Qu’est-ce que la cyberdépendance ?
À la différence de plusieurs autres formes de dépendances, la cyberdépendance ne fait toujours pas l’objet d’une définition unanime au sein de la communauté scientifique (Verreault, 2017). Bien que le concept de cyberdépendance soit relativement récent et fasse encore l’objet de nombreux débats, il reste possible de le définir comme étant globalement « une utilisation des technologies ou des moyens de communication offerts par Internet qui engendre des difficultés chez l’individu » et dont « la surutilisation amène un sentiment de détresse et des difficultés au niveau psychologique, social ou professionnel » (Daris et Bernier, s.d.). On peut ainsi comprendre que la cyberdépendance se caractérise avant tout par l’ampleur des conséquences qu’elle engendre dans la vie des personnes, plutôt que par la fréquence d’utilisation ou le nombre d’heures passées en ligne (Verreault, 2017).
Or, malgré cette définition, il peut rester difficile de réellement distinguer une consommation normale d’Internet d’une cyberdépendance. En effet, nous vivons à présent dans une ère où la majorité de la population se connecte quotidiennement au monde virtuel. Même si ce contexte pourrait être perçu comme favorisant la cyberdépendance, il est à noter que seule une minorité des utilisateurs et des utilisatrices ferait un usage problématique d’Internet, alors que la majorité des internautes l’utiliserait plutôt à des fins récréatives et sans répercussions significatives sur leurs différentes sphères de vie (Nadeau et al., 2011).
Types de cyberdépendance
Tout comme sa définition, les types de cyberdépendance ne font pas non plus consensus au sein de la communauté scientifique. La chercheuse Kimberly Young a cependant proposé une classification en quatre catégories différentes (Daris et Bernier, s.d.). La première concernant les activités sexuelles en ligne est le type de cyberdépendance le plus répandu. Celle-ci englobe le cybersexe ainsi que l’échange, le visionnement et le téléchargement de matériel pornographique (Sergerie, 2019). La deuxième catégorie correspond aux cyberrelations et se manifeste chez l’individu par la priorisation de ses relations en ligne plutôt que ses relations sociales et familiales hors ligne (Sergerie, 2019). Les cyberrelations comprennent, entre autres, l’utilisation excessive des sites de rencontres, des plateformes de clavardage et des courriels. La troisième catégorie concerne les jeux en ligne, ce qui inclut les jeux vidéo, les jeux de hasard et certaines transactions en ligne (Daris et Bernier, s.d.). Finalement, Young considère également la recherche excessive d’information comme une forme de cyberdépendance. En effet, ce dernier type, plus rare, fait référence à une personne qui passe de longues heures à naviguer sur Internet et à accumuler de grandes quantités d’informations nuisant ainsi à sa productivité et à son fonctionnement quotidien (Daris et Bernier, s.d.).
Critères et symptômes liés à la cyberdépendance
À ce jour, la cyberdépendance n’est toujours pas reconnue comme un diagnostic officiel et n’est pas considérée comme un trouble dans le DSM-5. Elle est plutôt considérée comme un sujet préoccupant nécessitant des études plus poussées afin de pouvoir être bel et bien définie comme un trouble (Nadeau et al., 2011). De plus, il n’existe pas de consensus ni dans la communauté scientifique ni chez les psychologues et psychothérapeutes, en ce qui concerne les critères diagnostiques, le nombre de symptômes requis pour atteindre le seuil clinique ainsi que la période de référence nécessaire pour que la souffrance soit considérée comme cliniquement significative (Nadeau et al., 2011).
Certains chercheurs et chercheuses se sont toutefois intéressés à certains critères permettant de définir un usage problématique des technologies et des médias sociaux. À ce sujet, Griffiths considère six critères permettant de catégoriser une utilisation d’Internet comme relevant d’une cyberdépendance, soit la prédominance, la modification de l’humeur, la tolérance (c’est-à-dire le besoin ressenti chez l’utilisateur ou l’utilisatrice d’accroître le temps consacré à l’activité afin d’obtenir les mêmes effets), les symptômes de manque ressentis lors d’une diminution ou d’un arrêt de l’usage d’Internet, les conflits liés à l’utilisation des écrans ainsi que les rechutes où l’individu tente, mais échoue à contrôler sa cyberdépendance (Daris et Bernier, s.d.).
