Stress, hormones et mythes – Par Hiba El Assouli

Les films, les publicités et, surtout, les médias sociaux véhiculent de nombreux clichés sur les hormones et le stress. « Le stress tue, le stress guérit, le stress boost la performance », ou encore « des cocktails pour réguler le cortisol ». Ces idées simplistes se propagent sans filtre, nourrissant des croyances erronées et souvent alarmistes. À une époque où l’information circule à une vitesse fulgurante, il devient difficile de démêler le vrai du faux. Nombreux sont les influenceurs qui, en s’appuyant sur des bribes de science, diffusent des informations trompeuses. Face à cela, il est de notre responsabilité de cultiver un esprit critique et de ne pas se laisser influencer par des discours non fondés. Cet article se propose de démystifier certains des mythes populaires, qui génèrent souvent une inquiétude inutile. Le syndrome de Cushing, le stress et le fameux « cortisol cocktail » seront au cœur de cette réflexion.

Mythe 1 : Syndrome de Cushing ou le « cortisol face ».

Il suffit de taper « cortisol face » dans la barre de recherche TikTok pour tomber sur une multitude de soi-disant astuces miracles censées guérir le syndrome de Cushing. Des « tips glow-up », des suppléments magiques et toutes sortes de recettes visant à traiter une maladie que seuls de vrais spécialistes peuvent diagnostiquer. Ces vidéos récoltent des millions de vues, et les commentaires révèlent la détresse de certain.e.s à l’idée de se procurer ces suppléments ou de croire aveuglément ces influenceurs. Mais qu’est-ce qu’exactement le syndrome de Cushing, ou encore le « visage du cortisol » ? 

Le syndrome de Cushing est une pathologie endocrinienne très rare causée par un excès chronique et pathologique de glucocorticoïdes (comme le cortisol), l’hormone du stress (Reincke & Fleseriu, 2023). Sa prévalence reste mal connue, mais elle est estimée entre 1,8 et 2,5 cas par million de personnes (Guignat, 2014). Diagnostiquer cette maladie est l’un des plus grands défis en endocrinologie clinique. Deux grandes étapes sont cruciales : d’abord, un diagnostic clinique et biologique du syndrome, suivi d’un diagnostic différentiel pour en déterminer l’origine (Guignat, 2014). Parmi les causes fréquentes, on retrouve une prise prolongée de corticoïdes, une tumeur hypophysaire qui stimule excessivement les glandes surrénales, une tumeur des surrénales, ou encore une sécrétion ectopique d’ACTH (l’hormone produite par l’hypophyse qui envoie un signal aux glandes surrénales pour qu’elles fabriquent du cortisol). (Tabarin et al., 2008). 

Bref, ce processus est complexe, long, et nécessite la collaboration de plusieurs spécialistes dont des cliniciens, biologistes, radiologistes et neurochirurgiens. Il est donc inconcevable que quelques vidéos TikTok suffisent à poser ce diagnostic, encore moins à proposer un « remède ». Non, visionner une vidéo intitulée « Tu as officiellement le syndrome de Cushing si… » ne remplace pas une vraie consultation. Lorsqu’un doute survient, mieux vaut consulter un médecin qu’un algorithme.

Mythe 2 : Le stress, c’est toujours mauvais. 

Le stress, souvent perçu comme un mal du 21e siècle, est en réalité une réponse biologique essentielle que notre corps active face à un défi. Cette réaction repose notamment sur l’activation de l’axe HPS, soit l’axe hypothalamo-pituito-surrénalien, qui déclenche la libération du cortisol, l’hormone dite du stress (Jamieson et al., 2013). Sans stress, l’humain n’aurait jamais survécu puisque c’est en fait une réponse relevant d’un mécanisme de survie ancestral. Effectivement, si le stress était réellement toujours néfaste, notre espèce aurait disparu depuis bien longtemps. Mais alors, pourquoi ce mythe continue-t-il de faire autant d’adeptes ?

