La parentalité étudiante – par Julie Lecours Leclerc

À 23 semaines de grossesse, je ne me prétends pas l’experte de la parentalité étudiante. Mais lorsque j’ai appris entre ma mi-session et ma fin de session d’automne que la plus belle, mais la plus inattendue des surprises m’attendait pour le mois de juillet, je me suis sentie légèrement effrayée et démunie face à ce changement de réalité drastique. Comme la plupart des étudiant.e.s en psychologie qui aspirent aux études supérieures et qui vivent de leurs propres moyens, je navigue normalement ma scolarité en mode survie, où j’entasse une trentaine d’heures de travail hebdomadaire, d’interventions bénévoles et d’auxiliariat de recherche, en addition à une étude rigoureuse qui me permet les notes nécessaires à mes objectifs académiques. J’ai envie pour ce dernier article de me livrer et de partager mon expérience en tant qu’étudiante enceinte, mais aussi de partager quelques ressources et recours intéressants qui pourraient peut-être aider certain.e.s étudiant.e.s qui feraient éventuellement face à cette situation (les liens vers ces ressources sont disponibles à la fin de l’article).

C’est lorsque des larmes d’émotions m’ont monté aux yeux durant mon cours d’analyses quantitatives que j’ai pris la décision de faire un test de grossesse. Je ne sais pas si vous avez déjà été ému.e par un.e professeur.e qui vous parle d’analyse factorielle, mais ça propose clairement une sensibilité affective qui mérite d’être adressée. 

Lorsque j’ai vu la seconde barre du test s’afficher, la Terre s’est arrêtée de tourner. Mon système nerveux sympathique a fait un violent quart de tour. Rien n’avait jusqu’à ce jour pu concurrencer mon dévouement académique. J’avais de la difficulté à prendre un rendez-vous médical, car je vivais une constante culpabilité de ne pas être en train d’étudier. Mais à partir de cet instant, on réalise que notre vie n’est plus exclusivement à propos de nous. Du jour au lendemain, nous sommes aux commandes de deux vies, deux univers. 

Ma première action est celle que toutes personnes enceintes ont à faire dans cette situation : déclarer sa grossesse sur la plateforme Ma Grossesse. Déclarée en ligne à 21h le 14 novembre sur mon quart de travail, c’est le lendemain 15 novembre à 9h00 durant mon quart d’auxiliaire de recherche que je recevais l’appel d’une employée du Centre intégré universitaire de santé et services sociaux de mon secteur qui prenait le pouls de ma situation. On se fait passer un questionnaire sur notre situation sociale et on passe une évaluation psychologique. On me demande une dizaine de fois si j’ai des questions, un besoin, si j’ai le budget nécessaire pour m’alimenter durant ma grossesse, on me propose des formations, des ressources psychosociales et on m’explique la procédure pour me trouver un.e médecin. Tout ça peut paraître étourdissant, mais pour une étudiante qui a de la difficulté à s’allouer le temps de prendre un rendez-vous chez le.la dentiste, j’ai trouvé précieux de me sentir soutenue par un système dans lequel on a si peu confiance.

J’ai à peine eu le temps de réaliser les derniers évènements que rapidement, les symptômes du premier trimestre m’ont rattrapée. La femme hyperactive que je suis somnolait peu importe le contexte; le partage de mon oxygène avec l’organisme que je faisais croître a rendu pénible la montée des marches de Roger Gaudry et l’odeur du précieux café auquel j’étais légèrement dépendante était suffisante pour m’accabler de nausées. Un brouillard est venu assaillir mon cerveau. Le « mommy brain » n’est pas une légende. Ce que je lisais n’était que très rarement sujet à un réel traitement cognitif en profondeur et ma capacité attentionnelle était presque inexistante. On réalise rapidement que la réalité étudiante n’est pas adaptée à la grossesse. Mes périodes d’études et de travaux de fin de session étaient réalisées en position fœtale dans mon lit avec mon ordinateur sur le côté, entrecoupées de « powernaps » de 20 minutes et de haut-le-cœur constants. Mon cours de développement de l’enfant de 16h à 19h est devenu extrêmement pertinent, mais très pénible, car mon corps ne supportait plus d’être actif passé 17h. À la recherche de sucre pour me réveiller, c’est avec frustration que j’ai pu constater que le café étudiant de notre département ne vendait rien d’autre que des boissons alcoolisées le jeudi soir. On avait même refusé de me vendre un sachet de fruits séchés et j’ai dû quitter rapidement avant de laisser mes hormones parler à ma place. À tous ces obstacles, un pansement est possible; c’est celui de bien s’entourer. J’ai eu la chance inouïe de rencontrer ces personnes extraordinaires dans mes cours, de me faire des amies compréhensives qui ont pu me rassurer et enregistrer à une ou deux occasions des cours pour me permettre d’aller à mes rendez-vous médicaux.

