Je ne sais plus comment vous plaire – par Charlène Morier

Le 2 février dernier, je ne sais pas ce qui m’a le plus surprise entre la remontée inattendue des Chiefs lors du dernier quart du Super Bowl LIV et les prestations enflammées de Shakira & Jennifer Lopez au spectacle de la mi-temps. Elles ont offert des chorégraphies impressionnantes et stupéfiantes, d’autant plus lorsqu’on apprend qu’elles ont respectivement 43 et 50 ans. Ces athlètes de la danse ont fait couler beaucoup d’encre, tant pour déclarer qu’elles ont volé la vedette avec leur performance assumée que pour dénoncer la vulgarité de certains mouvements. J’ajoute mon grain de sel en soulignant que ce qu’elles ont livré est le fruit de leurs talents, certes, mais aussi de l’entraînement acharné auquel elles ont dédié énormément de temps. Je trouve alors dommage qu’encore aujourd’hui certains aient attribué les qualitatifs : « discutable », « trop suggestif », « inapproprié » et « explicite » vis-à-vis ce qui n’était que de la danse sensuelle. J’ai même entendu, ici et là, des commentaires péjoratifs quant au choix de leurs costumes! Si ces icônes de la danse latino se font reprocher leurs mouvements de hanche, je me demande : comment vous plaire Mme la Société ?

Une autre artiste du monde musical s’est fait entendre lors de l’évènement sportif le plus regardé par nos voisins du sud; Demi Lovato s’est vu donner l’honneur d’interpréter l’hymne national. Lorsque je l’ai vue à l’écran, je me suis souvenue d’une photo ayant attiré mon attention sur son compte Instagram. En fait, j’avais eu précisément de l’intérêt pour les mots écrits dans la description qui exprimaient la difficulté qu’elle avait eu à partager cette photo d’elle non retouchée.

« This is my biggest fear. A photo of me in a bikini unedited […] I’m just literally sooooo tired of being ashamed of my body, editing it […] so that others think I’m THEIR idea of what beautiful is, but it’s just not me. »

Craindre l’exposition authentique de son corps à cause de l’opinion d’autrui : ne trouvez-vous pas cela désolant ? D’autres vedettes ont également capté mon attention avec des messages similaires. La chanteuse Bebe Rexha a publié une photo d’elle en maillot de bain en guise de riposte aux critiques qui jugeaient qu’elle se comportait de manière inappropriée pour son âge.

« I recently had a MALE music executive tell me that I was getting too old and that my brand was confusing. Because…I’m a songwriter and I post sexy pics on my Instagram and that’s not what female songwriters are suppose to do, especially for my age. […] I’m turning 30 on August 30 and you know what, I’m not running away from it. […] I’m gonna celebrate my age »

En parallèle avec les prouesses de la quadragénaire et la quinquagénaire du Superbowl, l’âge ne semble pas être une limite pour quiconque souhaitant s’exprimer librement. Lili Reinhart, la jeune actrice de la série Riverdale jouant le rôle de la fameuse Betty Cooper, s’expose fièrement au naturel sur Instagram.

« I’m proud to say that I use social media to show myself in a real and unedited way. […] I’m proud to support @aerie for encouraging us to embrace our bodies, as they are. »

Belle commandite pour la ligne de sous-vêtements Aerie qui, en 2014, a lancé sa campagne #AerieREAL qui prône l’acceptation de soi et la diversité en se détachant des standards exigeants des mannequins de l’industrie de la mode.

Ces femmes inspirantes qui représentent le reflet qu’on aimerait avoir lorsqu’on se regarde dans la glace sont aussi des humains ayant des complexes, de simples mortelles qui n’échappent pas au passage du temps et surtout, des femmes comme les autres. Elles exposent la souffrance qu’elles peuvent ressentir à force d’être constamment jugées alors qu’elles s’efforcent d’offrir l’apparence attendue et témoignent de cette pression d’être mises sur le piédestal du modèle à suivre. En dénonçant la superficialité de la représentation des femmes sur les diverses plateformes médiatiques, elles encouragent une réflexion collective sur l’impact des fameux critères de beauté. Mme la Société, comment devons-nous agir et paraître pour vous satisfaire et faire taire vos commentaires désobligeants envers les femmes ?

À 22 ans, Kylie Jenner, l’entrepreneuse et influenceuse aux millions d’abonnés, en a stupéfié plusieurs en rappelant que les réseaux sociaux ne sont pas représentatifs de la réalité. Sage conseil à suivre pour ne pas sombrer dans la comparaison et se trouver dans un état de déprime.

« I’m human. my life is not perfect and what you see here on social media is just the surface. be gentle with yourself […] we are all capable of great things, worthy of love, and allowed to express ourselves. »

