Pour la rédaction de cet article, je me suis basée sur ma lecture du livre Adolescentes anorexiques : Plaidoyer pour une approche clinique humaine. Son auteur, le pédiatre Jean Wilkins, a contribué de nombreuses façons au processus de prise en charge de l’anorexie mentale. Ses dizaines d’années de soins prodigués à des jeunes filles atteintes d’anorexie mentale font de lui un spécialiste de cette psychopathologie (Wilkins, 2012). C’est également à Dr Wilkins que l’on doit la fondation, en 1974, de la section de médecine de l’adolescence du CHU Sainte-Justine (Wilkins, 2012).
Le terme « anorexie » découle du grec anorexia qui signifie « perte d’appétit » (Wilkins, 2012). Lorsqu’on parle de l’anorexie comme étant un trouble alimentaire, on fait spécifiquement référence à l’anorexie mentale (Wilkins, 2012). Bien qu’elle soit peu répandue, cette maladie est connue depuis longtemps : « Les premiers cas d’anorexie traités dans la littérature spécialisée datent en effet de la fin du XIXe siècle (1873 en France et 1874 en Angleterre). » (Wilkins, 2012, p. 23) Cette psychopathologie possède une étiologie multifactorielle comprenant des facteurs prédisposants liés à l’individu, à sa famille et à son environnement culturel, qui augmentent le risque de développer de l’insatisfaction à l’égard du poids et de l’apparence (Wilkins, 2012). L’anorexie mentale touche principalement les femmes (Wilkins, 2012). En effet, on évalue généralement sa prévalence à un garçon pour dix filles (Wilkins, 2012). De plus, on recense davantage de cas dans les milieux de la danse, de la nage synchronisée, du sport et de la mode, où les jeunes filles sont parfois obligées de se soumettre à des régimes stricts pour conserver leur place (Wilkins, 2012). La période à laquelle l’anorexie survient le plus fréquemment est l’adolescence (Wilkins, 2012). Une hypothèse suggère que l’anorexie viendrait, d’une certaine manière, réconforter ou accompagner l’adolescente face aux multiples changements physiques et mentaux que constituent la puberté (Wilkins, 2012). « Cette maladie devient alors un refuge, un nouvel univers, un champ inconnu à explorer qui vient apaiser sa peur de grandir et combler son vide intérieur. » (Wilkins, 2012, p. 42)
Au fil du temps, le Dr Wilkins est parvenu à établir un profil type de l’adolescente anorexique (Wilkins, 2012). La majorité de ces jeunes filles excellent sur le plan académique et poursuivent de grandes ambitions professionnelles, tout en accordant une grande importance à la performance et au perfectionnisme. De plus, elles ont généralement une faible envie de sortir et ne présentent pas d’autres types de conduite addictive à risques (Wilkins, 2012).
Trouvant les critères diagnostiques du Manuel diagnostique et statistique des troubles mentaux (DSM) trop restrictifs, le Dr Wilkins a mis au point la règle des quatre « A » pour diagnostiquer l’anorexie mentale (Wilkins, 2012). Cette méthode s’inspire de la triade symptomatique des trois « A », un concept utilisé dans la littérature médicale française: « A pour Anorexie ou conduite alimentaire restrictive, A pour Amaigrissement et A pour Aménorrhée » (Wilkins, 2012, p. 42). À ces trois « A », le Dr Wilkins en ajoute un quatrième : « A pour Adolescence » (Wilkins, 2012, p. 42). L’anorexie peut être comparée à de l’autosabotage, car elle perturbe les changements chronologiques, biologiques, gynécologiques, pubertaires et sociaux propres à l’adolescence (Wilkins, 2012).
En suivant ses patientes, le Dr Wilkins est parvenu à identifier les différentes phases de cette maladie à l’adolescence (Wilkins, 2012). Ainsi, il a développé un modèle théorique composé de quatre périodes distinctes appelées les « 4 actes » de la maladie (Wilkins, 2012).
