Les troubles des conduites alimentaires – Par Emmanuelle Alcantar-Laguë

Avez-vous déjà sauté des repas? Avez-vous surveillé de près les aliments que vous consommiez? Vous êtes-vous déjà senti.e coupable après avoir mangé? Tous ces comportements peuvent être liés d’une façon ou d’une autre aux troubles alimentaires, mais comment sont-ils définis exactement? Les troubles des conduites alimentaires sont des conditions comportementales caractérisées par la perturbation sévère et persistante du comportement alimentaire et sont associés à des pensées et des émotions négatives (APA, 2021). Cet article est une introduction aux troubles alimentaires et vise à expliquer ainsi qu’à différencier quelques-uns de ces troubles dans l’optique d’apporter une meilleure compréhension de ce qui caractérise chacun d’eux. 

Anorexie mentale

L’anorexie est sans doute le trouble alimentaire le plus connu, ou celui que les gens pensent le plus connaître étant donné qu’il est le plus facilement observable, notamment par le faible poids de la personne qui en souffre. Attention : avoir un poids très faible ne veut pas nécessairement dire qu’on souffre d’anorexie mentale. Pour diagnostiquer quelqu’un.e avec ce trouble, selon le DSM-5, plusieurs critères doivent être remplis : il y a restriction des apports énergétiques qui mène à un poids significativement bas, anormal selon l’âge et la taille de la personne; il y a une peur intense de prendre du poids ou de devenir gros.se, même si le poids est inférieur à la normale; il y a altération de la perception du poids ou de la forme de son propre corps et, finalement, il y a une influence excessive du poids ou de la forme corporelle sur l’estime de soi ou un déni persistant de la gravité de la maigreur (Raynault et al., 2016). Il existe deux types d’anorexie mentale : la forme restrictive pure, où il y a uniquement réduction de l’alimentation (jeûne, régime, etc.) et/ou d’activité physique excessive et la forme « boulimique », où il a présence de crises compulsives alimentaires et de vomissements (Raynault et al., 2016). La dénutrition causée par le trouble cause à son tour plusieurs complications de santé aux individu.e.s atteint.e.s, par exemple un déclin de la densité osseuse qui peut causer des fractures spontanées, des problèmes cardiaques comme la bradycardie, ou encore une mauvaise santé reproductive. L’anorexie mentale est le trouble alimentaire le plus mortel (Meczekalski, 2013). Parmi les facteurs de risque de l’anorexie mentale, nous pouvons retrouver le fait d’être de sexe féminin, avoir un attachement insécure (Raynault, 2016), le perfectionnisme et une évaluation négative de soi-même (Bulik et al., 2006). 

Boulimie

Parmi les critères diagnostiques du DSM-5 pour la boulimie, on retrouve les éléments suivants : les accès hyperphagiques, qui sont des périodes ou la personne ingère des quantités énormes de nourriture dans une période de temps limitée; un sentiment de perte de contrôle sur le comportement alimentaire; des comportements compensatoires inappropriés et récurrents qui visent à éviter une prise poids, comme les vomissements provoqués, l’usage de laxatifs ou de diurétiques, le jeûne, etc. et l’estime de soi qui est influencée de façon excessive par le poids et la forme corporelle (de Tournemire, 2013). La boulimie se différencie de la forme boulimique de l’anorexie mentale, car la personne qui en souffre n’a pas un poids qui est sous la norme. Les crises de boulimie sont souvent vécues avec honte, dans le secret, et le trouble est souvent plus difficile à détecter chez autrui puisqu’il ne saute pas aux yeux comme c’est le cas avec l’anorexie mentale (de Tournemire, 2013). La maltraitance physique et les abus sexuels sont des facteurs de risques pour le développement de la boulimie, bien qu’ils ne soient pas présents dans la majorité des cas (Welch, 1996). Une étude réalisée avec un échantillon de femmes a démontré que celles qui sont perfectionnistes et qui se considèrent en surpoids ont plus de chances d’avoir des comportements boulimiques si elles ont également une mauvaise estime d’elles-mêmes (Vohs, 1999). Parmi les conséquences physiques, on peut compter les douleurs abdominales (de Tournemire, 2013) et les complications oropharyngées et digestives, plus spécifiques à l’usage de laxatifs. Associées aux vomissements fréquents, les conséquences sont notamment les caries, l’érosion de l’émail dentaire, un érythème du pharynx, une œsophagite, une gastrite, l’hypertrophie des glandes salivaires ou, dans des cas plus rares, une fissure de l’œsophage ou une rupture de l’estomac (Godart, 2004). 

Hyperphagie

L’hyperphagie ressemble en quelque sorte à la boulimie puisque toutes deux partagent des critères diagnostiques du DSM-5. En effet, la personne qui souffre de ce trouble a des accès hyperphagiques récurrents où elle consomme dans une période de temps limitée une quantité de nourriture largement supérieure à ce que la plupart des gens mangeraient dans les mêmes circonstances et elle éprouve un sentiment de perte de contrôle sur son comportement alimentaire. Ces accès hyperphagiques entraînent une détresse marquée (Wilfley, 2016). Cependant, contrairement à la personne boulimique, l’individu.e hyperphagique n’a pas recours à des comportements compensatoires inappropriés. L’hyperphagie est également associée à l’obésité et une minorité substantielle (13 à 27 %) des personnes qui demandent un traitement pour la perte de poids souffrent d’hyperphagie (Wilfley, 2016). Le fait de manger en réponse à des émotions négatives ou à de l’anxiété est également relié à l’hyperphagie. Une personne pourrait donc avoir un accès hyperphagique lors d’un moment où elle tente de dissimuler des émotions qu’elle aimerait mieux ne pas ressentir.  L’hyperphagie a également des comorbidités avec d’autres troubles. Par exemple, les individu.e.s hyperphagiques ont des plus hauts taux de dépression majeure, de stress post-traumatique, d’anxiété généralisée, de trouble obsessif-compulsif, d’attaques de panique, de trouble du contrôle des impulsions et d’abus de substances par rapport aux personnes qui ne sont pas hyperphagiques (Wilfley, 2016). 

