Développée dans les années 1980 par la psychologue clinicienne Sue Johnson, la thérapie centrée sur les émotions (TCÉ) constitue un modèle thérapeutique qui a été largement validé par la recherche (Belgram-Perkins, 2023). Celui-ci est principalement utilisé dans la thérapie de couple (Belgram-Perkins, 2023). La TCÉ conceptualise la détresse conjugale par la combinaison de deux perspectives cliniques, soit l’expérientielle et la systémique (Emond, 2025). Dans la perspective expérientielle, l’accent est mis sur l’exploration approfondie du vécu émotif de chaque partenaire, tandis que la perspective systémique place l’expérience de l’individu dans la situation de cycles interactionnels entre les partenaires (Emond, 2025).
La TCÉ est fondée sur la théorie de l’attachement de Bowlby (Morin-Turmel et al, 2020). En effet, les difficultés conjugales sont en lien avec les difficultés d’attachement (Emond, 2025). Ainsi, les conflits conjugaux sont issus de besoins d’attachement qui n’ont pas reçu de réponse ou qui n’ont pas été satisfaits correctement (Emond, 2025). Trois différentes dimensions caractérisent la qualité et la sécurité du lien d’attachement dans une relation amoureuse (Emond, 2025). D’abord, il y a l’accessibilité qui correspond à la disponibilité et à l’ouverture à la connexion émotionnelle (Emond, 2025). Ensuite, vient l’engagement émotionnel, soit la présence, l’implication et la connexion émotionnelle (Emond, 2025). Lorsque des comportements du partenaire (ex : ton froid, retrait, critique) sont perçus comme une menace au lien d’attachement, l’autre partenaire adopte une stratégie d’attachement typique, l’hyperactivation ou la désactivation, pour faire face à celle-ci (Emond, 2025). Lorsque le lien d’attachement est menacé à répétition et qu’il n’y a pas de résolution, la détresse conjugale fait son apparition et il y a émergence d’un cycle d’interactions rigides (Emond, 2025). En situation d’instabilité et de vulnérabilité, les partenaires peuvent adopter l’une des deux positions possibles dans le cycle relationnel (Emond, 2025).
D’une part, la position de poursuite provient de l’hypersensibilité et de la détection rapide d’une diminution affective (Emond, 2025). Lorsque l’individu est en poursuite, les comportements qu’il adopte pour alimenter le cycle ont pour objectif de rétablir la proximité affective (ex : chercher à discuter, vouloir clarifier, insister, blâmer l’autre ou mettre de la pression pour qu’il y ait un changement) (Emond, 2025). Cette position est souvent liée à la composante d’anxiété d’abandon dans l’attachement à l’âge adulte (vision de soi négative, hyperactivation du système d’attachement) (Emond, 2025). D’autre part, la position de retrait dans le cycle relationnel découle de l’hypersensibilité et de la détection rapide d’une demande soudaine de proximité affective (Emond, 2025). Lorsque l’individu est en retrait, il adopte des comportements qui visent à créer une distance (ex : éviter, se taire et se refermer, être sur la défensive ou se montrer évitant lors de la discussion) (Emond, 2025). Cette position est souvent associée à la composante d’évitement de l’intimité dans l’attachement à l’âge adulte (vision des autres négative, désactivation du système d’attachement) (Emond, 2025).
Dans la TCÉ, les émotions occupent une place importante (Emond, 2025). Il est possible de distinguer deux niveaux d’émotions, soit le niveau primaire et le niveau secondaire (Emond, 2025). Les couples qui vivent de la détresse conjugale ont l’habitude d’exprimer principalement des émotions secondaires (Emond, 2025). Ces dernières sont plus faciles à exprimer et considérées comme plus dures (ex : émotions plus agressives de critiques et de reproches, colère) (Emond, 2025). Les émotions primaires qui sont non-avouées ou inexprimées et dites plus vulnérables sont celles qui devraient être privilégiées. (Emond, 2025).
La TCÉ est une intervention brève qui s’échelonne généralement sur une période de 8 à 25 séances (Morin-Turmel et al, 2020). Ce modèle thérapeutique est composé de trois stades distincts qui se subdivisent en neuf étapes successives (Morin-Turmel et al, 2020). Le premier stade, la désescalade ou la désintensification, a pour objectif de réduire l’intensité de la dynamique d’interaction (Morin-Turmel et al, 2020). Cela s’effectue par la création d’une alliance thérapeutique solide (étape 1), par l’identification du cycle interactionnel et des positions adoptées par chaque partenaire (étape 2), par la reconnaissance des émotions primaires qui sous-tendent cette dynamique (étape 3) ainsi que par la vision suivante du problème : le conflit n’est plus perçu comme la faute de l’un ou de l’autre des partenaires, mais bien comme un cycle d’interaction (étape 4) (Morin-Turmel et al, 2020). Le deuxième stade a pour but de retransformer les interactions (Morin-Turmel et al, 2020). Les partenaires sont amenés à reconnaître leurs propres besoins d’attachement et les émotions vulnérables qui s’y rattachent (étape 5), à accepter de manière empathique les nouvelles expériences émotionnelles du partenaire (étape 6) et l’expression directe de leurs besoins et émotions à l’autre (étape 7) (Morin-Turmel et al, 2020). La troisième étape, la consolidation et l’intégration, repose sur le maintien des acquis (Morin-Turmel et al, 2020). Les partenaires revisitent les problèmes antérieurs pour y apporter de nouvelles solutions (étape 8) en consolidant les modes d’interaction sécurisants en ce qui concerne l’attachement (étape 9) (Morin-Turmel et al, 2020). En somme, la TCÉ ne vise pas seulement la réduction des symptômes de détresse, mais cherche à assurer la stabilisation de l’engagement émotionnel dans le couple au long terme (Morin-Turmel et al, 2020).
Texte révisé par Aya Benbacer.
Références :
Belgram-Perkins, A. (2023). La Thérapie centrée sur les émotions : C’est le lien qui compte. Psychologues et Psychologies, 287(5), 016-020. https://doi.org/10.3917/pep.287.0003d
Efficacité de la thérapie de couple axée sur l’émotion : Recension des écrits scientifiques et analyse critique – Revue québécoise de psychologie. (s. d.). Érudit. Consulté 19 janvier 2026, à l’adresse https://www.erudit.org/fr/revues/rqpsy/2020-v41-n3-rqpsy05851/1075472ar/resume/
Emond, M. (2025, 10 novembre). Thérapie conjugale centrée sur l’émotion [présentation d’une conférencière invitée]. Département de psychologie, Université de Montréal. StudiUM. https://studium.umontreal.ca/pluginfile.php/10731030/mod_resource/content/1/The%CC%81rapie%20conjugale%20centre%CC%81e%20sur%20les%20e%CC%81motions_A2025.pdf
Image : Gariev, V. (2024, 6 mai). Homme-couple-gens-personnes [image en ligne]. Pexels. https://www.pexels.com/fr-fr/photo/homme-couple-gens-personnes-23496506/


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