« Ai-je vraiment bien verrouillé la porte ? ». « Le four était-il bien fermé ? ». « Ai-je bien débranché ? ». « Et si… ma maison brûlait… ». Vous vous souvenez bel et bien avoir vérifié, mais ces pensées persistent encore. Ce doute ne quitte guère votre esprit. Ne pouvant pas vous en empêcher, vous repartez donc revérifier pour la trentième fois afin de vous libérer de l’emprise de cette anxiété.
Vous faites aussi attention à ce que vous touchez, de la poignée de la porte à votre bureau de travail, par peur extrême d’être contaminé par les bactéries. Vous pensez que toucher n’importe quelle surface vous fera attraper une maladie grave comme le cancer. Chaque journée est remplie de moments où vous contrôlez souvent si vos mains sont propres. Vous vous lavez au moins 50 fois par jour les mains. Lorsqu’on vous invite aux fêtes, vous avez souvent tendance à les décliner par peur des poignées de main de vos ami.e.s et des toilettes publiques.
Vous reconnaissez-vous? Ou reconnaissez-vous quelqu’un en lisant ces descriptions?
Si oui, il pourrait s’agir, en fait, de symptômes du trouble obsessionnel compulsif (TOC).
Quelles sont les principales caractéristiques du TOC?
Selon le DSM-5, le TOC est caractérisé soit par des obsessions, soit par des compulsions, ou les deux (American Psychiatric Association, 2024).
Les obsessions sont des pensées ou des impulsions, qui sont intrusives, inappropriées, persistantes et récurrentes. Pour que ce trouble soit diagnostiqué par un.e professionnel.le, celles-ci doivent générer une détresse et une souffrance significative chez la personne qui la vit (American Psychiatric Association, 2024).
Les obsessions sont des pensées, des pulsions et des images inappropriées et désagréables qui s’imposent à l’esprit de la personne. Cela ne vient pas de l’extérieur. Elles peuvent être constantes et persister pendant des mois et même des années. La personne fait des efforts pour les réprimer soit en essayant, par exemple, de les remplacer par d’autres pensées ou en se distrayant, mais cela ne fonctionne pas. Les obsessions provoquent ainsi une grande anxiété chez la personne qui en souffre (American Psychiatric Association, 2024).
Il existe plusieurs types et variantes d’obsessions. Ces catégories sont brièvement présentées ici et sont parmi les plus connues et fréquentes. Dans l’obsession de saleté, une grande anxiété est vécue en lien avec la contamination et les microbes. Cela peut s’observer par la peur de salir ses vêtements, ses objets personnels ou sa peau. La personne pourrait aussi faire très attention à son hygiène. Les proches peuvent également être vus comme salissants et il peut être difficile de tolérer leur présence. Elle pourrait aussi être anxieuse de toucher certains objets de peur d’être contaminée et d’attraper une infection ou une maladie (Sauteraud, 2002). Il existe aussi la peur obsédante de perdre quelque chose. Par exemple, avoir une peur obsessionnelle de perdre votre emploi. Ainsi, cela poussera une personne à travailler excessivement, à éviter de prendre des congés et à être constamment stressée par la possibilité de ne pas répondre aux attentes de son employeur.
L’obsession de l’agressivité se manifeste par la crainte de se nuire ou de nuire à autrui (p. ex. : blesser son enfant), soit par une pensée ou par un acte (Rector et al., 2016). Ainsi, la personne pourrait s’imaginer en train de poignarder quelqu’un lors d’un dîner ou encore de faucher son.sa voisin.e en voiture. Elle se sentirait alors coupable en raison de ces pensées. Elle aurait aussi peur de perdre le contrôle et de passer à l’acte par ses pensées et donc, peut décider d’éviter les situations sociales. Toutefois, la personne ne passera pas à l’acte dans la majorité des cas. Ces pensées ne sont que des pensées et non des gestes accomplis. Celles-ci sont donc inoffensives, mais peuvent causer beaucoup de souffrance à la personne qui les vit (Sauteraud, 2002).
