Avez-vous déjà ressenti une angoisse grandissante en regardant à la télévision les images d’un feu de forêt ? Éprouvez-vous une culpabilité intense à la pensée de la quantité de plastique dans les océans ? Ou encore, appréhendez-vous la moindre augmentation de température extérieure lors d’une chaude journée d’été ? Si ces situations vous interpellent ou font partie de votre quotidien, il peut s’agir de manifestations d’écoanxiété, un type d’angoisse de plus en plus répandu.
L’Office québécois de la langue française définit l’écoanxiété comme un « sentiment d’anxiété, préoccupation ou appréhension ressentis par une personne devant les bouleversements causés par les changements climatiques et leurs conséquences » (Office québécois de la langue française, 2021). Selon une étude menée par Statistique Québec en 2022-2023 auprès de jeunes du secondaire, les deux-tiers des élèves éprouveraient de l’écoanxiété à différents niveaux. Jusqu’à 8 % des étudiants au secondaire disent vivre de l’écoanxiété en permanence ou presque continuellement. Avec la crise climatique et les catastrophes naturelles qui font la une de tous les reportages, les chiffres parlent d’eux-mêmes : l’écoanxiété est une réalité bien plus fréquente que nous le pensons, d’autant plus qu’elle est en hausse.
Les manifestations de l’écoanxiété
L’écoanxiété a été définie comme étant l’angoisse face aux enjeux environnementaux. Mais quelles sont ses réelles manifestations au quotidien ? Tout d’abord, il est important de noter que l’écoanxiété ne se manifeste pas uniquement par de l’angoisse. Elle est associée à une multitude d’émotions qui peuvent coexister au sein d’une même personne. On pourrait nommer la culpabilité d’utiliser des ressources ou de polluer, la colère (par exemple envers les générations passées et les gouvernements) et le deuil de la dégradation de la nature. D’autres manifestations, comme des symptômes dépressifs, des crises de panique ou un sentiment de fatalité et d’impuissance, peuvent aussi être présentes. L’écoanxiété peut aussi affecter l’attention et le sommeil (Commission de la santé mentale du Canada, 2023). Au niveau interpersonnel, les personnes vivant avec l’écoanxiété peuvent entrer en conflit avec ceux qui expriment des idées différentes sur le sujet de l’écologie, puisqu’il déclenche chez eux un sentiment d’urgence. Elles peuvent également être perçues comme des personnes dites « trouble-fête », affectant l’ambiance lorsqu’elles apportent leurs réflexions ou leurs angoisses sur la protection de l’environnement, ce qui pourrait mener à un retrait social (Gousse-Lessard et Lebrun-Paré, 2022).
L’écoanxiété n’est pas répertoriée comme étant un diagnostic distinct dans le DSM-5. Cependant, il est possible de la considérer comme faisant partie des troubles anxieux, si ses manifestations remplissent les critères spécifiques de ces derniers (ex : détresse et incapacité). Même s’il n’y a pour le moment aucun diagnostic officiel, cela ne signifie pas pour autant que les impacts de l’écoanxiété sont à prendre à la légère. L’incertitude liée à la crise climatique, mêlée aux questions existentielles sur l’avenir de l’humanité, sont bien susceptibles de créer de la souffrance psychologique (Gousse-Lessard et Lebrun-Paré, 2022).
La jeunesse pour la planète
Plusieurs études ont révélé que l’écoanxiété touchait davantage les jeunes générations (Gousse-Lessard et Lebrun-Paré, 2022), ainsi que les femmes (Clayton et al., 2023). Les communautés autochtones, quant à eux, seraient également très impactées par cette problématique (Commission de la santé mentale du Canada, 2023).
Les changements climatiques et l’avenir de la planète affectent donc beaucoup les jeunes, au point d’influencer leurs choix de vie. De nombreux se questionnent à l’idée de fonder une famille et hésitent à entreprendre des études prolongées, en raison de l’incertitude face à leur vie d’adulte, qui pourtant, vient seulement de commencer. Étant l’une des premières générations à subir les impacts des changements climatiques, elle a créé des jeunes à la fois angoissés et motivés à faire entendre leurs voix (Québec Science, 2023).
Solutions.
Face à l’incertitude qu’entraîne la crise climatique, on peut penser que les solutions à l’écoanxiété sont restreintes. Même s’il est impossible de régler immédiatement toutes les questions et problèmes liés à l’environnement, il est possible de proposer plusieurs gestes pour apaiser les émotions négatives qui en découlent.
Un article de Desmarais et al paru en 2022 présente onze solutions pour lutter contre l’écoanxiété. Leur approche s’inscrit principalement en milieu scolaire, mais n’en est pas moins pertinente pour ceux touchés en dehors de ce cadre. On y suggère de valider les émotions de la personne anxieuse, en lui rappelant que le contexte actuel est préoccupant pour beaucoup. En milieu scolaire, on propose aussi d’offrir aux jeunes la possibilité de s’exprimer sur leurs craintes, et de participer à des actions locales environnementales.
