Quand le miroir se brise : Le reflet de l’insatisfaction corporelle – par Coralie Forcier

L’image corporelle est un sujet qui nous concerne tous, quel que soit notre genre ou notre âge. Elle constitue une dimension importante de l’estime de soi (CHU Sainte-Justine, 2023). Il s’agit de la perception qu’une personne a à l’égard de son propre corps. En d’autres mots, c’est ce qu’elle ressent lorsqu’elle se regarde dans le miroir. Cette manière de se percevoir peut concorder ou non avec la réalité et peut aussi engendrer des sentiments positifs ou négatifs chez la personne. Une image corporelle dite positive est associée à une vision réaliste et la plupart du temps, positive de son corps.

L’image corporelle se développe dès l’enfance et évolue tout au long de la vie. À l’âge de 3 ans, la croyance selon laquelle une personne mince est plus belle qu’une personne ronde est déjà acquise (Gouvernement du Québec, s. d.). Alors qu’elles sont seulement âgées de 4 ans, les jeunes filles sont en mesure de pointer une partie de leur corps qu’elles souhaiteraient rendre plus mince. En vieillissant, ce désir de correspondre à l’idéal de minceur a tendance à augmenter. Toutefois, l’adolescence constitue une période déterminante dans le développement de l’image corporelle. Le fait que la construction de l’identité ait lieu au même moment que celui des transformations physiques qui accompagnent la puberté, rend les adolescents particulièrement vulnérables à la pression sociale de correspondre aux standards de beauté véhiculés dans les médias. Chez les filles, le développement des seins et des hanches peut être terrifiant parce qu’il les éloigne de l’idéal de minceur (Dion, 2019). À l’inverse, le développement de la masse musculaire, chez les garçons, est généralement vécu de manière positive car il les rapproche de l’idéal de musculature. Les adolescentes sont donc plus à risque de développer une image corporelle négative (Dion, 2019).

L’insatisfaction corporelle est définie comme étant l’écart entre l’apparence physique désirée et l’apparence physique actuelle (Bégin, 2019). Plus l’écart entre la silhouette souhaitée et la silhouette réelle est grand, plus l’insatisfaction corporelle est élevée. Au Québec, la prévalence de l’insatisfaction corporelle chez les jeunes est assez élevée. D’une part, les résultats d’études québécoises soulèvent que « […] près de la moitié des filles et le tiers des garçons, enfants ou adolescents, entretiennent le désir d’être plus minces, alors qu’environ le quart des gars et près de 10% des filles aimeraient avoir une silhouette plus forte. » (Dion, 2019). D’autre part, « plus de la moitié des adolescents (66 %) déclarent faire “quelque chose” à l’égard de leur poids. Ces actions varient selon le sexe : les filles sont plus nombreuses que les garçons à essayer de contrôler leur poids (33 % contre 28 %) ou de perdre du poids (31 % contre 16 %) alors que les garçons sont plus nombreux que les filles à vouloir gagner du poids et de la masse musculaire (19 % contre 6 %) ou encore à ne rien faire pour changer leur corps (37 % contre 30 %). » (Dion, 2019).

Certains facteurs de risque sont associés au développement de l’insatisfaction corporelle. D’abord, il y a l’utilisation des réseaux sociaux (Dion, 2019). Les publications que l’on retrouve sur ceux-ci renvoient souvent le message que, chez une fille, l’idéal corporel est la minceur, tandis que chez un garçon, c’est la musculature qui est valorisé. Ensuite, il y a la comparaison avec les autres et l’intimidation en lien avec le poids. Enfin, il y a les conversations et les remarques à propos de l’apparence physique.

L’insatisfaction corporelle peut contribuer au développement de certains troubles de la santé mentale comme la dysmorphie corporelle, les troubles alimentaires, l’anxiété et la dépression (Bégin, 2019). De plus, bien qu’elle soit plutôt inefficace chez les personnes atteintes d’un trouble de l’image corporelle, certaines peuvent avoir recours à de la chirurgie esthétique. L’insatisfaction corporelle peut aussi mener au développement de comportements malsains dans le but de contrôler son poids, tels que la prise de laxatif, les vomissements et la pratique excessive d’activité physique (Dion, 2019).

Certains facteurs de protection contribuent plutôt au développement d’une image corporelle positive. Miser sur la fonctionnalité de son corps, avoir la capacité de rejeter ou de remettre en question les standards de beauté et celle d’évaluer si une image a été retouchée en sont des exemples (Dion, 2019).

En conclusion, pour certaines personnes, entretenir une relation saine vis-à-vis son corps demeurera toujours un combat ardu. Faire la paix avec ce dernier peut être extrêmement difficile. Privilégier une position de neutralité à son égard est une bonne façon de faire un premier pas dans cette direction.

Texte révisé par Joé Dancause

Références

Bégin, C. (Décembre, 2019). Introduction au dossier : image corporelle – entre reflets et distorsions. Ordre des psychologues du Québec. https://www.ordrepsy.qc.ca/-/introduction-au-dossier-image-corporelle-entre-reflets-et-distorsions 

CHU Sainte-Justine. (2023, 13 septembre). Image corporelle : Parce que nous sommes tous uniques! https://promotionsante.chusj.org/fr/13-17-ans/Une-image-corporelle-positive 

Dion, J., Saindon, R., Aimé, A. (2019, novembre). Je n’aime pas mon corps : évaluer les problèmes d’image corporelle chez les jeunes et intervenir. Ordre des psychologues du Québec. https://www.ordrepsy.qc.ca/-/je-n-aime-pas-mon-corps-evaluer-les-problemes-d-image-corporelle-chez-les-jeunes-et-intervenir

Gouvernement du Québec. (s. d.). Image corporelle. https://www.quebec.ca/famille-et-soutien-aux-personnes/enfance/developpement-des-enfants/consequences-stereotypes-developpement/image-corporelle 

Léonard, S., Lemire Théberge, L. (2019, novembre). Image corporelle et réseaux sociaux. Ordre des psychologues du Québec. https://www.ordrepsy.qc.ca/-/image-corporelle-et-reseaux-sociaux

SHVETS production. (s. d.). Le reflet à l’envers d’une adolescente dans un miroir brisé [image en ligne]. Pexels. https://www.canva.com/photos/MAEsFMK4A9A-an-upside-down-reflection-of-a-teenage-girl-in-broken-mirror/ 


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