À partir de ces critères, plusieurs symptômes peuvent se manifester chez la personne cyberdépendante. Sur le plan physiologique, ceux-ci incluent une perte de dextérité, une certaine sécheresse des yeux, des douleurs musculaires, des maux de tête pouvant évoluer vers des migraines chroniques ainsi qu’une négligence du sommeil, de l’hygiène et de l’alimentation (Daris et Bernier, s.d.). Les symptômes psychologiques, quant à eux, peuvent être à la fois positifs et négatifs. En effet, bien que l’utilisation problématique d’Internet puisse paraître satisfaisante, gratifiante et même euphorique, elle peut également se révéler très affligeante (Daris et Bernier, s.d.). Elle peut notamment amener l’individu dépendant à mentir à ses proches au sujet de son usage des écrans, à avoir constamment des pensées intrusives liées à Internet ainsi qu’à se désinvestir de manière importante de ses différentes sphères de vie (CIUSSS, s.d). De plus, la cyberdépendance peut avoir des effets négatifs sur le bien-être de la personne, son estime de soi, son humeur ainsi que son niveau d’anxiété. (Sergerie, 2023).
Comment développer un usage plus responsable d’Internet ?
Bien qu’Internet soit aujourd’hui un outil inestimable qui favorise la communication et l’accès à une grande quantité d’informations, un usage incontrôlé peut rapidement nuire à la santé mentale et aux relations interpersonnelles. C’est pourquoi une utilisation responsable d’Internet et des différentes technologies nécessite souvent l’établissement d’un équilibre et le maintien d’un usage modéré des écrans (Sergerie, 2023). Pour certaines personnes, une simple prise de recul par rapport au temps passé devant les écrans accompagnée d’un effort d’autodiscipline peut suffire à modifier leurs habitudes. Pour d’autres internautes, un suivi professionnel peut s’avérer nécessaire afin de mieux encadrer et modérer leur usage des différentes technologies (Daris et Bernier, s.d.).
Dans ce contexte, l’intervention peut d’abord passer par une démarche d’auto-observation. (Daris et Bernier, s.d.). Plus précisément, le fait d’analyser non seulement la fréquence et la durée de connexion, mais aussi les pensées et les émotions associées à l’utilisation d’Internet peut favoriser une meilleure compréhension de sa cyberdépendance (Daris et Bernier, s.d.). Cette prise de conscience peut ensuite permettre d’orienter plus efficacement les démarches de traitement. La chercheuse Young suggère d’ailleurs plusieurs stratégies visant à modérer l’usage problématique d’Internet. Elle suggère notamment d’intégrer dans la vie quotidienne des habitudes alternatives, c’est-à-dire des activités plus saines et moins dommageables qui sont à pratiquer durant les périodes habituellement consacrées aux écrans (Daris et Bernier, s.d.). La programmation d’alarmes ainsi que la fixation d’objectifs réalistes constituent également une démarche importante pour favoriser un changement durable (Daris et Bernier, s.d.).
En développant une relation plus consciencieuse avec les technologies, chacune et chacun d’entre nous peut reprendre peu à peu le contrôle de ses habitudes et préserver ainsi un équilibre et une santé mentale plus saine.
Texte révisé par Sofia Chemani.
Références :
Centre intégré universitaire de santé et de services sociaux de la Mauricie-et-du-Centre-du-Québec. (s.d.) Cyberdépendance. Gouvernement du Québec. https://ciusssmcq.ca/conseils-sante/dependance-trouble-de-l-usage/cyberdependance/
Daris, P. et Bernier, M. (s.d.) La cyberdépendance : quand Internet prend les commandes. Centre d’aide à la communauté étudiant de l’Université Laval. https://www.aide.ulaval.ca/psychologie/textes-et-outils/difficultes-frequentes/la-cyberdependance-quand-internet-prend-les-commandes/
Nadeau, L., Acier, D., Kern, L. et Nadeau, C-L. (2011). La cyberdépendance : État des connaissances, manifestations et pistes d’intervention. Centre Dollard-Cormier Institut universitaire sur les dépendances. http://www.santecom.qc.ca/bibliothequevirtuelle/cdc/9782981090324.pdf
Sergerie, M-A. (2019). Quels sont les différents types de cyberdépendance ? Cyberdépendance.ca. https://cyberdependance.ca/types-de-cyberdependance/
Sergerie, M-A. (2023). Usage des médias sociaux : état de la situation, cyberdépendance, usage responsable et pistes de solution. Ordre des psychologues du Québec. https://www.ordrepsy.qc.ca/-/usage-des-medias-sociaux-etat-se-situation-cyberdependance-usage-responsable-et-pistes-de-solution
Verreault, M. (Avril 2017). La cyberdépendance : une nouvelle réalité. Centre Spiritualitésanté de la Capitale-Nationale. https://www.chudequebec.ca/a-propos-de-nous/publications/revues-en-ligne/spiritualite-sante/dossiers/les-dependances/la-cyberdependance-une-nouvelle-realite.aspx
Image : Hassan, M. (s.d.) Médias sociaux, Dépendance, Emprisonnement [Image en ligne]. Pixabay. https://pixabay.com/fr/vectors/m%c3%a9dias-sociaux-d%c3%a9pendance-9213197/


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