Les hommes cis blancs – par auteur.trice anonyme

J’entends souvent des amis, de la famille, des connaissances dire que les hommes, surtout les hommes cis et blancs, ne peuvent plus rien dire, qu’on les ridiculise et qu’ils se font critiquer pour tout. Simplement ce titre, « Les hommes cis blancs », en offusquerait surement plus qu’un.e. Ces hommes me disent qu’ils n’osent plus approcher les filles, qu’ils n’osent plus lever la main en classe et qu’il n’est pas juste qu’on leur en veuille pour tout. 

Mais se rendent-ils compte que c’est ça la vie de toute personne qui n’est pas un homme cis et blanc? 

En tant que femme cis, le simple fait de dire le mot vagin dans une conversation sérieuse afin d’exprimer la réalité quotidienne de ma biologie est mal vu. Par contre, si tu dis le mot pénis? Là, il n’y a aucun problème. Toutefois, dire « get du pussy » en riant, ça passe. Tant que je suis sexualisée, ça passe. 

Les hommes roulent les yeux lorsque je leur dis que des jokes de viol, je ne trouve pas ça vraiment drôle. Quand ils me disent que ce n’est pas grave et que ce ne sont que des blagues, ils me confirment que ma peur quotidienne de me faire violer le soir, quand je marche un peu trop tard ou quand je sors dans un bar, c’est drôle. 

Je n’ai jamais osé approcher les hommes, mais ça, c’est normal. Une fille doit faire attention quand elle sort, quand elle date, quand elle marche, quand elle est dans le métro, quand elle existe. Cela va de soi!   

Oser dire à un homme que je suis tannée de me faire expliquer ce que je sais déjà (aussi appelé mansplaining (Morin et Touny-Puifferrat, 2017)), de me faire traiter comme un objet sexuel, d’entendre des blagues sexistes et dénigrantes? Je ne suis pas informée, ni intelligente et ni tout simplement une femme qui est fatiguée de se faire marcher sur les pieds. Je suis une femme qui oppresse les hommes. On m’en veut d’exprimer toutes ces inégalités. J’enlève à ces hommes leur liberté d’expression.

En tant que queer féministe, j’entends dire « Ah les maudites gouines enragées ! » lorsqu’une femme, lesbienne ou non, fait remarquer une inégalité sociale. Je ne peux pas m’exprimer sans avoir cette peur de me faire réduire au titre de « maudite gouine enragée » à chaque fois que je fais paraitre une inégalité sociale. C’est très insultant quand on est réellement queer et enragée (avec raison!). Il est plus facile de me dire ça car, si je suis trop « sensible », ces hommes n’ont pas à s’efforcer de réduire ces inégalités sociales. Cela leur permet de s’enlever toute responsabilité.  

En tant que femme passionnée, expressive et leader, je me suis souvent fait dire que j’étais trop et qu’aucun homme ne voudrait de moi, parce que je suis trop intense et que je suis trop « germaine ». Toutefois, pour un homme, ce sont de belles qualités d’être passionné, expressif et leader. 

Tous les jours, je pèse et je mâche mes mots. Je réfléchis toujours et longtemps à ce que dis, car je ne veux pas être trop intense. Je ne veux pas être une « maudite gouine enragée », une femme trop sensible, trop gossante, trop « oppressante ». Je ne veux pas donner raison à ces hommes ou à ces femmes qui, par la suite, vont me remettre dans un moule dénigrant et ainsi ridiculiser et dénigrer tout ce que je dis. 

Je n’enlève pas aux hommes qui vivent aussi des difficultés, certaines étant propres au simple fait de grandir en tant qu’homme dans une société qui vénère la toxicité masculine. La différence que je tiens à appuyer dans ce texte est qu’aujourd’hui, les hommes vivent désormais les conséquences négatives du privilège dont ils profitaient depuis des années. Ils se sentent donc maintenant oppressés.

En tant que femmes, en tant que minorité ethnique ou bien en tant que queer, nous avons toujours vécu des conséquences négatives liées au fait de ne pas être un homme cis et blanc. Par contre, nous n’avons jamais bénéficié.e.s de ces privilèges, tels que ne pas avoir peur de se faire tirer par la police si nous ne sommes pas violent.e.s (Mapping Police Violence, 2017), de ne pas avoir à toujours être poli.e.s et posé.e.s pour se faire écouter (Salles, 2018), ou de pouvoir aller dans des toilettes publiques quand nécessaire (Max-Gessler, 2019).

C’est ça, la différence entre les hommes cis blancs et les gens qui vivent de l’oppression dans une société sexiste, raciste et queerphobe. 

Révisé par Maëliss Darcey Scarone


Références

Mapping Police Violence. (2017). 2017 Police Violence Report. Repéré à

https://policeviolencereport.org

Max-Gessler, M. (2019). Accès refusé aux toilettes pour deux transgenres à Shawinigan: « C’est révoltant ». Repéré à https://www.lequotidien.com/actualites/acces-refuse-aux-toilettes-pour-deux-transgenres-a-shawinigan-cest-revoltant-97cb029edb71a481741dbf531d7d299d

Morin, V. et Touny-Puifferrat, A. (2017). Les nouveaux mots du féminisme. Repéré à https://www.lemonde.fr/societe/article/2017/03/07/les-nouveaux-mots-du-feminisme_5090782_3224.html

Salles, A. (2018). I am an angry woman. From workplace bias to sexist politics, we have a lot to be angry about. Repéré à https://www.usatoday.com/story/opinion/voices/2018/10/24/angry-women-voting-discrimination-column/1696287002/


À lire

« Je ne suis qu’une femme » – par Juliette Meyer

« Tu n’es pas comme les autres filles » – par Rhita Hamdi

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