Contrairement à une croyance répandue, ce n’est pas le stress en soi qui est nocif, mais sa chronicité. Le stress aigu et le stress chronique sont deux termes souvent confondus, rendant ce mythe si populaire. Le stress aigu est ponctuel, de courte durée et surtout, une réaction normale. Il est ressenti avant une présentation, un examen, ou encore un match et, contrairement à la pensée populaire, il peut même être bénéfique (Degroote et al., 2020). Il est composé de deux phases : la réaction d’alarme, où se déclenche l’adrénaline en quelques secondes, et la phase de résistance, où le cortisol entre en jeu. Pendant que l’adrénaline agit directement sur le corps et rend plus éveillé et vigilant (pupilles dilatées, le rythme cardiaque augmente, etc.), le cortisol a un effet sur les fonctions cognitives. Ces deux phases, ensemble, assurent la survie de l’espèce. C’est le stress chronique, celui qui ne redescend jamais, qui épuise le corps et l’esprit. Enchaîner, sans pause, une phase d’alarme et de résistance, pendant une durée prolongée et répétée, sans permettre au corps de récupérer, mène à l’épuisement et nuit à la santé (Lupien, McEwen, Gunnar, & Heim, 2009). Voilà le véritable stress négatif.

Il existe donc bel et bien un stress positif. Le stress aigu, un allié méconnu, est indispensable. Il augmente la concentration, accélère les réflexes et mobilise l’énergie. Par exemple, lorsqu’on se rappelle soudainement d’un travail à rendre dans quelques heures, c’est le cortisol qui fournit l’énergie nécessaire pour se mobiliser rapidement et rester éveillé, bien plus que n’importe quelle boisson énergisante. Plusieurs recherches montrent que croire que le stress est bénéfique améliore les performances. À l’inverse, percevoir le stress comme un ennemi l’amplifie. Une simple exposition à de l’information valorisant les bienfaits du stress peut améliorer ce « mindset » et entraîner de meilleurs résultats psychologiques  (Crum, Salovey, & Achor, 2013). En somme, le stress n’est ni un ennemi à fuir, ni une fatalité destructrice. C’est un signal puissant, un moteur essentiel à la survie et à la performance, à condition de savoir le comprendre et l’apprivoiser.

Mythe 3 : Le cortisol cocktail . 

Pensant que cette tendance disparaîtrait en 2024, elle est pourtant toujours bien vivante aujourd’hui. Des cocktails font le tour des réseaux et prétendent réguler le taux de cortisol dans le corps.  Ce n’est pas dangereux en soi. Après tout, ces cocktails sont souvent bons à boire, hydratants et plutôt « fancy », mais il faut garder en tête qu’ils n’ont aucun lien réel avec la régulation des glandes surrénales ou la réduction du stress. Présentés comme la potion magique capable d’équilibrer les hormones et de gérer le stress, ces produits vendent une illusion sans réel fondement scientifique. Ce mélange flashy d’eau de coco, de jus d’orange, de sel de mer et autres ingrédients est présenté comme un remède miracle et génère des millions de vues et trompe plusieurs personnes qui tombent dans le piège sans questionner la validité de ce mythe bien séduisant.

En réalité, aucune preuve scientifique sérieuse ne vient appuyer l’idée que ce cocktail puisse agir sur les glandes surrénales ou modifier les niveaux de cortisol. En effet, c’est une hormone régulée par un système biologique sophistiqué impliquant l’axe hypothalamo-hypophyso-surrénalien, et non par une boisson sucrée. Les déséquilibres hormonaux sont des processus complexes qui impliquent une régulation fine et dynamique. Ces déséquilibres résultent souvent d’un stress chronique prolongé qui perturbe la boucle de rétroaction de cet axe, ce qui ne peut être corrigé simplement par des suppléments ou des boissons (Miller, Chen et Zhou (2007)). L’apport ponctuel d’électrolytes ou de vitamines, aussi bénéfique soit-il pour l’hydratation ou la santé générale, ne peut en aucun cas « recalibrer » ou « équilibrer » les hormones du stress. La restauration d’un équilibre hormonal nécessite un suivi médical adapté et une compréhension approfondie des mécanismes biologiques, bien loin des solutions simplistes vendues sur les réseaux sociaux.

