Pourquoi tombons-nous amoureux plus vite à certains moments de notre vie ? Exploration des fenêtres de vulnérabilité affective – Par Alice Lemay

Parfois, nous ne prévoyons pas « tomber amoureux ». Pourtant, cela arrive souvent rapidement et malgré nous. Alors, pourquoi certaines périodes de la vie rendent-elles plus propices à ce phénomène, soit l’attachement amoureux? L’amour n’apparaît pas au hasard : il émerge plus facilement dans des fenêtres psychologiques spécifiques. Ce phénomène peut s’expliquer par la neurobiologie, l’attachement et les transitions de vie, comme il sera exploré dans cet article.

Le cerveau amoureux.

L’amour peut être analysé d’un point de vue neuropsychologique. Lorsque nous tombons amoureux, il y a une activation du système de récompense dopaminergique (De Boer et al., 2012) : la libération de dopamine contribue au caractère motivationnel et au désir lié à l’amour. D’ailleurs, Fisher et al. (2006) mentionnent que l’amour romantique serait un système motivationnel caractérisé par une attention focalisée sur un individu, une exaltation et des pensées intrusives. Ceci explique l’intensité que l’on vit lorsque nous sommes amoureux. C’est une baisse de sérotonine lorsque nous tombons amoureux qui serait en cause de cet état obsessionnel ainsi que d’une perte de contrôle (Marazziti et al., 2021). Aussi, l’ocytocine serait libérée en plus grande quantité, ce qui favoriserait l’établissement d’un lien de confiance et d’un sentiment de sécurité émotionnelle (De Boer et al., 2012).

Toutefois, lorsque nous tombons amoureux, le contexte situationnel dans lequel la rencontre survient a aussi un impact. Une activation physiologique plus élevée pourrait augmenter l’attraction ressentie envers une personne à ce moment précis, ce qui favorise l’établissement d’une connexion (Dutton et Aron, 1974). Ce même état physiologique pourrait être interprété comme de la peur ou de l’attraction, selon l’interprétation cognitive que chaque personne en fait.

Les transitions de vie.

Selon Bowlby (1988), les comportements d’attachement ont lieu lorsqu’une personne vit de l’anxiété, de la peur, une maladie ou de la fatigue. Ainsi, les plus grandes transitions de la vie seraient des moments où nous sommes plus à risque de tomber amoureux. Par exemple, une rupture amoureuse, le début ou la fin des études, un déménagement, un nouveau travail, un deuil ou la perte d’un être important, une crise identitaire, ou encore une remise en question. Ces périodes ont toutes en commun une perte de repères, une identité en redéfinition et possiblement un besoin accru de connexion. Ces facteurs peuvent entraîner une anxiété chez la personne qui vit la transition. Ces personnes peuvent aussi ressentir une menace, un stress ou une incertitude, ce qui active le système d’attachement et intensifie les comportements de recherche de proximité (Mikulincer & Shaver, 2016). La présence d’une figure d’attachement donne à la personne une impression de sécurité, ce qui diminue l’anxiété vécue durant cette période (Bowlby, 1988) qui peut être vécue comme un soulagement.

Attachement accéléré.

Contrairement à ce que nous pourrions penser, le stress n’annule pas l’amour. Il peut même l’amplifier. En effet, le stress est lié à une activation émotionnelle. Nous cherchons donc un apaisement et une régulation externe (Mikulincer & Shaver, 2016). Puisque l’intensité émotionnelle que nous vivons peut être interprétée comme une attirance, cette vulnérabilité peut donc créer un attachement. Effectivement, lorsque nous nous sentons compris.e.s, nous vivons un soulagement émotionnel, et notre activation diminue (Bowlby, 1988). Cette situation serait propice à ce qu’une certaine intimité se crée plus rapidement.

L’influence des styles d’attachement.

Les principaux styles d’attachement sont l’attachement sécure, anxieux et évitant (Bowlby, 1988). L’amour romantique serait lié à un processus d’attachement, donc il pourrait varier selon le style d’attachement de chaque individu (Hazan et Shaver, 1987). Les individus ayant un attachement anxieux auraient tendance à chercher une proximité intense et à avoir une peur de l’abandon, en raison d’une hyperactivation de leur système d’attachement. Ils vivraient donc un attachement rapide et intense. Au contraire, les individus ayant un attachement évitant auraient tendance à supprimer leurs besoins d’attachement, en raison d’une désactivation de leur système d’attachement (Mikulincer et Shaver, 2016). Il y aurait donc possiblement un retrait après l’intensité initiale vécue. Ces différents styles d’attachement montrent que, même si certains processus physiologiques sont présents chez tous les individus, les comportements que la personne adoptera vont au-delà de la neurobiologie.