La canalisation de l’anxiété par l’action est une solution qui ressort dans plusieurs articles. Dans une brochure de la Direction de la santé publique de la Montérégie publiée en 2022, on explique que réaliser de petits gestes écologiques au quotidien peut aider à combattre le sentiment d’impuissance face à la crise climatique. On y énumère, par exemple : utiliser le vélo et les transports en commun (pour ceux qui le peuvent), réduire sa consommation de viande et éviter le gaspillage, acheter usagé ou en friperie, composter et recycler, cultiver son propre potager, ou encore porter attention à l’utilisation de l’électricité, du chauffage et de l’eau.
Cette même brochure suggère également de limiter l’exposition aux médias lorsqu’ils sont plus anxiogènes qu’informatifs. Les médias, comme les chaînes d’informations, véhiculent souvent des images et des faits alarmants, qui peuvent entraîner de la détresse chez ceux qui vivent avec l’écoanxiété. Ce phénomène est accentué par les réseaux sociaux, qui fournissent une quantité de contenus accessibles en tout temps, sans nécessairement filtrer les informations véridiques des fausses nouvelles (Poirier et Noiseux, 2022). Éviter l’exposition aux médias n’équivaut pas nécessairement à « se mettre la tête dans le sable » : il faut s’informer auprès de sources fiables pour ne pas alimenter les scénarios catastrophiques, tout en sachant prendre des distances si l’impact sur la santé mentale devient trop important.
C’est également le conseil de la psychologue Christine Grou, qui mentionne dans la revue « Protégez-vous » qu’il faut maintenir un équilibre dans notre consommation des actualités. Il est important de s’informer, car se couper du monde n’est pas une situation envisageable. En choisissant ses sources, il est possible de rester à la page sans passer des heures à se noyer dans l’information anxiogène (Ste-Marie, 2023).
Concluons sur une dernière solution. Combattre l’écoanxiété par la nature : telle a été la recommandation d’un article du collège des médecins du Québec paru en 2023. En effet, il semblerait que passer du temps en nature serait un excellent remède contre l’angoisse, faisant baisser le taux de cortisol et aidant à prévenir certaines conditions comme les maladies cardiovasculaires ou l’hypertension artérielle.
Si vous pensez éprouver de l’écoanxiété, sachez que vous n’êtes pas seul.e.s. Il faut garder espoir dans ces moments difficiles, et nous rappeler à quel point notre planète mérite amour et protection.
Texte révisé par Clémentine Wengler.
Références :
Clayton, S.D., Pihkala, P., Wray, B., Marks, E. (2023). Psychological and Emotional Responses to Climate Change among Young People Worldwide: Differences Associated with Gender, Age, and Country. Sustainability, 15(3540). https:// doi.org/10.3390/su15043540
Collège des médecins du Québec (2023, juillet), Éco-anxiété et changements climatiques : vos réponses à notre sondage! Collège des médecins du Québec, https://www.cmq.org/fr/actualites/eco-anxiete-changements-climatiques
Commission de la santé mentale du Canada (2023, avril), Comprendre l’écoanxiété et y faire face. Commission de la santé mentale du Canada, https://commissionsantementale.ca/resource/comprendre-lecoanxiete-et-y-faire-face/
Desmarais, M-É., Rocque, R. et Sims, L. (2022). Comment faire face à l’éco-anxiété : 11 stratégies d’adaptation en contexte éducatif. Éducation relative à l’environnement, 17(1). https://id.erudit.org/iderudit/1093844ar
Gousse-Laessard, A-S. et Lubrun-Paré, F. (2022). Regards croisés sur le phénomène « d’écoanxiété » : perspectives psychologique, sociale et éducationnelle. Éducation relative à l’environnement, 17(1). https://id.erudit.org/iderudit/1093839ar
Office québécois de la langue française (2021), https://vitrinelinguistique.oqlf.gouv.qc.ca/fiche-gdt/fiche/26556920/ecoanxiete
Poirier, M-A. et Noiseux, M. (2022). L’écoanxiété : un éveil de conscience menant au changement. Direction de la santé publique de la Montérégie, https://extranet.santemonteregie.qc.ca/app/uploads/2023/12/horizonsante-ecoanxiete-2022.pdf
Rossato, A. (2023, novembre). Faut-il s’inquiéter de l’écoanxiété des jeunes? Québec Science. https://www.quebecscience.qc.ca/societe/ecoanxiete-des-jeunes/
Statistique Québec. (2022-2023). Écoanxiété. Statistique Québec. https://statistique.quebec.ca/vitrine/15-29-ans/theme/environnement/ecoanxiete
Ste-Marie, M. (2023, janvier). Comment gérer l’anxiété engendrée par l’actualité?
Protégez-Vous. https://www.protegez-vous.ca/nouvelles/sante-et-alimentation/comment-gerer-l-anxiete-engendree-par-l-actualite
Image : Singkham (2018, 10 février). Jardinière à Ampoule Claire Sur Grey Rock [Image en ligne]. Pexels : https://www.pexels.com/fr-fr/photo/jardiniere-a-ampoule-claire-sur-grey-rock-1108572/


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