La nécessité d’avoir une apparence idéalisée est sournoisement ancrée dans nos pensées et suscite des attentes pouvant être destructrices pour l’estime de soi. Les réseaux sociaux nourrissent cette culture d’idéaux puisqu’ils offrent une belle vitrine à l’exposition d’images qui vendent le rêve ; il suffit de les faire défiler d’un simple coup de doigt! Une étude a démontré qu’une exposition quotidienne à des images reflétant les standards de beauté est négative pour l’image corporelle, spécialement chez les femmes qui ont tendance à se comparer aux autres et qui ont fortement internalisé un idéal de minceur (Dumas et Desroches, 2019). Aussi, on mentionne que les femmes sont plus sujettes à modifier leurs photos afin de paraître parfaite sur leurs différents profils, comparativement aux hommes (Dumas et Desroches, 2019). Comment ne pas avoir envie d’éditer nos photos lorsque même les femmes sur les couvertures des magazines le font? Raison de faire attention, comme l’a dit Kylie Jenner, à l’interprétation qu’on fait du contenu visionné sur les réseaux sociaux. On suggère aussi, dans cette étude, que les prochaines recherches sur l’impact de la comparaison sociale devraient s’intéresser à la plateforme Instagram (Dumas et Desroches, 2019). Petit clin d’œil à la Semaine nationale de sensibilisation aux troubles alimentaires qui avait pour slogan cette année « ne laissez pas le contenu sur les réseaux sociaux influencer votre poids. L’obsession du poids peut mener à un trouble alimentaire. » (Santé Montréal Gouvernement du Québec, 2020). De plus, le logo de la campagne de sensibilisation était celui d’Instagram, mais transformé en balance; indice assez flagrant qu’il faut s’intéresser aux répercussions sur la santé de cette application à la présence solidement enracinée dans nos quotidiens.

Il n’est pas mal d’éditer une photo, toutefois, il faut se demander quel est l’objectif derrière cela. Est-ce que le but est de plaire à l’œil du public ? Si oui, on est plus à risque de tomber dans la comparaison sociale. Il faudrait donc développer des outils pour réduire la détresse psychologique occasionnée par la recherche de validation sociale lorsqu’on partage une photo de soi au grand public. J’ai eu la chance d’assister à une conférence où Alexandre Champagne a parlé de sa nouvelle fondation : le Centre pour l’intelligence émotionnelle en ligne (CIEL). L’intelligence émotionnelle fait ici référence à la capacité de comprendre l’origine de nos réactions face à une situation particulière (Siag, 2019). Dans l’optique où nous devons nous adapter aux médias sociaux, le photographe veut amener les jeunes à adopter une perceptive positive en discernant le désir d’attirer l’attention du motif de vouloir partager une photo (Siag, 2019). Cette idée d’apprendre à utiliser les réseaux sociaux de manière saine et bénéfique pour l’estime de soi est un bel exemple de solution pour contrer l’impact négatif des critiques.

Somme toute, nous obtenons un beau tableau de ce qui continue à brimer les femmes dans leur acceptation de soi et du progrès qu’il reste à faire. D’un côté, il y a des initiatives positives encourageant les femmes à être elles-mêmes, mais de l’autre, il y a le jugement sévère à l’endroit de celles qui s’assument pleinement. Où devons-nous nous situer pour éviter toutes formes de commentaires négatifs, si encore là, c’est possible ? Pour les sceptiques de la pression que subissent les femmes, je vous invite à visionner, si ce n’est pas encore fait, la vidéo virale créée par le Girls. Girls. Girls. Magazine intitulée « Be A Lady They Said ». On y dénonce les lignes de conduite contradictoires véhiculées par la société. Même en cherchant à être parfaite comme les stars d’Hollywood, il y aura toujours quelqu’un pour te reprocher que tu n’es pas good enough. J’en tire la conclusion que vous êtes insatiable Mme la Société, vous satisfaire semble mission impossible et, à vrai dire, ma satisfaction personnelle est suffisante! L’approbation sociale est quelque chose de bien futile et j’accorde peu d’importance à l’avis de monsieur et madame Tout-le-monde. On oublie trop souvent de s’aimer comme on est et de dissocier notre estime de soi du regard des autres. Alors toi qui lis ceci, n’attribue pas une trop grande valeur à l’opinion d’autrui, car simplement, tu es qui tu es, pis c’est beau.

Révisé par Thierry Jean


Références

beberexha. (2019, 12 août). [Image jointe]. Instagram. https://www.instagram.com/p/B1EYi9KlvEL/?utm_source=ig_web_copy_link

ddlovato. (2019, 5 septembre). [Image jointe]. Instagram. https://www.instagram.com/p/B2DLlZ4BfgP/?utm_source=ig_web_copy_link

Dumas, A-A. et Desroches, S. (2019, 21 janvier). Women’s Use of Social Media: What Is the Evidence About Their Impact on Weight Management and Body Image? Current Obesity Reports, 8(1), 286-297. https://doi.org/10.1007/s13679-019-0324-4

kyliejenner. (2019, 16 juillet). [Image jointe]. Instagram. https://www.instagram.com/p/Bz93XwCHtW3/?utm_source=ig_web_copy_link

lilireinhart. (2019, 13 mai). [Image jointe]. Instagram. https://www.instagram.com/p/BxbTuFNgsIT/?utm_source=ig_web_copy_link

McLean, P. (réalisateur). (2020). Be A Lady They Said [film de sensibilisation]. Girls. Girls. Girls. Magazine.

Santé Montréal Gouvernement du Québec. (2020, 2 février). Semaine nationale de sensibilisation aux troubles alimentaires 2020. https://santemontreal.qc.ca/population/actualites/nouvelle/semaine-nationale-de-sensibilisation-aux-troubles-alimentaires-2020/

SIAG, J. (2019, 4 décembre). Réseaux sociaux et santé mentale : Alexandre Champagne met sur pied une fondation. La Presse. https://www.lapresse.ca/societe/201912/03/01-5252282-reseaux-sociaux-et-sante-mentale-alexandre-champagne-met-sur-pied-une-fondation.php

Annexes

Annexe 1

Annexe 2

Annexe 3

Annexe 4


À lire

L’importance du soutien social par Charlène Morier

La poupée – par Sarine Demirjian

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