Sûrement avez-vous déjà ressenti un léger pincement au cœur en repensant « au bon vieux temps » ou à d’anciens souvenirs, et ce, même plus d’une fois. Ce petit sourire ou cette petite larme qui coule le long de votre joue lorsque vous reviennent en mémoire des souvenirs qui ont marqué votre histoire. Le sentiment qu’est la nostalgie nous submerge lorsque nous avons en tête des événements passés de notre vie.
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La nostalgie est une émotion liée à la mémoire, puisqu’elle se manifeste lors de la présence d’un ou de plusieurs souvenirs (Jacquemont, 2020). Cette émotion est vécue consciemment et peut se manifester à cause d’un objet, d’une photo, d’une odeur et même d’un goût nous rappelant un évènement de notre passé (Yang et al., 2022). La nostalgie se manifeste à de nombreuses reprises au cours de la vie d’une personne, à tous les âges et ce, de façon universelle. Elle se rapporte « à une période de vie ou d’histoire disparue » (Negura et Lungu, 2011, para.1). Cette émotion reflète une coupure entre deux états ou périodes dans la vie d’une personne et la prise de conscience de cette coupure.
Cette émotion, cependant, est particulière, dans le sens où sa valence (qualité positive ou négative) varie d’une personne à l’autre, et en fonction des souvenirs ravivés et de l’état émotionnel (Jacquemont, 2020). En effet, pour deux personnes différentes, les souvenirs liés à l’enfance peuvent évoquer des émotions contradictoires ; l’une ayant un regard positif par rapport à cette époque et l’autre n’en ayant gardé qu’un souvenir amer. De même, chez une même personne, en fonction de son état actuel, comme son niveau de fatigue, un souvenir peut engendrer des émotions opposées.
Ce qui, par contre, correspond à un point commun pour toutes les émotions nostalgiques ressenties est la relative douleur, comme un pincement au cœur, liée à la perte qui leur sont associées. En effet, la nostalgie s’accompagne d’« une forme de douleur de ne plus avoir quelque chose » (Jacquemont, 2020, p.1), sans toutefois que cela soit toujours nécessairement négatif. Ainsi, il est possible de ressentir de la nostalgie, sans pour autant que cela n’évoque en même temps une émotion négative. Les personnes nostalgiques se souviennent de ce qu’elles n’ont plus et en ressentent une émotion davantage positive et bienveillante. La nostalgie permet donc bien souvent de se sentir bien. Ainsi, il est dorénavant considéré que cette émotion a une prédominance positive (Yang et al., 2022).
La nostalgie expliquée physiologiquement
Yang et ses collaborateurs (2022) ont déterminé que la nostalgie active les régions cérébrales impliquées dans le processus de la réflexion par rapport à soi, la mémoire autobiographique (la mémoire de nos expériences personnelles), la régulation émotionnelle et le traitement des récompenses. Une étude en IRMf (imagerie par résonnance magnétique fonctionnelle) a également montré que les circuits cérébraux de la mémoire, dont fait partie l’hippocampe, et de la récompense tendent à s’activer en même temps lorsque des sentiments nostalgiques sont induits, à l’aide de photos, chez des participant.e.s (Jacquemont, 2020). Cela pourrait expliquer la raison pour laquelle la nostalgie est souvent accompagnée d’une émotion positive, car le striatum ventral, qui tend alors à s’activer, est un centre du plaisir du circuit cérébral de la récompense.
Une autre étude en IRMf abonde dans le même sens. Cette dernière montre, en effet, que l’évocation de souvenirs nostalgiques augmente l’activité dans les régions cérébrales associées au plaisir (Jacquemont, 2020). Ces remémorations étaient même si agréables pour les participant.e.s, qu’iels ont préféré se rappeler d’un souvenir plutôt que de recevoir une compensation financière à la fin de l’expérience, lorsqu’iels avaient le choix entre ces deux options. Également, cette étude montre que la nostalgie conduit à une augmentation de l’activité du cortex préfrontal médian, une région cérébrale aidant à la régulation des émotions et dont le volume est diminué dans le cas des dépressions sévères (Jacquemont, 2020). Le sentiment d’acceptation du passé éprouvé par les personnes nostalgiques serait peut-être lié à l’activité du cortex préfrontal médian.
Les bienfaits
Les bénéfices liés à la nostalgie sont non négligeables. Ils incluent, entre autres, une meilleure estime de soi, de meilleures relations interpersonnelles, un meilleur soutien social, l’augmentation de la propension à demander de l’aide, l’amélioration du bien-être psychologique, et l’atténuation des sentiments de solitude, d’ennui et de stress (Yang et al., 2022). La nostalgie pourrait ainsi agir comme un facteur de résilience, lorsque les circuits de la mémoire et de la récompense s’activent simultanément. En effet, les émotions agréables véhiculées par la nostalgie peuvent être très utiles dans les moments de difficultés et permettre d’ajouter un filtre rosé au passé. Ainsi, bien que les recherches sur la mémoire montrent que les souvenirs changent avec le temps et deviennent de moins en moins véridiques, cette modification pourrait être importante « pour notre solidité psychique » (Jacquemont, 2020, p. 2). La nostalgie pourrait donc agir comme un mécanisme de défense pour se protéger des souvenirs désagréables. Une étude émet l’hypothèse que la nostalgie pourrait aussi être un mécanisme de défense permettant aux enfants de développer leur indépendance face à leurs donneur.se.s de soins (Kikuchi et Noriuchi, 2017). Le cerveau aurait ainsi un mécanisme permettant à la mémoire de stimuler le système de la récompense et de transformer les souvenirs en expériences plus positives.