D’abord, dans l’acte 1, on observe une chute pondérale significative, qui se situe habituellement entre 20 % et 30 % du poids initial et pouvant aller jusqu’à 50 % ou 60 %. Cette perte de poids importante résulte d’une conduite alimentaire restrictive et d’une activité physique intense (Wilkins, 2012). C’est généralement au bout de quatre à six mois que les parents de l’adolescente décident de prendre rendez-vous avec un médecin (Wilkins, 2012). La première consultation en clinique spécialisée correspond souvent à la fin de l’acte 1 (Wilkins, 2012).
Ensuite, l’acte 2 est caractérisé par le maintien du contrôle de l’alimentation même avec les interventions de l’équipe médicale (Wilkins, 2012). L’adolescente est paradoxalement au moment où elle est le plus fière :
Elle a réussi à perdre beaucoup de poids mais elle oublie ou feint d’oublier qu’elle a atteint son objectif au prix d’un épuisement extrême. Sa vie sociale est réduite à néant, elle n’a plus de contacts avec les adolescents de son âge […] (Wilkins, 2012, p. 59).
Cependant, l’état de santé de l’adolescente est parfois tellement fragilisé qu’une intervention médicale d’urgence s’impose (Wilkins, 2012). On assiste généralement à une première hospitalisation qui sera suivie par d’autres dans plus du tiers des cas (Wilkins, 2012).
L’acte 3 marque la perte du contrôle alimentaire de l’adolescente malgré elle. À présent, ce n’est plus l’entourage de l’adolescente qui souffre, mais bien cette dernière. Pour la jeune fille, cette étape est vécue comme un échec. « Sa souffrance est proportionnelle à la détermination dont elle a fait preuve pour contrôler sa chute pondérale. » (Wilkins, 2012, p. 69) On observe habituellement trois types de réactions différentes auprès des adolescentes : l’acceptation de la reprise pondérale, la lutte inutile contre cette dernière ou l’utilisation de stratégies compensatoires, telles que les vomissements provoqués et la prise de laxatifs (Wilkins, 2012). À la fin de l’acte 3, les jeunes filles pour lesquelles la maladie a commencé entre onze et quinze ans sont sur le point de fêter leur dix-huitième anniversaire (Wilkins, 2012).
Enfin, l’acte 4 marque majoritairement la fin de l’anorexie des patientes. Cependant, il est nécessaire pour plusieurs d’entre elles de se faire transférer en milieu adulte. Les études portant sur le devenir des anorexiques dont la maladie s’est déclarée à l’adolescence montrent que 75 % des anciennes patientes considèrent qu’elles vont bien, tandis qu’entre 15 % et 25 % évoluent vers un état anorexique persistant (Wilkins, 2012). Pour celles ayant choisi la guérison, il s’agit du moment où elles ressentent le plus durement les conséquences de leur développement mis sur pause (Wilkins, 2012).
En conclusion, Adolescentes anorexiques : Plaidoyer pour une approche clinique humaine (2012) du pédiatre Jean Wilkins constitue un excellent outil pour les parents de jeunes filles anorexiques qui souhaiteraient mieux comprendre cette maladie complexe. Enfin, je souhaite remercier le Dr Olivier Jamoulle, pédiatre en médecine de l’adolescence au CHU Sainte-Justine. Sans sa précieuse aide, je ne serais certainement pas où j’en suis aujourd’hui à écrire un article sur l’anorexie mentale à l’adolescence.
Texte révisé par Mariska Lavoie
Références
Liudmila Chernetska. (s.d.). Overweight girl using scales near measuring tape on wooden floor, selective focus [image en ligne]. Getty Images. https://www.canva.com/photos/MAFlNfjaN9o/
Wilkins, J. (2012). Adolescentes anorexiques : Plaidoyer pour une approche clinique humaine. Les Presses de l’Université de Montréal.


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