Ma vie en deux temps par Neuropresse

Article original : ici

TROUBLE BIPOLAIRE

Témoignage

« Je suis un jeune homme de 22 ans poly toxicomane avec une haute consommation d’alcool. Je suis diagnostiqué bipolaire de type 1 depuis maintenant 2 ans et ADD à l’âge de 9 ans. Voici mon témoignage de vivre avec cette maladie mentale.

Les premiers signes de mon trouble bipolaire remontent à ma jeunesse depuis le milieu de mon parcours scolaire au primaire. J’étais un jeune comme les autres, j’avais beaucoup d’amis, des super notes et une famille très proche. Mes parents sacrifiaient tout pour que je sois le plus heureux possible. Malgré tout ça, j’avais des gros troubles de comportement intenses qui se sont manifestés, au point où je faisais des crises tellement grosses à l’école qu’il fallait souvent appeler plusieurs professeurs pour me retenir et me calmer.

La pire fois, c’est quand je menaçais une enseignante avec mes ciseaux en troisième année. L’école a dû appeler une ambulance pour me calmer, et ils m’ont injecté un calmant tellement j’étais hors de contrôle. Les déclenchements de mes crises étaient toujours plus fréquents que chez les autres, et souvent pour des niaiseries. Par exemple, si un élève avait reçu un collant étoile j’en voulais aussi alors je me frustrais. Un autre exemple est lorsque j’ai assommé le concierge de l’école sur la tête avec une pelle que j’ai prise d’une cour d’une maison pendant qu’il courait après moi parce que je m’étais enfui de l’école.

Après ma plus grosse explosion de colère, j’ai suivi environ 2 ans de thérapie à l’hôpital Douglas qui constituait en beaucoup de gestion de colère. C’est pendant cette thérapie qu’on m’a diagnostiqué ADD. Je me suis fait prescrire du Concerta pendant 1 an de cette thérapie. Cette thérapie a complètement changé ma vie. À la fin, je gérais ma colère à 100%.

Ma vie resta plutôt calme et normale jusqu’à la fin de ma troisième année du secondaire où mes troubles de colère et d’inattention redevenaient fréquents. J’ai après commencé à fumer la cigarette et la marijuana ainsi que boire.  En regardant mon comportement du passé, je réalise maintenant que je faisais beaucoup d’anxiété sociale et avais beaucoup de misère à avoir des vrais amis. C’est là que j’ai commencé à explorer les drogues illicites. Jusqu’à aujourd’hui, j’étais dépendant à la cocaïne, la kétamine, le GHB, les benzo et les amphétamines de rues. C’était des dépendances de plusieurs mois de consommation tous les jours, mais tout le temps séparées. J’ai même fait une psychose toxique due à l’abus d’amphétamines de rue ou j’ai dû chercher le support d’un intervenant psychosocial pour jeter cette dépendance à la poubelle, malgré que je continuais a en consommer d’autres.

Pendant ces années de consommation, j’étais au cégep et mes résultats scolaires étaient terribles pour la première fois de ma vie. Mes relations sociales devenaient de plus en plus dures et des sautes d’humeur de plus en plus fréquentes.

Après avoir vécu ma vie sobre pendant 1 an, mes troubles devenaient de pire en pire. J’étais très impulsif, je ne me sentais plus en contrôle de mes émotions, dépression d’une semaine suivie de joie, motivation et ignorance aux conséquences de mes actes la prochaine. J’ai eu des manies qui mon coûté des milles de dollars en dépense. J’ai eu beaucoup de difficulté à garder une vie amoureuse. Je me suis fait souvent dire que je rendais mon partenaire fou et confus par mon comportement instable. C’est seulement à l’âge de 19 ans que je réalisais que mon trouble bipolaire affectait grandement ma vie. Je me cherchais, et encore aujourd’hui, ne pas savoir si comment tu agis corresponds à ton vrai état d’esprit me garde constamment en conflit avec moi-même. Ma vie est rarement calme ou harmonieuse, ce qui la rend extrêmement difficile à gérer. Je ressens toujours une sorte d’injustice, car je dois avoir une plus grande rigidité à mon hygiène de vie en plus des constants combats intérieurs à gérer pour se sentir comme moi-même.

