La peine d’amour n’est pas seulement une métaphore pour expliquer la souffrance derrière la rupture : c’est aussi une expérience neurologique traitée par le cerveau. Nous avons tou.te.s déjà entendu des phrases comme « ce n’est qu’un chagrin d’amour », « un de perdu, 10 de retrouvés », etc. Comparativement à une douleur physique, l’impact d’une rupture amoureuse est généralement invisible, ce qui peut influencer la légitimité qu’on accorde à cette blessure. Dans les faits, une étude faite sur les symptômes dépressifs et les comportements suicidaires à la suite d’une rupture amoureuse démontre que les personnes qui vivent une rupture amoureuse sont quatre fois plus susceptibles de vivre un épisode dépressif (Brassard et al., 2018). De plus, une autre étude faite par des chercheurs de l’Université de la Colombie-Britannique démontre que plus de 95% des hommes ayant vécu une rupture amoureuse ont souffert d’anxiété, de dépression ou d’idées suicidaires (Agence QMI., 2022). Bien que la plupart des individus perçoivent la rupture amoureuse comme un rite de passage, cet événement provoque une souffrance réelle qui mobilise les mêmes régions neuronales que la douleur physique.
La rupture amoureuse.
Quand nous vivons une peine d’amour, nous comprenons comment la personne peut se sentir, mais que se passe-t-il concrètement dans le cerveau? La rupture amoureuse active les réseaux cérébraux qui concernent l’affection, la récompense et la détresse (Eisenberger., 2012). Les régions qui concernent ces états sont l’insula antérieure et le cortex cingulaire antérieur dorsal (Eisenberger., 2012). Ces régions sont impliquées dans le sentiment de détresse vécu par la personne et la perception que la personne aurait de la rupture. D’une part, l’insula antérieure s’occupe de la composante affective de la douleur, soit le bagage douloureux associé à la rupture amoureuse. (Eisenberger., 2012) Cette région a pour fonction de transformer une douleur abstraite en une douleur que nous allons ressentir physiquement (Eisenberger., 2012). C’est donc cette région qui sera responsable de la sensation que nous avons lorsque nous avons l’impression d’avoir « une boule au ventre ». Alors, quand la personne séparée se remémore sa rupture, c’est l’insula antérieure qui s’active (Kross et al., 2011). D’autre part, le cortex cingulaire antérieur dorsal s’active lorsque nous sommes en présence d’une menace (Eisenberger., 2012). De ce fait, nous pouvons observer la rupture amoureuse sous une perspective évolutionniste. En effet, la présence des autres était essentielle pour la survie et c’est pour cette raison que le cerveau traite la rupture comme un signal d’alarme majeur (Eisenberger., 2012). Cette région mène ainsi l’individu à trouver la motivation d’agir afin de se protéger de cette situation désagréable (Eisenberger., 2012). Alors, le cortex cingulaire antérieur dorsal détecte la menace et l’insula antérieure encode la souffrance que nous ressentons. En ce sens, Sonia Lupien mentionne que le cerveau voit la rupture comme une perte de sécurité, ce qui met la personne dans un état d’hypervigilance émotionnelle. (Radio-Canada., 2022)
De plus, la sensibilité individuelle de ces circuits neuronaux explique pourquoi certaines personnes seront plus affectées par une rupture amoureuse et d’autres moins. En ce sens, certaines personnes ont une réactivité plus intense de ces régions tandis que d’autres ont une activation davantage modérée (Eisenberger et al., 2012).
Bien que la rupture amoureuse active le cortex cingulaire antérieur dorsal et l’insula antérieure, cet événement active aussi les régions sensorimotrices sollicitées en cas de douleur physique, dont le cortex somatosensoriel secondaire et l’insula postérieure (Kross et al., 2011). Cette explication donne alors tout son sens à l’expression « avoir le cœur brisé » (Kross et al., 2011). Cela nous permet de comprendre que le cerveau traite une peine d’amour comme une réelle blessure physique.
En outre, pour une blessure physique, il suffit de la couvrir d’un pansement, d’un plâtre ou encore d’une pommade pour la guérir, mais qu’en est-il pour un cœur brisé? Depuis le début, nous observons que la rupture amoureuse a des répercussions sur nos circuits neuronaux et cela nous amène à percevoir une sensation de souffrance. Somme toute, bien qu’il s’agisse de processus innés, il existe tout de même certaines méthodes, comme la réévaluation cognitive, permettant de gérer cette période désagréable. Cette technique consiste à interpréter la situation sous un regard différent en éprouvant moins d’émotions négatives et davantage d’émotions positives (Gross et John., 2003). L’objectif de cette méthode est d’éviter de refouler notre souffrance et d’ainsi s’abstenir de tomber dans le trou noir que peut causer une rupture amoureuse (Gross et John., 2003).
Texte révisé par Sofia Chemani.
Références :
Agence QMI. (2022). Rupture amoureuse : un choc majeur émotionnel chez les hommes. Journal de Montréal. https://www.journaldemontreal.com/2022/02/13/sante- mentale-les-hommes-plus-a-risque-apres-une-rupture-amoureuse-1
Brassard, A., St-Laurent Dubé, M., Gehl, K. & Lecomte, T. (2018). Attachement amoureux, symptômes dépressifs et comportements suicidaires en contexte de rupture amoureuse. Santé mentale au Québec, 43(1), 145–162. https://doi.org/10.7202/1048899ar
Eisenberger, Naomi I. (2012). The Neural Bases of Social Pain: Evidence for Shared Representations with Physical Pain. Psychosomatic Medicine 74(2): p 126-135, DOI: 10.1097/PSY.0b013e3182464dd1
E. Kross, M.G. Berman, W. Mischel, E.E. Smith, & T.D. (2011) Wager, Social rejection shares somatosensory representations with physical pain, Proc. Natl. Acad. Sci. U.S.A. 108 (15) 6270-6275, https://doi.org/10.1073/pnas.1102693108
Lupien, S. (2022). Pourquoi les peines d’amour font si mal au cerveau. Entrevue radiographique. Radio-Canada Ohdio. https://ici.radio- canada.ca/ohdio/premiere/emissions/penelope/segments/entrevue/351050/coeur- brise-rupture-amour-cerveau-sonia-lupien
Gross, J. J., & John, O. P. (2003). Individual differences in two emotion regulation processes: implications for affect, relationships, and well-being. Journal of personality and social psychology, 85(2), 348–362. https://doi.org/10.1037/0022- 3514.85.2.348
Image : Canva. (2026). Image adaptée : Illustration du cerveau humain et cœur brisé [Image]. https://www.canva.com


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