Orthorexie

L’orthorexie n’est pas encore catégorisée comme un trouble alimentaire à proprement parler, puisqu’elle ne figure pas dans le DSM-5. Cependant, il s’agit d’une conduite alimentaire inhabituelle. Elle est définie comme une obsession de consommer de la nourriture saine et une préoccupation excessive concernant les propriétés des aliments (Goutaudier, 2019). Pour qu’une personne orthorexique consomme un aliment, elle doit le savoir sain. Tout aliment qui n’est pas considéré comme tel sera exclu de son alimentation. Contrairement aux personnes anorexiques, les individu.e.s orthorexiques ne sont pas préoccupé.e.s par la quantité de nourriture ingérée, mais bien par la qualité et la valeur nutritionnelle des aliments consommés. Les personnes orthorexiques investissent un temps important (plus de trois heures) à préparer des repas sains et lorsqu’iels consomment un aliment qui n’est pas considéré comme sain, cela leur provoque un sentiment de culpabilité intense (Goutaudier, 2019).  L’orthorexie a des caractéristiques communes avec le trouble obsessionnel compulsif (TOC), la plus évidente étant la présence d’obsessions envahissantes et récurrentes qui persistent. Il semble avoir une prévalence du trouble plus élevée chez les athlètes ainsi que chez les individu.e.s travaillant dans le domaine de l’alimentation et le domaine artistique (Goutaudier, 2019). Le caractère restrictif de l’alimentation chez les orthorexiques peut amener des conséquences sur la santé qui sont semblables à celles qu’on retrouve chez les anorexiques. Parmi ces conséquences, on peut compter les carences alimentaires, les problèmes gastro-intestinaux, les inflammations de l’estomac, l’ostéoporose ou les changements dans la pression artérielle (Goutaudier, 2019). 

Alors que s’alimenter est quelque chose de plaisant pour plusieurs, il peut s’agir d’un cauchemar pour d’autres. Les troubles des conduites alimentaires viennent avec leur lot de difficultés, autant physiques que psychologiques, et sont à prendre au sérieux. Quand votre relation avec la nourriture devient une préoccupation qui menace de vous engloutir, il serait peut-être le temps de consulter afin de pouvoir savourer votre vie pleinement.  

Texte révisé par Nevena Popova

Références

AbsolutVision. (2019, 29 avril). [Assiette en forme de pèse-personne avec ustensiles] [image en ligne]. Pixabay. https://pixabay.com/fr/photos/régime-assiette-aliments- fourchette-4165490/ 

American Psychiatric Association. (2021, mars). What are eating disorders? https://www.psychiatry.org/patients-families/eating-disorders/what-are-eating- disorders

Bulik, C. M., Sullivan, P. F., Tozzi, F., Furberg, H., Lichtenstein, P. et Pedersen, N. L. (2006). Prevalence, Heritability, and Prospective Risk Factors for Anorexia Nervosa. Arch Gen Psychiatry, 63(3), 305–312. doi:10.1001/archpsyc.63.3.305    

de Tournemire, R. (2013). Les crises de boulimie à l’adolescence. Archives de Pédiatrie, 20(11), 1265-1270. https://doi.org/10.1016/j.arcped.2013.08.001

Godart, N., Perdereau, F. et Jeanmet, P. (2004). Données épidémiologiques : boulimie chez  l’adolescent. Journal de pédiatrie et de puériculture, 17(7), 366-369. https://doi.org/10.1016/j.jpp.2004.06.004

Goutaudier, N. et Rousseau, A. (2019). L’orthorexie : une nouvelle forme de trouble des conduites alimentaires? La presse médicale, 48(10), 1065-1071. https://doi.org/10.1016/j.lpm.2019.07.005

Meczekalski, B., Podfigurna-Stopa, A. et Katulski, K. (2013). Long-term consequences of anorexia nervosa. Maturitas, 75(3), 215-220. https://doi.org/10.1016/j.maturitas.2013.04.014

Raynault, A., Rousselet, M., Acier, D. et Grall-Bronnec, M. (2016). Caractéristiques associées à l’attachement insécure dans l’anorexie mentale. Annales Médico- psychologiques, revue psychiatrique, 174(6), 431-435. https://doi.org/10.1016/j.amp.2015.01.012

Vohs, K. D., Bardone, A. M., Joiner, T. E., Jr., et Abramson, L. Y. (1999). Perfectionism, perceived weight status, and self-esteem interact to predict bulimic symptoms: A model of bulimic symptom development. Journal of Abnormal Psychology, 108(4), 695–700. https://doi.org/10.1037/0021-843X.108.4.695 

Welch, S.L. et Fairburn, C.G. (1996). Childhood sexual and physical abuse as risk factors for the development of bulimia nervosa : A community-based case control study. Child abuse & neglect, 20(7), 633-642. https://doi.org/10.1016/0145- 2134(96)00051-8 

Wilfley, D. E., Citrome, L. et Herman, B. K. (2016). Characteristics of binge eating disorder in relation to diagnostic criteria. Neuropsychiatric Disease and Treatment, 12, 2213-2223. https://doi.org/10.2147/NDT.S107777

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