Les personnes LGBTQ2+ (Lesbiennes, Gays, Bisexuelles, Transgenres, Queers et autres identités liées) âgé.e.s font partie d’une communauté marginalisée qui court souvent le risque de vivre de la stigmatisation et de la discrimination en raison de l’intersection de leurs différentes identités : iels sont à la fois âgé.e.s et queer (Pereira & Banerjee, 2021). Malgré le fait qu’iels composent environ 10% des personnes âgé.e.s (Fondation émergence, 2019), leur réalité est souvent passée sous silence. Iels vivent donc des défis spécifiques qui persistent malgré l’avancement des droits et de la reconnaissance des personnes queers.
Une des principales difficultés vécues par cette population est qu’elle a dû grandir à une époque où les droits des personnes LGBTQ2+ étaient pratiquement inexistants. En effet, ce n’est qu’en 1969 que le Canada décriminalise l’homosexualité. De plus, le diagnostic « médical » n’est enlevé du Manuel diagnostique et statistique des troubles mentaux (DSM) qu’en 1973 et le droit au mariage n’est finalement obtenu qu’en 2005. Pour beaucoup des membres plus âgé.e.s de la communauté, se cacher était la seule solution pour se protéger et éviter de vivre le rejet de leurs pair.e.s. À cause de tout cela, ces personnes se retrouvent souvent plus isolé.e.s, beaucoup ont des contacts minimaux avec leur famille et n’ont pas de partenaire. Si on les compare au reste de la population aînée, iels sont 2,5 fois moins nombreux.ses à vivre avec un partenaire (Fondation émergence, 2019). Une étude s’intéressant aux perceptions de la discrimination dans les maisons de retraite a trouvé que 64% des personnes LGBTQ2+ questionné.e.s sur le sujet, disent penser courir le risque de vivre de la discrimination de la part des autres résident.e.s (Pereira & Banerjee, 2021). Ce chiffre monte à 73% lorsque l’on parle de vivre de la discrimination de la part des employé.e.s de ces établissements. Tout cela contribue au sentiment d’isolement vécu par cette communauté, 53 % déclarent d’ailleurs en vivre actuellement (Fredriksen-Goldsen & al., 2011). L’isolement social a de grandes répercussions sur la santé mentale de nos ainé.e.s. Ce dernier a un impact direct sur leur quotidien, il accroît la sensibilité aux menaces, aux troubles du sommeil et affecte le bien-être mental et physique (Cacioppo & Cacioppo, 2014).
Il est à noter que les personnes trans sont souvent plus stigmatisé.e.s que le reste de la communauté queer, ce qui est également vrai chez les ainés.e.s. La reconnaissance de l’identité s’est faite beaucoup plus tard que pour le reste de la communauté. Ce n’est que depuis 2015 que les personnes trans ne sont plus obligé.e.s de subir des interventions médicales et chirurgicales pour pouvoir changer leurs documents légaux et il faut attendre 2016 au Québec (2017 au Canada) pour que l’interdiction de discrimination basée sur l’identité de genre ou l’expression de genre soit ajoutée à la Charte des droits et libertés (Fondation Émergence, 2019). Iels ont souvent un historique de violence vécu, ce qui les affecte énormément, même une fois plus âgé.e.s. Selon une étude, 80% de la discrimination vécue serait attribuée à leur genre, et 30% à leur âge (White Hughto & Reisner, 2018). Les violences médicales sont aussi très présentes et les rendent réticent.e.s à consulter (Hébert & al., 2015.). Il semble aussi avoir des risques reliés à l’hormonothérapie sur le long terme qui peut entraîner des problèmes de santé (tels que des problèmes cardiovasculaires ou certains types de cancer) (Cook-Daniels, 2008). La dépression est aussi une problématique courante au sein de cette population, ce qui aggrave les enjeux de santé (White Hughto & Reisner, 2018).
Heureusement, certains organismes existent pour venir en aide aux personnes LGBTQ2+ plus âgé.e.s. Au Québec, il y a par exemple la Fondation Émergence avec son programme : « Pour que vieillir soit gai », qui vise à éduquer pour créer des milieux plus inclusifs ainsi que de militer pour les droits des personnes ainé.e.s LGBTQ2+. L’ensemble de ces réalités sont vraies et inquiétantes, d’où l’importance d’en prendre conscience afin de supporter au mieux nos ainé.e.s.
Texte révisé par Delya Leila Rajal
Références
Cacioppo, J. T., et Cacioppo, S. (2014). Social Relationships and Health: The Toxic Effects of Perceived Social Isolation. Social and Personality Psychology Compass, 8(2), 58–72. https://doi.org/10.1111/spc3.12087
Cook-Daniels, L. (2008). Transforming Mental Health Services for Older People: Gay, Lesbian, Bisexual, and Transgender (GLBT) Challenges and Opportunities. Journal of GLBT Family Studies, 4(4), 469–483. https://doi.org/10.1080/15504280802191723
Cottonbro studio (2021, 19 janvier). Femmes relation [image en ligne]. Pexel. https://www.pexels.com/fr-fr/photo/couple-gens-femmes-relation-6919285/
Fredriksen-Goldsen, K. I. (2011). Resilience and Disparities among Lesbian, Gay, Bisexual, and Transgender Older Adults. Public Policy & Aging Report, 21(3), 3–7. https://doi.org/10.1093/ppar/21.3.3
LGBTQ2S | l’Encyclopédie canadienne. (s. d.). Consulté 19 novembre 2023, à l’adresse https://www.thecanadianencyclopedia.ca/fr/chronologie/lgbtq2
Pereira, H., et Banerjee, D. (2021). Successful Aging Among Older LGBTQIA+ People: Future Research and Implications. Frontiers in Psychiatry, 12. https://doi.org/10.3389/fpsyt.2021.756649
Pour que vieillir soit gai. (s. d.). Fondation Émergence. Consulté 19 novembre 2023, à l’adresse https://www.fondationemergence.org/pourquevieillirsoitgai
White Hughto, J. M., et Reisner, S. L. (2018). Social Context of Depressive Distress in Aging Transgender Adults. Journal of applied gerontology : the official journal of the Southern Gerontological Society, 37(12), 1517–1539. https://doi.org/10.1177/0733464816675819


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