Ma ligne droite par Neuropresse

Article original : ici

TÉMOIGNAGE

Alors je suis tombée dans l’anorexie à la suite de raisons personnelles, mais tout a commencé par une sorte de rééquilibrage alimentaire ou j’ai commencé à supprimer les gâteaux etc., puis comme j’ai vu que je maigrissais, j’ai supprimé de plus en plus d’aliments jusqu’à tomber dans l’anorexie.

Je suis malade depuis un peu plus de 6 mois maintenant. La maladie, au début, ça ne m’affectait par niveau caractère, mais ça m’affectait physiquement, parce qu’à l’époque je mangeais presque que des légumes et du coup, j’étais énormément fatiguée. Puis ensuite au fur et à mesure que la maladie s’est installée, j’ai commencé à avoir des sautes d’humeur, à être irritable et à toujours m’énerver pour rien. Quand l’école a repris, ça a été un enfer; je pleurais presque tous les soirs, c’était vraiment dur d’être attentive en cours. Je continuais à perdre du poids. J’ai dit à mes parents que quelque chose n’allait pas vers la mi-septembre en leur faisant une lettre ou j’expliquais que je pensais être tombée dans l’anorexie (ils avaient déjà remarqué que je mangeais moins et que j’avais perdu du poids mais ils ne pensaient pas que c’était de l’anorexie mentale). Après, avec mon accord, les parents ont pris contact avec un centre pour adolescents avec médecin, psy, etc., et j’ai donc été prise en charge et diagnostiquée. J’ai quand même continué à perdre, parce que je voulais guérir, mais je n’avais pas eu le déclic. Plus mon poids était bas plus j’étais irritable, sans aucune joie de vivre, triste et tellement fatiguée. De plus, mon sommeil a été lourdement affecté et je n’arrive plus à faire de longues nuits. Je perds également mes cheveux.

Avec l’hiver qui est arrivé, c’était et c’est encore dur de résister au froid de dehors, il faut vraiment que je mette beaucoup de couches de vêtements pour ne pas avoir froid. Il y a eu un moment où je pesais tout vraiment au gramme près et si j’avais un gramme en plus que ce que j’avais prévu, je m’énervais et pleurais. À cette époque, c’était vraiment très dur pour mes parents et mon entourage. C’était le cas au Noël dernier; on l’a fêté chez nous et je n’ai pas réussi à manger de la bûche de Noël, donc quand tout le monde est parti, j’ai pleuré, car j’étais déçue de moi et c’était le pire Noël de ma vie à ce niveau-là…

Maintenant j’ai eu le fameux déclic, je ne compte plus mes calories mais je pèse toujours mes aliments, par contre ce n’est plus au gramme près, mais c’est juste pour vérifier que j’ai le nombre minimum de féculents etc. J’ai quand même de temps à autre des sautes d’humeurs et parfois je pleure en rentrant des cours, mais beaucoup moins qu’avant !

Ah aussi avant que je sois prise en charge j’avais des difficultés à me concentrer pour faire des contrôles à l’école. Je suis toujours très stressée par l’école et par le fait de réussir mais mon docteur m’a prescrit des cachets à base de plantes pour me détendre et aussi pour le sommeil et ça m’aide beaucoup. Aussi, depuis que j’ai eu le déclic et que donc je suis déterminée à reprendre du poids, mon père m’a dit que j’avais quelque chose de changé, que j’avais retrouvé ma bonne humeur d’avant. Donc lorsque j’étais au plus bas et donc que j’étais très ancrée dans la maladie avec le comptage des calories etc., j’avais perdu ma joie de vivre, mon humour, en fait j’avais perdu ma personnalité et j’étais constamment triste mais depuis que je remange bien je commence à me retrouver! Le lâcher prise est vraiment, je pense, la clé de la recovery. Pas qu’au niveau alimentaire mais également au niveau de la vie. Je m’explique : par exemple, avant je voulais absolument faire un métier et c’était ça ou rien, mais maintenant, je veux évidemment toujours le faire, mais comme la vie n’est pas une longue ligne droite, je pense à d’autres métiers qui me plairaient au cas où.