J’apprends encore à vivre avec ma condition et les conséquences qu’elle apporte à mes actes et décisions,  comme ma dépendance à la drogue et mes relations interpersonnelles. Je suis maintenant suivi d’un psychiatre depuis plus d’un an. Après des mois d’essais-erreurs de médications, j’ai préféré le Seroquel aux stabilisateurs d’humeur comme le lithium. Même si le lithium gérait un peu plus mon humeur les effets secondaires n’en valaient pas la peine. J’ai tout récemment ajouté le Adderall XR et Dexedrine XR à mon traitement de tous les jours.

Anxiété, colère, impulsivité, dépression, manie, dépendance, difficultés sociales, manque de confiance. Pour moi, c’est ce que la bipolarité représente. C’était très lourd au départ, mais maintenant je suis en bonne santé mentale après 1 an de traitement autant au niveau des professionnels de santé envers moi que le travail que je fais quotidiennement. »

Description

Communément connu sous le terme de « psychoses maniacodépressives », le trouble bipolaire est une pathologie caractérisée par une fluctuation importante de l’humeur. Comparativement à d’autres troubles, les personnes dans la vingtaine sont les plus à risque d’être touchées, et ce, tout sexe confondu. Comportant divers types, soient la bipolarité de type I (des épisodes maniaques jumelés avec des symptômes maniaques ou dépressifs) , la bipolarité de type II (des épisodes dépressifs composés de fluctuations du comportement et de l’humeur, soit l’hypomanie) ainsi que le trouble cyclothymique (présence de symptômes dépressifs et des fluctuations de l’humeur et du comportement sans qu’il n’y ait de phase maniaque ou de dépressive précise), le trouble bipolaire tend à différer en termes de degrés et d’intensités dépendamment de la période ou du cas. À l’opposé de la phase dépressive, la phase maniaque se traduit par une hausse des activités tant comportementales, cognitives que physiques tandis que la phase dépressive les réduit. Que ce soit au niveau de la sphère personnelle, familiale, professionnelle, monétaire ou légale, les fluctuations d’humeur peuvent rendre difficile le quotidien des personnes touchées, étant donné qu’elles ne prennent pas conscience de l’ampleur de leurs agissements. C’est pour cette raison que le trouble bipolaire est à prendre au sérieux sachant qu’il affecte l’ensemble des sphères de la vie d’une personne et les risques d’en souffrir sont grands et nombreux.

 

Symptômes

Phase dépressive Phase maniaque
 sentiments dépressifs ou perte d’intérêt en ce qui concerne les activités;

les pensées morbides ou suicidaires,

les sentiments de culpabilité

la baisse de concentration

le ralentissement ou l’agitation

la perte d’énergie et de plaisir

le trouble d’appétit avec perte ou gain de poids

le retrait social

les problèmes de sommeil

les douleurs chroniques sans cause connue

sentiments d’exaltation (euphorie)

moins besoin de sommeil

variation de l’appétit

énergie débordante

des comportements à risque avec des dépenses effrénées ou peu judicieuses sur le plan financier

augmentation de la libido

Irritabilité

pensées et actions rapides (parole accélérée, activité constante)

Référence ; Institut universitaire de santé Mentale Douglas., (2015), Les troubles bipolaires : causes, symptômes et traitements, Repéré à URL : www.douglas.qc.ca/info/troubles-bipolaires

Les données actuelles n’arrivent pas à s’entendre sur la cause exacte de cette maladie, puisqu’il y a beaucoup de facteurs en jeu. À l’opposé des autres troubles, le facteur génétique prime dans le diagnostic, et ce, en mettant davantage en péril ceux ayant un membre de leur famille atteint par le trouble. Il est donc primordial que les professionnels enquêtent d’abord sur l’incidence de cette maladie dans les antécédents de la personne avant même de poser un diagnostic qui pourrait avoir des répercussions irréversibles s’il est mal posé. En plus des gènes, les hormones semblent jouer un rôle important, notamment au tout début des phases dépressives et maniaques suite à une altération anormale du système immunitaire comparativement à la tendance générale. Finalement, les facteurs environnementaux sont très impliqués dans le trouble bipolaire, surtout dans les cas où le diagnostic s’est fait très tôt. Ces facteurs touchent plus rapidement les personnes vivant beaucoup de stress, des pertes ou ceux ayant un passé lourd émotionnellement (traumatismes, abus, etc). Il est important de mettre l’emphase sur les risques en lien avec le stress compte tenu de l’état de santé actuel de la population. Pour ce faire, il faut demeurer vigilant!

