L’enjeu de l’union mixte sur la quête identitaire de l’enfant – Par Sandrine Beaudet

Au cours des dernières années, avec le taux d’immigration qui ne cesse d’augmenter, les couples mixtes tendent à être de plus en plus présents au sein de la société. Par « couple mixte » nous désignons « […] un couple qui unit deux personnes qui diffèrent l’une de l’autre sur les plans religieux, ethnique et national » (Abdelaaziz et Hamdaoui, 2018, p.290). Or, bien que la mixité conjugale démontre une ère d’ouverture d’esprit et d’acceptation, il semblerait que les couples hétérogames, c’est-à-dire dont les partenaires diffèrent sur le plan ethnoculturel, soient plus à risques de relations conjugales conflictuelles que les couples homogames, qui ont une même appartenance ethnoculturelle (Abdelaaziz et Hamdaoui, 2018).

D’une part, une étude révèle que le fait d’être en union avec un.e partenaire hétérogame amène une instabilité relationnelle au début de la relation, qui serait due aux différences entre les normes, valeurs et morales acquises par chacun.e des partenaires. En effet, puisque chaque culture a sa propre définition de l’amour, des rôles associés aux genres, de la famille, de la parentalité, etc., les défis sont présents dès les premiers mois au sein de ces unions. L’insatisfaction conjugale tend à être encore plus présente suite au début de la parentalité, étant donné que la quête identitaire de l’enfant est au centre des préoccupations. Effectivement, le fait de devenir parents ne fait que mettre l’accent sur les différentes conceptions des partenaires, notamment en ce qui concerne l’éducation et l’appartenance religieuse. En effet, comme les deux partenaires sont généralement familiarisés avec des religions, des langues, des valeurs ainsi que des normes d’éducation différentes, chacun d’eux présente le désir de transmettre sa propre culture à l’enfant. Pour chacun des parents, l’idée d’une éducation biculturelle semble non envisageable, puisque pour eux, leur vision est la bonne (Abdelaaziz et Hamdaoui, 2018). D’ailleurs, « [i]l y a souvent un rapport d’inégalité car les statuts sociaux et/ou juridiques sont fréquemment différents, l’un[.e] des conjoint[.e.]s vivant dans le pays de l’autre » (Platteau, 2012).

D’autre part, bien que la littérature mette beaucoup l’accent sur les défis que représente la formation d’une famille mixte, ce n’est pas toutes les unions hétérogames qui vivent de tels débats en ce qui a trait à la transmission culturelle. En effet, une étude effectuée auprès de couples mixtes au Québec, révèle que la parentalité peut également se faire dans la collaboration. En effet, certains couples préfèrent offrir la richesse de l’ensemble des cultures, permettant ainsi à leur enfant de choisir librement ses appartenances par la suite (Le Gall et Meintel, 2011). Or, quel est l’impact de la mixité conjugale sur l’identité de l’enfant issu.e de cette union?

Au sein des couples mixtes, l’arrivée d’un.e enfant dans la famille est associée à des prises de décisions et des négociations importantes. En effet, tout ce qu’englobe la transmission intergénérationnelle, tel que l’appartenance religieuse, le choix de nom, les traditions, etc. a une influence sur l’identité de l’enfant, bien qu’elle ne soit pas déterminante. Autrement dit, malgré que les choix pris par les parents à la naissance de l’enfant puissent influer sur son sentiment d’appartenance et sa quête identitaire ultérieurement, ces derniers ne sont pas définitifs, de sorte que l’enfant aura tout de même le dernier mot sur les éléments auxquels iel décide d’adhérer (Kahn, 2005).

La quête identitaire vécue par un.e enfant issu.e d’une relation hétérogame tend à être plus complexe que celle des enfants d’union homogame. En effet, le fait d’être exposé à deux cultures différentes amènent ces enfants à se questionner davantage sur ce à quoi iels s’identifient. Certain.e.s s’identifient aux deux cultures présentes au sein de leur environnement familial, alors que d’autres s’identifient davantage à l’une ou à l’autre d’entre elles. Il est important de mentionner que le sentiment d’appartenance peut se modifier au fil du temps, de sorte que l’enfant peut délaisser son identification à une culture au profit de l’autre, durant son développement (Kahn, 2005).

En somme, la littérature sur le sujet est encore très restreinte. Pour les perspectives futures, afin d’aider à réduire la stigmatisation face à la mixité conjugale, il serait intéressant de mettre en lumière la richesse que peut représenter l’appartenance biculturelle pour un.e enfant issu.e d’une union mixte.

Texte révisé par Laura Duplain-Fedin

Références

Abdelaaziz, O. et Hamdaoui, B. (2018). Le couple mixte : définition et réalité vécue [The mixed couple : definition and lived reality], Revue des sciences Sociales et Humaines, Université de Batna1, 19(39), 287-302. https://www.asjp.cerist.dz/en/downArticle/97/19/2/80182 

Anchiy. (2022). Lovely family enjoying day at home with newborn baby [stock photo]. iStock. https://www.istockphoto.com/photo/lovely-family-enjoying-day-at-home-with-newborn-baby-gm1445427743-483840244 

Le Gall, J. et Meintel, D. (2011). De près et de loin : les réseaux de parenté des couples mixtes québécois. Diversité urbaine, 11(2), 69–89. https://www.erudit.org/fr/revues/du/2011-v11-n2-du0486/1014685ar.pdf 

Platteau, G. (2012). Les couples mixtes : l’adoption de deux cultures? Cahiers critiques de thérapie familiale et de pratiques de réseaux, 49, 241-258. https://doi.org/10.3917/ctf.049.0241 
Kahn, E. (2005). Perspectives de parents en union mixte sur la transmission linguistique intergénérationnelle [mémoire de maîtrise, Université de Montréal]. Papyrus. https://papyrus.bib.umontreal.ca/xmlui/bitstream/handle/1866/16910/Kahn_Emmanuel_2005_memoire.pdf?sequence=1&isAllowed=y


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