Plutôt que de se laisser hypnotiser par ce genre de « solutions miracles » relayées par des influenceurs parfois peu qualifiés, il est crucial de développer un esprit critique face à ces tendances. Le stress et ses effets sur le corps méritent une approche sérieuse, fondée sur des données scientifiques solides et encadrée par des professionnels de santé. Avant de boire un cocktail viral, mieux vaut questionner la source, comprendre la physiologie et privilégier des méthodes éprouvées plutôt que des formules marketing. Le mythe du « cortisol cocktail » n’est qu’une autre victime de la surmédiatisation, à déconstruire sans hésiter.

Bref, la diffusion massive de mythes sur le stress et les hormones, qu’il s’agisse du syndrome de Cushing qualifié de « cortisol face », de l’idée que le stress est systématiquement nocif ou du fameux « cortisol cocktail » vendu comme une potion magique, révèle l’urgence de développer un esprit critique face aux discours viraux. Derrière ces tendances séduisantes, il y a souvent peu, voire aucune base scientifique. Réguler le stress et les hormones ne se fait pas avec des recettes miracles, mais avec des habitudes de vie saines et un vrai suivi médical. Entre science et pseudoscience, la différence ne tient parfois qu’à un filtre Instagram.

Texte révisé par Nour Zahra.

Références : 

Miller, G. E., Chen, E., & Zhou, E. S. (2007). If it goes up, must it come down? Chronic stress and the hypothalamic-pituitary-adrenocortical axis in humans. Psychological Bulletin, 133(1), 25-45. https://doi.org/10.1037/0033-2909.133.1.25

Reincke, M., & Fleseriu, M. (2023). Cushing syndrome: A review. JAMA330(2), 170–181. https://doi.org/10.1001/jama.2023.11305 (Explique ce qu’est le syndrome de cushing)

Tabarin, A., Bardet, S., Bertherat, J., Dupas, B., Chabre, O., Hamoir, E., … Société Française d’Endocrinologie. (2008). Exploration and management of adrenal incidentalomas: French Society of Endocrinology consensus. Annales d’Endocrinologie, 69(6), 487–500. https://doi.org/10.1016/j.ando.2008.09.003

Guignat, L., & Bertherat, J. (2014). Syndrome de Cushing : quand y penser ? Comment l’affirmer ? Presse Médicale43(4), 366–375. https://doi.org/10.1016/j.lpm.2014.02.005

Lupien, S. J., McEwen, B. S., Gunnar, M. R., & Heim, C. (2009). Effects of stress throughout the lifespan on the brain, behaviour and cognition. Nature Reviews Neuroscience, 10(6), 434–445.
https://doi.org/10.1038/nrn2639

Jamieson, J. P., Mendes, W. B., & Nock, M. K. (2013). Improving acute stress responses: The power of reappraisal. Current Directions in Psychological Science, 22(1), 51–56.
https://doi.org/10.1177/0963721412461500

Degroote, C., Schwaninger, A., Heimgartner, N., Hedinger, P., Ehlert, U., & Wirtz, P. H. (2020). Acute stress improves concentration performance. Experimental Psychology, 67(2), 88–98. https://doi.org/10.1027/1618-3169/a000481

Crum, A. J., Salovey, P., & Achor, S. (2013). Rethinking stress: The role of mindsets in determining the stress response. Journal of Personality and Social Psychology, 104(4), 716–733. https://doi.org/10.1037/a0031201

WebMD. (2025, avril). Cortisol Cocktails (Adrenal Cocktails): What They Are and How They’re Madehttps://www.webmd.com/balance/stress-management/adrenal-cocktail


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