Concrètement, qu’est-ce qui m’attend? J’ai eu beau fouiller PsychInfo et toute autre base de données, aucune littérature scientifique ne peut prédire précisément quels défis seront rencontrés au moment où il faudra jongler entre la famille, les études et le travail. Je crois toutefois qu’il est pertinent de partager les informations que j’ai pu amasser au cours de mes recherches :

  1. Selon l’article 613 a) i. des Règlements d’étude de premier cycle, il est possible de prendre un congé parental scolaire et ainsi suspendre jusqu’à trois sessions universitaires consécutives sans pénalité (Université de Montréal, s.d.).
  2. Si l’on décide de s’abstenir du congé parental pour ne pas retarder ses études, c’est possible! La halte-garderie Le Baluchon de la Faculté des associations étudiantes du campus de l’Université de Montréal (FAÉCUM) reçoit les nourrissons à partir de l’âge de 4 mois. Il est possible de déposer son enfant pour la journée complète assumant des frais de 11$ ou encore pour des blocs de 4 heures 30 minutes pour 5,50$. Ouverte de 8h00 à 17h00, il faut toutefois en être conscient.e et espérer ne pas devoir être contraint.e à prendre des cours du soir. Avant l’âge de 4 mois, le nourrisson peut accompagner son parent en cours (FAÉCUM, 2024).
  3. Il existe une multitude de bourses très intéressantes pour les parents étudiants, autant octroyées par l’Université de Montréal que par l’Aide financière aux études (AFE), le gouvernement provincial et le gouvernement fédéral. Si l’aspect financier est une source de stress, il est intéressant d’aller consulter les calculateurs d’allocation familiale des deux gouvernements pour connaître la somme qui sera versée mensuellement par ces instances.
  4. Les contrats d’auxiliaire de recherche payés par bourse ne sont pas considérés comme un revenu imposable, mais ne sont pas non plus considérés comme un revenu au moment des versements du Régime québécois de l’assurance parentale qui couvre les congés parentaux.
  5. L’Association Cigogne a pour mission de soutenir la réussite scolaire des parents étudiants. Elle donne accès à des services d’aide psychologique, café-rencontre, activités familiales, aide matérielle et beaucoup plus. 

Et pour mon enfant?

Plusieurs personnes m’ont maladroitement questionnée sur l’impact de mes projets académiques sur mon enfant. Certes, la conciliation travail-étude-famille n’est pas une chose facile. Je ne peux pas anticiper les besoins de mon enfant avant sa naissance. C’est une phrase que je me suis longuement répétée durant mes premiers mois de grossesse. Mon enfant sera inconditionnellement priorisé.e, peu importe la situation. J’ai la chance d’être une étudiante en psychologie qui est sensible aux théories de l’attachement. J’ai la chance d’avoir un conjoint soutenant et présent qui sera un papa formidable et un entourage solide et débordant d’enthousiasme pour ce qui nous attend. J’ai la chance de savoir hors de tout doute que mon enfant ne manquera pas d’amour, de sensibilité et d’attention. J’ai l’intention de lui prouver qu’être une femme n’est pas un frein à la réussite et aux ambitions. Devenir maman ajoute une nouvelle priorité qui s’inscrit inconditionnellement au sommet de la liste, mais aussi une nouvelle raison de s’accomplir pour offrir la meilleure version de soi à son enfant. 

Texte révisé par Amélie Brousseau

Liens pertinents :

Ma Grossesse :

Halte-Garderie Le Baluchon :

Association Cigogne : 

https://www.associationcigogne.com

Site de la RQAP (permets de calculer l’allocation familiale provinciale et se renseigner sur les congés parentaux) :

Site pour calculer les allocations familiales fédérales

Dans une situation de crise liée à une grossesse : 

Le site de la FAÉCUM :