En effet, le trouble bipolaire est très comorbide avec d’autres troubles tels que les troubles paniques, les troubles obsessionnels compulsifs, les troubles alimentaires et les troubles de personnalité. Toutefois, ils ne sont pas les seuls sachant qu’il est possible de retrouver chez les personnes bipolaires des comportements excessifs avec les boissons alcoolisées ou des substances illicites ou bien des difficultés en lien avec leur poids (surpoids, obésité) ou leur santé  (diabète,  maladies cardiovasculaires).

En dépit de la médication, la littérature suggère de combiner une approche pharmacologique à une approche thérapeutique. Visant à donner la possibilité aux personnes de s’approprier des techniques pour mieux contrôler la survenue d’épisodes maniaques ou dépressifs tout en les aidant à mieux s’intégrer dans la société, les thérapies psychologiques ont pour objectif de les accompagner dans leur cheminement vers la guérison. Que ça soit en leur offrant un réseau de soutien pour se confier, de fournir des informations sur le trouble lors des séances ou bien de les encourager à maintenir un mode de vie sain tant par le biais de leur hygiène alimentaire, de leur sommeil ou de leurs activités physiques, les thérapies visent à prévenir des rechutes futures ou une sévérité des symptômes. Malgré que les professionnels privilégient l’approche cognitivo-comportemental, la nature de la thérapie peut tout de même changer dépendamment du diagnostic.

En somme, le trouble bipolaire peut être contrôlé et stabilisé si des traitements psychologiques sont jumelés à des traitements pharmacologiques adaptés aux besoins de la personne. La clé est d’être soutenu tant par l’entourage immédiat que par une équipe médicale afin de pouvoir échanger sur les ressentis et les difficultés que suscite le processus vers la guérison. Cela ne diminue dans aucun cas l’importance de maintenir un mode de vie sain afin de contrôler ou d’éviter la survenue future de ce trouble.

Statistiques

  • Plus de 90% des gens ayant vécu un épisode maniaque vont en revivre un.
  • Dans le monde, le taux de prévalence à vie du trouble bipolaire est de 0.2 à 1.7%, alors qu’au Canada, il est de 2.4%
  • Le trouble bipolaire est aussi fréquent chez les hommes que chez les femmes.
  • L’hérédité aurait un rôle important à jouer dans ce trouble: en effet, 80% à 90% des bipolaires ont un proche qui l’est aussi.

Les avancées scientifiques

La dépression unipolaire est reconnue comme un des troubles psychiatriques les plus dévastateurs, causant des périodes prolongées d’humeur terrible chez les patients affectés. Son cousin, le trouble bipolaire, est également très pernicieux.

Le trouble bipolaire est souvent confondu avec la dépression unipolaire, principalement parce que les symptômes observés lors de la phase dépressive sont similaires. Toutefois, cette maladie comporte aussi une phase maniaque, caractérisée par une humeur euphorique et une hyperactivité.

bipolaire

Figure 1. Représentation des phases d’humeur éprouvées par les patients bipolaires. Selon les critères du DSM-5, le patient a) est atteint d’un trouble bipolaire de type I, tandis que le patient b) a un trouble bipolaire de type II. [1]

Comme son nom l’indique, le trouble bipolaire est caractérisé par une polarisation de la perception du bonheur chez les patients atteints. Puisque la dopamine est associée au bonheur dans les modèles neuroscientifiques traditionnels, il est naturel de penser que des altérations fonctionnelles de ce neurotransmetteur pourraient être impliquées dans la pathologie du trouble bipolaire. Cette hypothèse a été testée par plusieurs équipes de chercheurs, dont je vais présenter les résultats principaux.

