Les bienfaits de l’activité physique sur le vieillissement cognitif – Par Sandrine Beaudet

Introduction

Les prédictions émises en ce qui concerne le vieillissement de la population stipulent que, d’ici 2060, la population âgée de 65 ans et plus passera de 46.2 millions à près de 98 millions (Eckstrom et al., 2020). Au Québec, les prédictions rapportent qu’entre 2016 et 2066, la proportion de personnes âgé.e.s pourrait passer de 18 % à 27 % (Joubert et Conus, 2020). La littérature rapporte deux types de vieillissement. D’une part, le vieillissement en santé se caractérise par de fortes habiletés physiques et cognitives, par un faible risque de développer des pathologies, ainsi que par un mode de vie actif (Rowe et Kahn, 1997). D’autre part, le vieillissement pathologique s’accompagne généralement par le développement de maladies neurodégénératives (Juan et Adlard, 2019). Avec le phénomène mondial de vieillissement de la population, il est crucial de s’intéresser aux facteurs pouvant potentiellement optimiser le taux de vieillissement en santé (Joubert et Conus, 2020). Bon nombre de recherches démontrent que l’activité physique, c’est-à-dire « […] toute activité corporelle associée à une dépense énergétique de différents degrés » (Blanchet et al., 2018, p.198), contribue à une espérance de vie plus élevée, ainsi qu’à une meilleure santé générale (Eckstrom et al., 2020). Effectivement, l’intégration de l’activité physique tôt dans la vie serait associée à de meilleures performances cognitives, ainsi qu’à un plus faible risque de développer une forme de démence (Erickson et al., 2022). Or, au Québec, les données révèlent qu’en 2014-2015,
moins de la moitié, soit 39 % des personnes âgé.e.s, présentaient un mode de vie actif ou moyennement actif (Joubert et Conus, 2020). Le présent article s’attardera donc aux bienfaits de l’activité physique sur le vieillissement cognitif.

Vieillissement normal 
 
La littérature rapporte que « [l]e vieillissement normal s’accompagne d’une diminution de l’efficience de plusieurs fonctions cognitives, en plus de changements perceptifs, physiques et physiologiques » (Blanchet et al., 2018, p. 197). En effet, les capacités de mémoire à court terme, les capacités de mémorisation, le temps de réaction, l’attention sélective, ainsi que les capacités visuo-spatiales sont sensibles au phénomène de vieillissement (Blain et al., 2000). Or, chez les personnes âgé.e.s cognitivement sain.e.s, l’activité physique représente un moyen efficace de réduire les risques de développer des troubles cognitifs. Plus précisément, les personnes âgé.e.s qui font beaucoup d’exercices au quotidien présenteraient 35 % moins de risque de développer des déficits au niveau de la cognition.  Également, des études transversales et longitudinales ont démontré que le vieillissement, combiné avec un mode de vie très actif, mènent à de meilleurs résultats aux tests évaluant l’attention, la mémoire de travail, la mémoire épisodique, ainsi que la rapidité de traitement de l’information. Malgré le nombre d’études qui relève les bienfaits de l’entraînement sur les processus cognitifs, d’autres présentent des résultats moins concluants. En effet, il est possible qu’un groupe d’aîné.e.s actif.ve.s ne démontre peu, voir aucune amélioration lors de l’évaluation de leurs performances cognitives. Une hypothèse stipule que cela pourrait s’expliquer par le fait qu’il est plus difficile d’observer de nettes améliorations chez les individus qui ne présentent pas de déficits cognitifs initialement (Blanchet et al., 2018).

Vieillissement pathologique 
 
Chez les personnes âgé.e.s qui présentent des troubles cognitifs léger (TCL), soit « […] une plainte cognitive, des performances cognitives anormales pour l’âge et le niveau d’éducation, et peu de répercussions de ces troubles cognitifs dans la vie quotidienne » (Blanchet et al., 2018, p. 199) ou qui sont affecté.e.s par la démence, les études présentent des conclusions qui varient en ce qui concerne les bienfaits de l’activité physique. D’une part, certaines études concluent que l’activité physique permet d’observer certaines améliorations des fonctions cognitives. D’autre part, des chercheur.euse.s stipulent que la neurodégénérescence serait trop avancée pour qu’une intervention béhaviorale puisse mener à des résultats concluants. La variation entre les conclusions présente dans la littérature pourrait s’expliquer par les différents stades de l’évolution vers la démence. Plus précisément, puisque chaque individu se trouve à un stade de neurodégénérescence différent, il est possible que l’effet de l’activité physique soit plus ou moins notable, dépendamment du degré auquel les processus cognitifs sont affectés (Erickson et al., 2022). Par ailleurs, une étude stipule que le fait de s’investir au sein d’un programme d’aérobie pour une période de 6 mois, permettrait d’observer une amélioration, voir même une restauration des fonctions cognitives, chez les TCL (Blanchet et al., 2018). L’article de Blanchet et al. (2018) mentionne que chez les individus atteint.e.s par la démence de type Alzheimer (DTA), un mode de vie actif contribuerait à ralentir la progression des pertes cognitives.