 

Les avancées scientifiques

L’un des plus grands succès en médecine préventive est de pouvoir prédire l’occurrence d’une maladie à partir d’un seul facteur. Par exemple, la maladie de Huntington est causée par la mutation d’un seul gène. Lorsque l’expression de la causalité d’une maladie devient plus simple, il est plus facile de cibler les avenues de recherche afin de développer un traitement adéquat. Toutefois, dans le cas des maladies psychiatriques comme l’anorexie, où les causes génétiques et environnementales sont, à priori, plus complexes.

Il existe cependant un candidat qui a circulé dans les revues scientifiques récemment : l’ocytocine. Impliqué dans la confiance, l’empathie et l’anxiété, ce neuropeptide semble avoir des répercussions sociales importantes. Dans une société où les médias nous bombardent avec l’idéalisation de la maigreur, il ne serait pas surprenant qu’un dérèglement social, basé sur une anxiété accrue et une confiance fragile, soit à l’origine d’une fraction considérable des cas d’anorexie.

L’engouement pour les effets sociaux de l’ocytocine a débuté lorsqu’une étude sur des campagnols a établi une corrélation positive entre la cohésion sociale et les niveaux d’ocytocine produits [1]. Depuis, des effets prosociaux et anxiolytiques ont été observés sur des campagnols, des macaques et des groupes d’humains. Un résultat particulièrement intéressant dans le contexte de l’anorexie a été observé : une injection d’ocytocine permet de réduire les jugements négatifs portés contre soi [1].

La consommation de nourriture est généralement associée à une récompense naturelle et automatique. Il s’agit tout simplement d’un mécanisme évolutif ayant favorisé notre survie. Dans des conditions où les ressources nutritives sont limitées, les individus attirés par la nourriture obtiennent un avantage compétitif. Toutefois, la consommation est aussi associée à une prise de poids. Pour des raisons culturelles, cela peut mener à des jugements négatifs, qui seraient accentués lors d’un manque d’ocytocine. Ces jugements négatifs pourraient réduire la motivation pour consommer de la nourriture, voire entraîner une aversion.

On a alors une hypothèse concernant les causes de l’anorexie, où l’ocytocine jouerait un rôle central. Des niveaux insuffisants d’ocytocine et la pression sociale pour éviter de prendre du poids entraînent un sentiment de culpabilité après chaque repas. Les patients décident de réduire leur apport calorique afin d’éliminer leur sentiment de culpabilité, jusqu’à ce que leur consommation devienne insuffisante pour satisfaire leurs besoins biologiques.

Bon nombre d’études se sont penchées sur le lien direct entre l’ocytocine et la consommation de nourriture. Contrairement à ce que l’on pourrait croire, la plupart de ces études ont observé une consommation réduite suite à l’injection d’ocytocine [2]. Toutefois, ces études portaient sur des groupes de patients obèses. Les résultats concernant l’anorexie sont moins conclusifs, mais on sait maintenant que les niveaux d’ocytocine sont réduits chez les patients anorexiques [2].

 

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Figure 1. Représentation des mécanismes sous-jacents aux effets de l’ocytocine sur l’apport calorique.

 

Il semblerait donc que l’ocytocine soit impliquée dans la modulation de l’apport nutritif, que ce soit pour réduire une consommation excessive ou pour augmenter une consommation insuffisante. Il est difficile de déterminer si cette ambivalence de l’ocytocine reflète une interaction directe avec les mécanismes de régulation de l’appétit, ou si elle permet d’ajuster les réactions à une composante sociale dans un cas comme dans l’autre. Dans tous les cas, le rôle exact de l’ocytocine dans l’anorexie reste encore à découvrir.

 

Statistiques:

Association québécoise des parents et amis de la personne atteinte de maladie mentale. (s.d.) Les troubles alimentaires. Repéré à: http://www.aqpamm.ca/ressources/fiches-maladies/les-troubles-alimentaires/

  • 3% des filles âgées de 15 à 25 ans souffrent de troubles alimentaires
  • Chaque année, on dénombre environ 100 décès au Canada, reliés aux conséquences des troubles alimentaires.