Attachement rapide sain VS problématique.

Tomber amoureux rapidement dans le cadre d’une transition où nous vivons un stress important peut être une bonne chose, mais pas dans tous les cas. Lorsque la connexion est réciproque, que les limites sont respectées et qu’un sentiment mutuel est présent, cet attachement rapide peut mener à une relation saine et stable. Il y aurait un attachement possiblement sécure, ainsi qu’un sentiment de sécurité et une autonomie (Mikulincer et Shaver, 2016; Bowlby, 1988). Toutefois, cette rapidité peut aussi constituer un signal d’alerte. En effet, il peut y avoir une dépendance émotionnelle chez un ou chez les deux individus, un besoin de validation intense, une peur constante de rejet ainsi qu’une confusion entre amour et soulagement émotionnel. Dans cette situation, l’attachement entre les deux personnes ne serait pas optimal, puisqu’il serait insécure et utilisé comme stratégie de régulation émotionnelle. Il y aurait aussi une peur de la perte ainsi qu’une fusion possible (Mikulincer et Shaver, 2016; Bowlby, 1988).

Prendre du recul.

Ainsi, que faire lorsque nous nous attachons rapidement ? Dans ce genre de situation, il peut être pertinent de se questionner sur ce que l’autre personne nous apporte émotionnellement, et si nous fuyons quelque chose. Il est primordial d’apprendre à distinguer l’intensité émotionnelle et la compatibilité, ainsi que de comprendre que l’attachement n’est pas nécessairement lié à un amour durable, selon la situation.

Conclusion.

En conclusion, le moment précis de notre vie où nous tombons amoureux peut avoir un impact sur la façon dont nous tombons amoureux. L’amour peut donc être révélateur de besoins et de vulnérabilités personnels. L’amour est une expérience profondément humaine et émotionnelle. L’amour agit alors comme un miroir psychologique dynamique. Comprendre pourquoi nous tombons amoureux rapidement n’est donc pas une façon de remettre en question ce que nous ressentons, mais bien de comprendre nos émotions et nos besoins à travers certaines transitions importantes.

Texte révisé par Virginie Desfrièches.

Références :

Bartels, A., & Zeki, S. (2000). The neural basis of romantic love. NeuroReport, 11(17), 3829–3834. https://doi.org/10.1097/00001756-200011270-00046 

Bowlby, J. (1988). A secure base: Parent-child attachment and healthy human development. Basic Books. 

De Boer, A., van Buel, E. M., & Ter Horst, G. J. (2012). Love is more than just a kiss: a neurobiological perspective on love and affection. Neuroscience, 201, 114–124. https://doi.org/10.1016/j.neuroscience.2011.11.017

Dutton, D. G., & Aron, A. P. (1974). Some evidence for heightened sexual attraction under conditions of high anxiety. Journal of Personality and Social Psychology, 30(4), 510–517. https://doi.org/10.1037/h0037031 

Fisher, H. E., Aron, A., & Brown, L. L. (2006). Romantic love: A mammalian brain system for mate choice. Philosophical Transactions of the Royal Society, 361(1476), 2173–2186. https://doi. 

org/10.1098/rstb.2006.1938

Hazan, C., & Shaver, P. R. (1987). Romantic love conceptualized as an attachment process. Journal of Personality and Social Psychology, 52(3), 511–524. https://doi.org/10.1037/0022-3514.52.3.511 

Marazziti, D., Palermo, S., & Mucci, F. (2021). The Science of Love: State of the Art. Advances in experimental medicine and biology1331, 249–254. https://doi.org/10.1007/978-3-030-74046-7_16 

Mikulincer, M., & Shaver, P. R. (2016). Attachment in adulthood: Structure, dynamics, and change (2nd ed.). Guilford Press. https://www.academia.edu/34596672/Attachment_in_Adulthood_Structure_Dynamics_and_Change_Mario_Mikulincer_PhD_Phillip_R_Sha_pdf 

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