Essentiellement, ces chercheurs ont conclu que les phases maniaques du trouble bipolaire sont associées à un excès de transmission dopaminergique dans le cerveau. La stabilisation des niveaux de dopamine, ou de n’importe quel autre neurotransmetteur, requiert un mécanisme crucial : la recapture. Lorsque le signal dopaminergique est transmis d’un neurone à un autre, des molécules spécialisées ont pour fonction de transporter la dopamine en-dehors de la région synaptique. Si ce mécanisme n’est pas fonctionnel, les signaux transmis auront une amplitude anormalement élevée.

C’est exactement ce qui se produit chez les patients bipolaires, lors de la phase maniaque. Des souris transgéniques ayant une absence de fonction sur un gène responsable de la recapture de la dopamine ont été étudiées. Les scientifiques ont observé une hyperlocomotion chez ces souris, similaire à l’hyperactivité des humains. Ils ont ainsi conclu que l’augmentation des niveaux de dopamine est suffisante et nécessaire pour induire des symptômes maniaques. [2]

Comme si ce n’était pas assez, la disponibilité des récepteurs dopaminergiques est augmentée, ce qui accentue ce déséquilibre neurologique. Plus précisément, des études d’imagerie ont démontré que la densité des récepteurs D2/3 est anormalement élevée pour la psychose maniaco-dépressive. [2] Toutefois, la présence d’une anomalie similaire pour le trouble bipolaire demeure controversée.

Les anomalies de la transmission dopaminergique sont une avenue de recherche intéressante, mais peu informative sur le plan cognitif. D’autres expériences basées sur l’imagerie par résonance magnétique fonctionnelle ont déterminé que le circuit de la récompense est anormal. Lors de la phase maniaque, le striatum ventral et l’aire ventrale tegmentale sont peu actives lors de l’anticipation d’une récompense. [2] Il devient alors pratiquement impossible pour ces patients d’avoir des erreurs de prédiction négative entre la récompense attendue et la récompense obtenue. Cela entraîne un cercle vicieux lors de la phase maniaque : peu importe ce que les patients entreprennent, ils ne sont jamais déçus.

Pour ce qui est de la phase dépressive, on pourrait s’attendre à observer l’effet inverse, c’est-à-dire une hyperactivation lors de l’anticipation d’une récompense et une surabondance des erreurs de prédiction négative. Toutefois, différentes études à ce sujet sont arrivées à des résultats contradictoires. Tandis que certaines prétendent que le striatum ventral et le cortex préfrontal sont hyperactifs lors des prédictions de récompense, d’autres soutiennent que l’activation de ces régions lors de la phase dépressive est similaire à celle du groupe contrôle [2]. Les modèles cognitifs reliés à la pathologie du trouble bipolaire demeurent incomplets, et de nombreuses années de persévération scientifique sont à prévoir afin de les élucider.

 

[1] Vieta, E. et al. Bipolar disorders. Nat. Rev. Dis. Primers 4, 18008 (2018)

[2] Ashok, A. H. et al. The dopamine hypothesis of bipolar affective disorder: the state of the art and implications for treatment. Molecular Psychiatry 22, 666-679 (2017)

 

BIBLIOGRAPHIE

Ashok, A. H., Marques, T. R., Jauhar, S., Nour, M. M., Goodwin, G. M., Young, A. H., & Howes, O. D. (2017). The dopamine hypothesis of bipolar affective disorder: the state of the art and implications for treatment. Molecular Psychiatry, 22(5), 666‑679. https://doi.org/10.1038/mp.2017.16

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Les Troubles Bipolaires, La comorbidité des troubles bipolaires, Repéré à URL : https://www.troubles-bipolaires.com/maladie-bipolaire/comorbidites-maladies-associees/#JswOsRGQB73svjAT.99

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Institut universitaire de santé Mentale Douglas., (2015), Les troubles bipolaires : causes, symptômes et traitements, Repéré à URL : www.douglas.qc.ca/info/troubles-bipolaires

Vieta, E., Berk, M., Schulze, T. G., Carvalho, A. F., Suppes, T., Calabrese, J. R., … Grande, I. (2018). Bipolar disorders. Nature Reviews Disease Primers, 4, 18008. https://doi.org/10.1038/nrdp.2018.8

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