L’amour est une des quêtes fondamentales de l’être humain. C’est un phénomène complexe qui inclut des processus psychologiques ainsi que physiologiques. L’amour transcende aussi les cultures ; une étude interculturelle a démontré que les mêmes processus biologiques associés au phénomène de « tomber en amour » sont présents dans toutes les sociétés (Marazziti, 2004). Cela suggère un fondement génétique prédéterminé. Helen Fisher, anthropologue, considère que l’amour pourrait être un mécanisme de survie de notre espèce puisqu’il favoriserait notre reproduction et notre attachement envers un(e) partenaire spécifique. Cet attachement singulier à un individu(e) aurait comme mission d’économiser nos ressources d’énergie et de temps (Buvat, 2006). Certain(e)s estiment aussi que ce soit un système motivationnel primaire qui stimulerait la recherche de partenaires pour la reproduction (Buvat, 2006). Au fil des siècles, l’amour a été exploré sous diverses perspectives, allant des écrits philosophiques antiques aux travaux modernes en psychologie et en biologie. Ces différentes approches ont contribué à une compréhension plus holistique du phénomène. Aujourd’hui, les chercheur(se)s explorent de nouvelles dimensions de l’amour, notamment son lien avec les hormones. Cet article vise à explorer le rôle crucial des hormones dans les expériences amoureuses, mettant en lumière l’impact de l’ocytocine, de la vasopressine, de la dopamine, du cortisol et de la sérotonine.
Helen Fisher, anthropologue, identifie trois processus distincts dans son système de classification, lesquels sont interconnectés et peuvent se produire simultanément. Elle souligne que l’amour peut débuter par l’une ou l’autre de ces trois phases (Aleksidze, 2019). Tout d’abord, il y a la phase d’attirance, caractérisée par une attirance sexuelle envers un individu(e) et motivée biologiquement par l’accouplement intraespèce. Ensuite, l’amour romantique encourage la sélection d’un(e) partenaire approprié(e) et facilite le développement de l’attachement envers ce(tte) partenaire. Généralement, la durée de cette phase ne dépasse pas 17 mois, il est cependant possible de raviver la production des hormones qui y sont associées en retombant amoureux(se) de son ou sa partenaire lors de relations à long terme (Aleksidze, 2019). Enfin, la phase de l’attachement, qui se forme habituellement sur une période de 2 à 4 ans, vise à établir un lien affectif entre les individu(e)s. Cela implique divers aspects tels que la proximité, le soutien émotionnel et une détresse lorsque la présence de l’autre est menacée (Gibson, 2023). Chaque processus possède un profil hormonal différent, avec une prédominance de certaines hormones propre à chacun. La dopamine et le cortisol jouent des rôles centraux dans le processus de l’attirance. Pour la phase de l’amour romantique, c’est la sérotonine, l’ocytocine et la dopamine qui se manifestent de façon plus importante. Finalement, la vasopressine et l’ocytocine sont fortement reliées à la phase d’attachement. Nous allons explorer chacune de ces hormones et leurs impacts sur le phénomène de l’amour.
La dopamine est l’hormone clé dans le circuit de récompense de notre cerveau. Elle stimule « (…) le plaisir, l’excitation générale, la focalisation de l’attention et la motivation & rechercher et acquérir des récompenses » (Buvat, 2006, p.62). La dopamine agit comme système motivationnel en stimulant la recherche de récompenses pour nous faire vivre des sentiments de plaisir (Aleksidze, 2019). Dans le processus d’attirance, cette hormone peut nous pousser à agir selon nos pulsions sexuelles et à adopter des comportements qui les satisferaient. De plus, elle renforce les comportements qui favorisent la proximité et l’attachement avec le ou la partenaire, contribuant ainsi à la formation et au maintien des liens affectifs dans la relation amoureuse (Gibson, 2023). En outre, la dopamine peut induire des sentiments d’euphorie et d’excitation, ce qui peut renforcer le lien émotionnel entre les partenaires et stimuler leur engagement dans la relation à plus long terme. Le fameux dicton selon lequel « l’amour est une drogue » illustre bien l’action de cette hormone qui nous incite à le rechercher.
Une recherche portant sur 24 individu(e)s récemment tombé(e)s amoureux(ses) a révélé une augmentation significative des taux de cortisol de cette cohorte par rapport à un groupe témoin composé de célibataires et de personnes en relation à long terme (Marazziti, 2004). En effet, l’hypothèse sous-jacente suggère que le stress puisse faciliter l’établissement d’une connexion émotionnelle et éventuellement mener à l’attachement entre les individu(e)s. Ainsi, le cortisol jouerait un rôle facilitateur dans la formation du lien initial et dans le développement des relations amoureuses.
L’adrénaline, une hormone libérée lors des premières phases de la réaction au stress, semble jouer un rôle crucial dans le processus d’attirance. En effet, elle pourrait accroître l’attirance envers un individu(e) donné(e), tout en potentiellement renforçant nos capacités personnelles à initier un contact avec la personne qui nous attire (Aleksidze, 2019).
Ces deux hormones jouent principalement un rôle dans le processus d’attirance et les premiers stades de l’amour romantique, où l’élément de nouveauté est souvent présent.
