Comment l’idéalisation amoureuse nous mène-t-elle à la désillusion ? – Par Kholoud Fathy

Nous sommes arrivé.e.s au moment de l’année où nous fêtons l’amour. En ce mois de février, la Saint-Valentin nous donne l’occasion de commémorer notre amour envers, traditionnellement, notre partenaire, mais aussi envers les membres de notre famille ou encore nos ami.e.s. C’est le moment de dire à ces personnes à quel point elles sont importantes pour nous et de nous rappeler qu’il faut chérir cet amour. L’amour est un sentiment si puissant qu’il nous permet de vivre des expériences impactantes et dont nous allons nous souvenir toute notre vie. Surtout quand nous pensons trouver la bonne personne, nous tombons si fort amoureux.ses que nous en oublions la réalité des choses.

Mais, comment tombons-nous amoureux ? Pourquoi cette personne nous fait-elle plus d’effet qu’une autre ? Qu’est-ce que l’amour? Et enfin, comment l’idéalisation amoureuse nous amène-t-elle à la désillusion ?

Tout d’abord, il faut prendre en compte que l’humain est un être social. Il a besoin de contact social pour vivre. L’amour est inclus dans ce contact. En effet, quand nous tombons amoureux.ses, tout notre corps se met en alerte : notre rythme cardiaque s’accélère, nos pupilles se dilatent. Ce sont tous des signes que nous sommes stressé.e.s en présence de la personne qui nous fait réagir de la sorte. Aussi, notre corps produit de l’adrénaline, qui nous donne cette fameuse sensation des « papillons dans le ventre ». Voilà ce qu’est l’amour.

Pour être plus précis, l’amour est le fondement de tout type de relation. Qu’elle soit amicale ou amoureuse, c’est une poussée inconsciente qui amène la personne à investir et à concrétiser la relation qu’elle souhaite. Cette poussée inconsciente est plaisante pour la personne, mais cela peut aller jusqu’à l’envahissement et la désillusion. D’après Freud, l’amour est l’affect dans sa forme la plus pure qu’elle puisse être. C’est ce qui permet d’entretenir la relation entre deux personnes.

Selon une étude de l’université Rutger, les auteurs ont conclu que le fait d’être amoureux est comparable à la sensation de dépendance à la drogue. En effet, dans les deux cas les effets sont similaires : la libération de la dopamine, l’ocytocine, l’adrénaline et de la vasopressine. La libération de ces hormones permet aux partenaires de créer et de renforcer leur lien amoureux. Et tout comme l’addiction à la drogue, il y a aussi l’effet du manque. Quand nous ne sommes pas avec la personne que nous chérissons, il y a une augmentation de la corticotrophine qui accentue les symptômes de l’anxiété ou bien de la dépression. En gros, être avec notre partenaire nous donne un plaisir qui est renforcé par le système de la récompense tout comme dans les cas d’une addiction.

Mais ce qui perpétue le sentiment amoureux dans le couple est l’ocytocine. L’ocytocine joue un rôle dans l’empathie, dans la confiance à l’autre et, notamment, dans la consolidation de sentiments amoureux. Elle permet à la relation de durer dans le temps et au couple de dépasser la phase initiale de la passion.

Comme mentionné plus haut, l’amour peut être comparé à l’effet d’une addiction à une drogue, et ce, avec raison. Quand nous tombons amoureux et que nous acceptons d’être en relation avec la personne que nous aimons, nous sommes conscient.e.s que nous serons dépendant.e.s de cette personne. Nous cherchons constamment l’attention de l’autre, l’envie de lui partager tout ce qui se passe dans notre tête, ou encore nous le désirons au plus profond de notre être. Il faut savoir s’abandonner, lâcher tous nos carapaces et nos peurs pour pouvoir ressentir et exprimer ce sentiment dans toute son intégralité. Mais n’oublions pas que cet abandon et cette ouverture envers l’autre ont ces forces et ces faiblesses.

Les forces sont le fait de vivre quelque chose de merveilleux, ressentir le sentiment d’être aimé en retour et le plaisir de partager avec notre autre moitié. Les faiblesses sont la dépendance et la déception. En possédant beaucoup trop d’attentes, il peut arriver que nous soyons déçu.e.s au moment tant attendu. Les attentes ayant dépassé la réalité, nous nous retrouvons dans une impasse où nous nous demandons comment s’en sortir. Il y a aussi la peur de trop s’ouvrir et de se sentir vulnérable qui peut faire en sorte que la personne se renferme sur elle-même et se prive de ses désirs et, par conséquent, se prive de vivre son histoire d’amour. C’est pour ces raisons qu’il faut savoir prendre du recul dans cette situation. Il ne faut pas oublier de prendre en compte que même si tomber en amour peut être la chose la plus merveilleuse que nous puissions vivre, nous pouvons souffrir de cet amour de toutes les façons. Nos désirs ont un prix qui peut être fatal, mais malgré tout, nous décidons quand même de les suivre. La question que nous devons se poser est : est-ce que ça vaut vraiment la peine ? Parfois, succomber à nos sentiments amoureux et être vulnérable en vaut la peine.

Ce qu’il faut retenir de tout cela, c’est qu’il est normal d’avoir une certaine désillusion dans notre amour. Cependant, il doit rester modéré, parce que cette désillusion peut nous conduire dans une relation plus que malsaine ou encore nous conduire à faire des comportements ou/et des choix que nous pouvons regretter. Il ne faut pas oublier que l’amour demande beaucoup de nous-même. Le phénomène de s’ouvrir, de s’abandonner à l’autre ou, tout simplement, de chercher constamment la présence de notre partenaire, nous amène à être dépendant.e de l’autre et nous rend vulnérable. Cela dit, nous restons des humains, des êtres qui cherchent et qui ont besoin du contact social pour survivre. Ne pas succomber à l’amour c’est presque dire que c’est nocif pour notre santé, qu’elle soit physique ou mentale. Il faut rester raisonnable dans nos choix, nos décisions et savoir prendre du recul.

Références :

Bonnet, G. (2024). L’amour, le ferment de l’existence. In Press

https://shs.cairn.info/l-amour–9782848359038?lang=fr

Jeammet, P. (2015). L’amour, ce lien vital. L’état amoureux à l’adolescence (n.606, p.8-9). Érès.

https://shs.cairn.info/revue-l-ecole-des-parents-2014-1-page-8?lang=fr

National Geographic. (2023). L’état amoureux, une dépendance irrésistible. https://www.nationalgeographic.fr/sciences/etat-amoureux-une-dependance-irresistible-streaming 

Image : Kich, A. (2017, 25 mars). Main s’étirant pour l’une des nombreuses vieilles clés vintage. [image en ligne]. iStock. https://www.istockphoto.com/fr/photo/main-sétirant-pour-lune-des-nombreuses-vieilles-clés-vintage-gm657851674-119964519


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