Santé mentale 
 
En plus de jouer un rôle préventif dans le développement des troubles cognitifs, l’activité physique a un impact sur le bien-être. Effectivement, au cours du vieillissement, il arrive que les personnes âgé.e.s soient affecté.e.s par divers troubles, notamment l’apathie et l’anxiété. D’ailleurs, la littérature rapporte que 15 % des aîné.e.s sont affecté.e.s par des épisodes de dépression (Blanchet et al., 2018). Plusieurs études concluent que l’exercice physique aurait une tendance à inhiber les symptômes dépressifs présents lors du vieillissement. Cela est possible grâce à la sérotonine, c’est-à-dire le neurotransmetteur qui est lié à l’humeur. Plus précisément, un individu affecté.e par la dépression possède un taux de sérotonine inférieur à un individu qui ne l’est pas. Or, les recherches démontrent que l’entrainement augmente la libération de ce neurotransmetteur, ce qui amènerait des effets bénéfiques dans la régulation de l’humeur (Blanchet et al., 2018). Également, puisque l’activité physique au quotidien contribue à améliorer la condition physique des personnes âgé.e.s (posture, flexibilité, etc.), et donc à alléger certaines douleurs, il en résulte une augmentation du sentiment de bien-être (Blain et al., 2000).

Conclusion 
 
Bien que la littérature rapporte des conclusions variées en ce qui a trait aux bienfaits de l’activité physique sur le vieillissement cognitif, il en ressort qu’il s’agit tout de même d’une intervention béhaviorale peu coûteuse qui, combinée aux interventions cliniques, présente un potentiel considérablement important dans la mise en place de stratégies pour favoriser le vieillissement en santé (Blanchet et al., 2018). Il serait donc intéressant d’utiliser les savoirs accumulés au fil des années à des fins éducatives auprès des adultes, afin que la population soit davantage consciente de l’importance d’intégrer l’activité physique dans leur mode de vie pour augmenter les chances de « bien vieillir ». 
 

Texte révisé par Amélie Brousseau

Références 
 
Andjus, D. (2017). Active seniors enjoying retirement [image en ligne]. iStock. https://www.istockphoto.com/signature/photo/active-seniors-enjoying-retirement-gm864357510-143484659  


Blain, H., Vuillemin, A., Blain, A. et Jeandel, C. (2000). Les effets préventifs de l’activité physique chez les personnes âgées. La Presse Médicale, 29(22), 1240-1248. https://www.domisiel.org/Espace_presse/Etudes/pdf/les%20effets%20préventifs%20de%20l’activité%20physique%20chez%20la%20PA.pdf  


Blanchet, S., Chikhi, S., et Maltais, D. (2018). Bienfaits des activités physiques sur la santé cognitive et mentale dans le vieillissement normal et pathologique [The benefits of physical activities on cognitive and mental health in healthy and pathological aging]. Gériatrie et Psychologie Neuropsychiatrie du Vieillissement, 16(2), 197–205. 


Eckstrom, E., Neukam, S., Kalin, L., et Wright, J. (2020). Physical Activity and Healthy Aging. Clinics in geriatric medicine, 36(4), 671–683. https://doi.org/10.1016/j.cger.2020.06.009  


Erickson, K. I., Donofry, S. D., Sewell, K. R., Brown, B. M., et Stillman, C. M. (2022). Cognitive Aging and the Promise of Physical Activity. Annual review of clinical psychology, 18, 417–442. https://doi.org/10.1146/annurev-clinpsy-072720-014213 


Joubert, K. et Conus, F. (2020). Vieillir en santé : caractéristiques associées au niveau d’activité physique chez les aînés québécois. Institut de la statistique du Québec, Zoom santé, (66). https://statistique.quebec.ca/fr/fichier/no-66-fevrier-2020-vieillir-en-sante caracteristiques-associees-au-niveau-dactivite-physique-chez-les-aines-quebecois.pdf  


Juan, S. M. A., et Adlard, P. A. (2019). Ageing and Cognition. Sub-cellular biochemistry, 91, 107–122. https://doi.org/10.1007/978-981-13-3681-2_5 


Rowe, J. W., et Khan, R.L. (1997). Successful aging. The Gerontologist, 37(4), 433-440. https://doi.org/10.1093/geront/37.4.433


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