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Films

To the Bone (2017) : Netflix

En 2017, Netflix a mis en image un film pour sensibiliser le public sur les difficultés de l’anorexie.  Intitulé « To the Bone », ce film original de Netflix aborde le parcours d’une jeune femme âgé de 20 ans souffrant d’anorexie qui doit multiplier des programmes recommandés par son médecin afin qu’elle se remette de son trouble alimentaire. Tout au long du film, on accorde de l’importance au soutien que cette jeune femme reçoit de la part de sa famille et de son entourage à travers son cheminement marqué autant d’embûches que de réussites. C’est au travers de son séjour dans une résidence qu’elle pourra partager son expérience avec d’autres personnes vivant le même trouble alimentaire. Ce film, qui a fait beaucoup parler de lui, avait pour but de sensibiliser le public quant aux difficultés que peuvent avoir les jeunes tout en démontrant comment les jeunes parviennent à s’en sortir.

 

L’engrenage de l’anorexie, traduction de Thinspiration (Starving in Suburbia)

Ce film aborde le parcours d’une jeune danseuse de 17 ans qui tente de faire tout son possible pour devenir mince à la suite de s’être abonnée à un site nommé « Thinspiration ». Mettant l’importance sur la maigreur et l’idéal féminin par le biais de photos, l’image que projette ce site va éventuellement inciter cette jeune femme à adhérer aux normes véhiculées par celui-ci, et ce, en changeant drastiquement ses habitudes alimentaires. Toutefois, l’idéal qu’elle tente d’adhérer va éventuellement au cours de ce film va transforme en un trouble alimentaire important.

 

Organisations

ANEB Québec :

Depuis plus de 30 ans, l’organisation québécoise ANEB tente d’offrir aux citoyens un endroit où ils pourront obtenir de l’aide, des informations ou bien du soutien gratuit sur une panoplie de sujet touchant l’estime de soi et les troubles alimentaires. Touchant tant la boulimie, l’anorexie ou l’hyperphagie boulimique, ANEB a pour mission de travailler auprès des familles et des personnes touchées en leur offrant des services spécialisés afin de prévenir ou bien diminuer les impacts d’éventuels troubles alimentaires. Que ça soit par le biais d’une ligne d’écoute, de la documentation disponible sur leur site ou bien des groupes de soutien, cette organisation a su faire sa place au Québec sachant son implication et son dévouement.

Le Projet Dove

En plus d’être un commanditaire de ANEB Québec, Dove a mis en place un projet s’adressant aux jeunes femmes mettant l’emphase sur la promotion de l’estime de soi, de la confiance en soi et de la beauté des filles. Malgré qu’il ne s’adresse pas spécifiquement aux troubles alimentaires, Dove tente néanmoins d’offrir des moyens aux jeunes filles afin qu’elles aient davantage confiance en elles en dépit de l’image que tente de véhiculer la société. En effet, le projet instauré par Dove est efficace dans les cas d’anorexie compte tenu de l’importance que prend l’image de soi dans cette maladie.

 

BIBLIOGRAPHIE

[1] Jones, C., Barrera, I., Brothers, S., Ring, R., Wahlestedt, C. (2017). Oxytocin and social functioning. Dialogues Clin Neurosci., 19(2), pp. 193-201.

 

[2] Lawson, E. A. (2017). The effects of oxytocin on eating behaviours and metabolism in humans. Nature Reviews Endocrinology, 13, pp. 700-709.

 

Netflix, ( 2017),  To the Bone, https://www.netflix.com/ca/title/80171659, consulté le 3 avril 2018

L’engrenage de l’anorexie. (s. d.). Dans Wikipédia, l’encyclopédie libre. Repéré le 3 avril 2018 à https://fr.wikipedia.org/wiki/L%27Engrenage_de_l%27anorexie

ANEB Québec (s.d), Repéré à anebquebec.com/

Dove. (s.d), Dove Self esteem project. Repéré à http://www.dove.com/ca/fr/stories/about-dove/dove-self-esteem-project.html

Selvini, M., Selvini Palazzoli, M., Allegra, G., Babando, R., Basile, P., Bedarida, L .. & Serra, T. (2003). Comment se portent les anorexiques traitées par Mara Selvini Palazzoli et ses équipes entre 1971 et 1987 : Une étude quantitative sur les résultats de la psychothérapie familiale. Thérapie Familiale, vol. 24,(4), 381-402. doi:10.3917/tf.034.0381.

 

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