De plus, dans le cas d’un deuil, la nostalgie peut être bénéfique. En effet, dans une étude avec des participant.e.s vivant un deuil, celleux ayant été très nostalgiques ont vécu moins de pensées intrusives, de symptômes physiques et de sentiments négatifs que celleux l’ayant moins été (Reid et al., 2020). Cette émotion peut également être une source de motivation importante, pouvant permettre à une personne d’être plus optimiste, inspirée, désireuse de changer des comportements addictifs et l’encourageant à poursuivre ses objectifs (Sedikides et Wildschut, 2023). La nostalgie, qui est orientée vers le passé, est donc impliquée dans le futur d’une personne. Une autre étude mentionne que cette émotion permettrait d’augmenter l’authenticité, le bien-être psychologique et la satisfaction par rapport à sa vie (Kelley et al., 2022).
Cependant, ces études sur la nostalgie ont leurs limites et d’autres recherches sont nécessaires. De plus, il est fort probable que d’autres régions cérébrales soient activées par cette émotion, dont le réseau cérébral du mode par défaut (activé lorsqu’aucune tâche particulière n’est effectuée, lorsque l’esprit erre d’une pensée à l’autre) et celui de la conscience de soi (Jacquemont, 2020).
L’utilité clinique
La nostalgie peut être utilisée dans un contexte thérapeutique avec l’aide d’un.e thérapeute. Par exemple, en modifiant leurs pensées négatives récurrentes liées à des événements passés et en priorisant les souvenirs agréables et des interprétations orientées vers un mode de pensée plus positif et bienveillant, les personnes dépressives peuvent améliorer leur qualité de vie (Jacquemont, 2020). De plus, chez les personnes âgées, la nostalgie en contexte thérapeutique peut aider à maintenir ou améliorer les fonctions liées aux émotions et à la mémoire, augmenter le bien-être psychologique et atténuer la dépression (Yang et al., 2022).
Et la mélancolie, alors?
La mélancolie est bien différente de la nostalgie. Alors que la nostalgie peut être communiquée aux autres, peut se partager, est passagère et relativement positive, la mélancolie est une émotion plus sombre et solitaire (Jacquemont, 2020). Cette dernière témoigne ainsi d’une forme de dépression sévère, car la personne mélancolique est submergée par des idées négatives intrusives, et ce, de façon prolongée dans le temps. La mélancolie se traduit donc plutôt par une vision pessimiste de la vie, puisque le sentiment d’avoir perdu quelque chose s’aggrave et se transforme en un sentiment dépressif et douloureux. À l’inverse, la nostalgie s’accompagne d’une forme d’acceptation de ce qui a été perdu (Jacquemont, 2020).
Texte révisé par Marie-Ève Giguère
Références
Jacquemont, G. (2020, 13 février). La nostalgie stimule notre résilience. Cerveau & Psycho, (119). http://www.mentalhealthsciences.com/publications/pdf/cerveau%20et%20psycho 119-03-2020.pdf
Kelley, N. J., Davis, W. E., Dang, J., Liu, L., Wildschut, T. et Sedikides, C. (2022). Nostalgia confers psychological wellbeing by increasing authenticity. Journal of Experimental Social Psychology, 102. https://doi.org/10.1016/j.jesp.2022.104379
Kikuchi, Y. et Noriuchi, M. (2017). The nostalgic brain: its neural basis and positive emotional role in resilience. Emotional Engineering, 5, 43-53. https://link.springer.com/chapter/10.1007/978-3-319-53195-3_5
Lewandowski, C. (2022, 14 août). À quoi sert la nostalgie?. Pourquoi Docteur. https://www.pourquoidocteur.fr/Articles/Question-d-actu/40305-A-sert-nostalgie
Negura, L. et Lungu, O. (2011). Les thêmata et l’ancrage sociologique de la nostalgie d’un passé historique : Le cas de l’ostalgie. Les Cahiers Internationaux de Psychologie Sociale, 1-2(89-90), 87-105. https://www.cairn.info/revue-les-cahiers- internationaux-de-psychologie-sociale-2011-1-page-87.htm
Reid, C. A., Green, J. D., Short, S. D., Willis, K. D., Moloney, J. M. et Collison, E. A. (2020). The past as a source for the bereaved: nostalgia predicts declines in distress. Cognition and Emotion, 35(2). https://doi.org/10.1080/02699931.2020.1825339
Sedikides, C. et Wildschut, T. (2023). Nostalgia as emotion. Current Opinion in Psychology, 49. https://doi.org/10.1016/j.copsyc.2022.101537
Yang, Z., Wildschut, T., Izuma, K., Gu, R., Luo, Y., Cai, H. et Sedikides, C. (2022, décembre). Patterns of brain activity associated with nostalgia: a social-cognitive neuroscience perspective. Social Cognitive and Affective Neuroscience, 17(12), 1131-1144. https://doi.org/10.1093/scan/nsac036


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