, 42(3), 1243–1246. https://doi.org/10.2466/pr0.1978.42.3c.1243


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