En réaction à ces pensées obsessives, des comportements ou des pensées compulsives peuvent faire leur apparition. Les compulsions sont des comportements répétitifs et stéréotypés ou des pensées compulsives visant à calmer l’anxiété et la détresse significative liées à ces obsessions. La personne ne peut s’empêcher d’exécuter un geste et cela devient comme une obligation pour elle afin de soulager ses préoccupations. Par exemple, une compulsion liée à l’obsession de contamination serait le lavage de main excessif ou éviter des lieux où il y a risque de contamination (American Psychiatric Association, 2024).
Les obsessions et les compulsions sont excessives et irrationnelles, c’est-à-dire qu’elles sont inappropriées par rapport à la réalité et sont déclenchées par l’anxiété ou la détresse, qui elles, entraînent une souffrance émotionnelle. De plus, elles engendrent une grande perte de temps et d’énergie et peuvent interférer significativement avec les activités quotidiennes de la personne comme son fonctionnement au travail ou à l’école, ses relations et ses activités sociales habituelles. La qualité de vie de la personne peut donc en être très affectée (American Psychiatric Association, 2024). Certaines personnes peuvent fréquemment éviter certaines situations afin de ne pas confronter leurs obsessions qui génèrent de l’anxiété. Nous pouvons, par exemple, observer ce comportement lors d’obsessions de saleté, d’agressivité et de malheur (American Psychiatric Association, 2024).
Qu’est-ce qui explique ces comportements obsessifs et compulsifs?
Selon la théorie comportementale et cognitive, quand une personne présente des symptômes d’obsessions et de compulsions, elle a tendance à associer des objets (exemples : boutons d’ascenseur, téléphones publics, monnaie, jouets, rampes d’escalier, etc.) et des situations (exemples : utiliser les toilettes publiques, utiliser les transports en commun, toucher des articles dans des magasins, entrer en contact avec des animaux domestiques, serrer la main de quelqu’un, etc.) à la peur. La personne gère à court terme l’anxiété par l’utilisation de compulsions et de rituels ou par l’évitement de la situation (Rector et al., 2016).
De plus, l’anxiété vécue en lien avec une obsession fait en sorte que la personne donne une grande importance aux pensées intrusives et aux conséquences qui peuvent se produire si elle ne fait rien. Même si la personne est apaisée, ce soulagement est temporaire et l’obsession se maintient. C’est à ce moment qu’elle entre dans un cercle vicieux (Rector et al., 2016).
Comment vous aider à combattre vos obsessions et vos compulsions?
Voici quelques stratégies simples basées sur la théorie cognitivo-comportementale, qui a pour but de travailler les émotions, les pensées et les comportements qui nourrissent les obsessions et les compulsions, qui peuvent vous aider :
Il est important de savoir que vos pensées ne sont pas réelles. Le premier pas est donc d’en prendre conscience pour éventuellement les remettre en question afin de résister aux compulsions.
Le but est de prendre conscience que vos pensées sont exagérées et qu’il n’y a aucun danger si vous n’effectuez pas vos compulsions qui y sont reliées. Plusieurs pensent à tort qu’en n’effectuant pas leur compulsion, la pire catastrophe pourrait arriver. Heureusement, ceci est faux. Une stratégie pour surmonter cela est de rationaliser vos pensées. Par exemple, dans le cas de l’obsession de l’agressivité, vous pourriez reconnaître que vous n’avez jamais été sur le point de tuer quelqu’un, mais que cette pensée n’est que le reflet de l’angoisse que vous vivez.
Voici plusieurs questions que vous pouvez vous poser pour combattre les pensées obsessives (Sauteraud, 2002) :
- Demandez-vous s’il est réaliste que cette catastrophe se réalise et essayez de rationaliser. Par exemple, pour les obsessions de saleté, est-ce vrai que le cancer et les maladies infectieuses sont seulement dus à un manque d’hygiène? Est-ce vraiment vrai qu’une poignée de porte peut tout le temps transmettre une maladie? N’y a-t-il pas des exceptions ? Pourtant, plusieurs personnes y touchent et ne tombent pas malades.