Les études ont démontré que les personnes amoureuses dans les phases précoces d’une relation amoureuse possèdent des taux de sérotonine similaires aux personnes qui vivent avec un trouble obsessionnel compulsif. La diminution du niveau de sérotonine dans le corps lors du processus de l’amour romantique semblerait expliquer « les formes d’obsessions » que certaines personnes puissent ressentir face à leur partenaire (Zeki, 2007). À l’inverse, les inhibiteurs sélectifs du recaptage de la sérotonine (ISRS) qui augmentent le niveau de sérotonine semblent avoir des impacts négatifs sur les relations amoureuses. Cet extrait souligne les effets potentiels des ISRS sur les relations amoureuses : « The decision to diminish use of Prozac or other SSRIs has been reported to save marriages from divorce, or conversely, the decision to commence SSRI use has pushed passionate relationships into hot-blooded boredom » (Gibson, 2023, p.8). Les causes et les mécanismes sous-jacents restent à être élucidés et des recherches sont en cours pour mieux comprendre ces mystères.
La vasopressine et l’ocytocine ont un impact majeur sur le processus d’attachement au sein des relations amoureuses. L’ocytocine est souvent surnommée « l’hormone de l’attachement » en raison de son influence positive dans la formation de liens sociaux et émotionnels. Elle augmenterait l’empathie, favoriserait les contacts visuels, la mémorisation du visage et la générosité envers les personnes pour lesquelles on éprouve de l’attachement (Insel, 2010). La vasopressine serait aussi centrale à la formation du lien affectif et de l’attachement, car elle renforce les processus de conditionnement et la mémorisation. La vasopressine et l’ocytocine sont toutes les deux relâchées, entre autre, au moment des rapports sexuels lors de l’éjaculation et de l’orgasme. La libération de ces hormones après les rapports sexuels augmente donc le sentiment d’attachement et la proximité entre les partenaires (Aleksidze, 2019). De surcroît, lors des nouvelles relations amoureuses, elles peuvent aussi être libérées lors de la manifestation de marques d’affection non verbales entre les partenaires (Gibson, 2023). L’ocytocine augmenterait aussi les comportements monogames, la fidélité et la confiance envers son ou sa partenaire (Aleksidze, 2019). Une étude expérimentale comparant les campagnols (voles), qui ont des relations monogames à long terme, et les campagnols montagnards (montane voles), qui ne sont pour leur part pas monogames et qui entretiennent plutôt des relations sexuelles avec différents partenaires, a mis en évidence ce rôle de l’ocytocine. Les chercheur(se)s ont injecté cette hormone aux campagnols montagnards afin d’observer s’ils développeraient des comportements monogames. Cela n’a toutefois pas eu l’effet escompté puisque les campagnols montagnards ne possédaient pas les quantités nécessaires de récepteurs pour ces hormones dans leur organisme (Zeki, 2007). Même si les résultats obtenus avec ces deux espèces ne peuvent pas être intégralement appliqués à l’homme, le cerveau humain étant plus complexe, ils nous permettent de mieux comprendre la relation et les impacts de ces hormones sur nos comportements amoureux. L’hypothèse selon laquelle la présence de différents niveaux d’ocytocine et de vasopressine chez les individu(e)s qui pourraient expliquer les préférences de styles de relation ainsi que certains comportements dans nos relations amoureuses demeure d’actualité (Zeki, 2007).
Cet aperçu du rôle crucial que jouent les hormones dans les relations amoureuses nécessite de reconnaître que l’amour est un phénomène d’une richesse et d’une complexité bien plus étendues que la simple action des substances chimiques dans notre organisme. Toutefois, l’exploration de ces processus biologiques nous éclaire sur la manière dont notre réalité consciente s’inscrit au sein des mécanismes chimiques, et contribue à une meilleure compréhension de nos comportements affectifs. Il demeure important de reconnaître les limites des recherches actuelles sur le phénomène amoureux. Il reste encore beaucoup à explorer pour mieux comprendre les mécanismes de l’amour. Nous avons pu mettre en lumière à travers cet article les liens étroits entre la science et l’émotion, offrant ainsi un éclairage fascinant sur la nature humaine et les mystères de l’amour.
Texte révisé par Méghan Isabelle Pilon
Références:
Aleksidze, N. G. (2019). The quantitative distribution of the hormones of love and neurotransmitters at psycho emotional stresses. Journal of Neurology, Psychiatry and Brain Research, 3, 1-7. DOI: 10.23880/PPRIJ-16000166
Buvat, J. (2006). L’amour? que des hormones et des neurotransmetteurs! Andrologie : Journal officiel de la société d’andrologie de langue française, 16(1), 61–63. https://doi.org/10.1007/BF03034835
Campagnol. (s.d.). Dans Dictionnaire LeRobert Dico en ligne. https://dictionnaire.lerobert.com/definition/campagnol
Gibson, L. (2023). The science of romantic love: Distinct evolutionary, neural, and hormonal characteristics. International Journal Of Undergraduate Research And Creative Activities, 7(0), 1. https://doi.org/10.7710/2168-0620.1036
Marazziti, D., & Canale, D. (2004). Hormonal changes when falling in love. Psychoneuroendocrinology, 29(7), 931–6. https://doi.org/10.1016/j.psyneuen.2003.08.006
Piro4D. (2016). Puzzle cœur amour pièces de puzzle [Illustration]. Pixabay. https://pixabay.com/fr/illustrations/puzzle-c%C5%93ur-amour-pi%C3%A8ces-de-puzzle-1721592/
Zeki, S. (2007). The neurobiology of love. FEBS letters, 581(14), 2575-2579. https://doi.org/10.1016/j.febslet.2007.03.094


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