- Demandez-vous si un.e ami ou un.e proche vous racontait ces pensées, est-ce que vous les trouveriez raisonnables? Est-ce que vous remettriez en question ces pensées?
Vous êtes à l’étape d’affronter vos obsessions. Parmi toutes les obsessions que vous avez listées, choisissez celle qui est la moins difficile à travailler. En d’autres mots, hiérarchiser les situations selon le niveau de détresse qu’elles entraînent. En commençant par les situations les moins difficiles, vous pourrez progresser graduellement, à votre rythme, tout en cumulant des petites victoires. Les buts, ici, sont de diminuer votre anxiété en vous exposant et diminuer progressivement les compulsions. Prenez des respirations profondes et exposez-vous à la situation qui génère de la peur ou de l’anxiété sans recourir à vos compulsions, vos rituels ou l’évitement (Sauteraud, 2002). Voici des exemples d’exposition selon l’obsession de saleté : vous pouvez réduire la fréquence des compulsions. Par exemple, ne se laver les mains que 30 fois au lieu de 50 fois par jour. Vous pouvez aussi réduire la complexité des compulsions : par exemple, si vous vous lavez les mains et les bras, il serait question, ici, de ne laver que vos mains (Sauteraud, 2002).
Il est important de parler de vos difficultés à votre famille, votre entourage ou vos ami.e.s afin qu’ils.elles puissent vous apporter le soutien dont vous avez besoin. Choisir une personne de confiance peut vous soutenir dans la diminution de vos compulsions, lors de la réapparition de vos symptômes et vous encourager à continuer à ne pas céder à vos obsessions et compulsions. Des groupes de soutien offerts dans divers organismes peuvent aussi être utiles pour vous encourager dans votre progression. Ils pourront vous permettre de partager votre vécu et de vous sentir compris par d’autres personnes qui vivent des réalités semblables aux vôtres.
N’hésitez surtout pas à consulter un.e professionnel.le de la santé comme un.e médecin ou un.e psychologue. Un soutien psychologique professionnel peut être grandement bénéfique pour accueillir votre souffrance et vous accompagner dans les démarches de remise en question des pensées et d’expositions.
Bref, vivre avec des obsessions et des compulsions peut être un vrai défi, mais avec un bon soutien, une bonne connaissance de ses symptômes et des stratégies saines à adopter, il est possible de réduire leurs effets et vivre une vie plus épanouie. N’hésitez pas à obtenir de l’aide si vous en avez besoin – la guérison commence par la reconnaissance et l’action (Sauteraud, 2002).
Texte révisé par Emilia Cabrera Mallette
Références
American Psychiatric Association. Diagnostic and Statistical Manual of Mental Disorders, 5th ed.; American Psychiatric Association: Washington, DC, USA, 2024.
Kras, V. (2020, 19 mars). Lavage des mains [image en ligne]. Pexels. https://www.pexels.com/fr-fr/photo/lavage-des-mains-3968083/
La Clinique e-Santé. (2023). Symptômes, causes, traitements. https://www.la-clinique-e-sante.com/blog/toc/symptomes-causes-traitements
Rector, N., Bartha, C., Kitchen, K., Katzman, M. et Richter, M. (2016). Le trouble obsessionnel-compulsif : Guide d’information. https://www.camh.ca/-/media/health-info-files/guides-and-publications-french/ocd-guide-fr.pdf
Sarrasin, N. (2025). Le trouble obsessionnel-compulsif (TOC) : comprendre et guérir. https://www.nicolassarrasin.com/trouble-obsessionnel-compulsif-toc
Sauteraud, A. (2002). Guide pour s’aider soi-même : Je ne peux pas m’arrêter de laver, vérifier, compter, Mieux vivre avec un toc. Édition Odile Jacob.


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