Le réveil sonne, je me réveille… il est six heures. – par Marie Tougne

Je suis ce que personne n’est, mais que j’aimerais ne pas être. Nous entrons dans l’ère compétitive de l’insatisfaction et de la quête personnelle. La vie est devenue un terrain d’interrogations et de remises en question qui limitent le lâcher-prise dans l’optique de se perfectionner. Nous sommes devenu.e.s des machines automatiques et passives.

Le questionnement identitaire est troublant et anxiogène. Il est, tel l’effet papillon, une progression et une remise en question constante : il fait suite à des évènements et des processus réflexifs antérieurs. Constamment changeante, notre identité ne peut être définie, ce qui la rend indéfiniment discutable. Pourquoi suis-je ainsi ? Or, avant tout, qui suis-je ? Le fameux « qui » avant le « pourquoi ». Ce sont deux principes indissociables, mais entièrement différents. Si la raison de notre naissance est d’ores et déjà préoccupante et existentielle, celle de notre coopération avec la vie, soit notre rapport avec soi et autrui, est source de réflexion et de quête imminente. Qu’est-ce qui peut bien nous différencier des autres ? Quoi donc nous mène à réfléchir sans cesse comme nous le faisons depuis toujours ?

L’introspection tente de combler les vides de notre vie en soulignant les éléments significatifs ayant pu nous avoir formé.e.s. Nous tentons de comprendre le comment du pourquoi au point de parfois nous égarer. Nous nous retrouvons à craindre de nier certains aspects ou d’en surinterpréter d’autres. Nous ne nous permettons pas de ressentir et d’accepter. Nous remettons constamment en question nos constats et nos observations, comme si nous tentions d’évaluer notre vécu. Nous n’y réfléchissons même plus, mais l’analysons comme un produit prêt à être vendu. Chaque réponse est un point de plus au test de la vie. Professeur.e, dites-nous, rassurez-nous, avons-nous passé ? Or, d’un point de vue personnel, plus mes réflexions avançaient, plus mon introspection devenait, dans ma tête, source d’égoïsme et de frustration. Il est si terrible de trop réfléchir à soi… encore plus quand on éprouve tant de mal à s’aimer. « Changez, travaillez sur vous-mêmes ». Nous devenons l’ère du développement personnel et de la réactualisation de la pyramide de Maslow. On se voit au sommet de la pyramide, d’accord ? Notre ère en est une de compétition : nous nous devons de nous prouver au point d’omettre qui nous sommes.

Il existe au sein de notre société nord-américaine une mauvaise compréhension de la confiance. Notre société équivaut à la confiance à l’égoïsme et à l’arrogance. Or, la confiance, si elle n’est pas excessive et dénigrante envers autrui, peut être source d’accomplissement. Elle simplifie beaucoup de choses dont le travail et les relations interpersonnelles. Les personnes confiantes sont proactives et approchent les choses tout comme les gens. Au contraire, les personnes manquant de confiance ont de la difficulté à entreprendre et à se lancer, car cela implique d’oser faire ce que l’on remet en question être capable d’effectuer. La confiance est-elle la même chose que l’amour de soi ? L’absence d’amour de soi est profondément ancrée dans notre société individualiste et privilégiée en quête de réponses à des questions que d’autres, dans des pays moins privilégiés, ne se posent même pas. Cette idée est source de culpabilité et d’autodestruction. Toutefois, elle est omniprésente. Nous tentons chacun.e de nous comprendre. D’autres tentent de tout simplement comprendre. Puis, certain.e.s ne se posent pas trop de questions.

Qu’arrive-t-il après la compréhension de soi ? Que deviennent ceux et celles qui ne parviennent pas à s’aimer ? Si notre investigation interne mène à la conclusion que nous ne valons pas grand-chose, nous sommes pris.es et stagnons dans le chaos inepte de ce monde. Tant est attendu de nous et voilà que nous nous en sentons incapables… Il a toujours été intéressant de remarquer l’idée d’affronter la vie, comme si nous la subissions. Imaginez donc ceux et celles qui, non seulement, subissent leur vie, mais eux et elles-mêmes aussi. Il est souvent dit que nous ne pouvons compter que sur nous-mêmes. Cela est en partie vrai, mais terrifiant. Nous n’avons, au final, que nous : nous nous réveillons avec nous-mêmes et nous endormons avec nous-mêmes. Notre monde change, les gens viennent et partent, mais nous restons. Que faire quand notre propre présence est insupportable ?

Tant de facteurs externes influencent notre conception identitaire que nous sommes incapables de connaître sa nature profonde. La contradiction même de ce monde empêche la compréhension de notre raison d’être. Nous sommes constamment stimulé.e.s dans tous les sens. Nous mangeons des nouvelles le matin, des conversations le midi et des émissions le soir. Nous buvons les paroles de nos parents en enfance et celles de nos dirigeant.e.s une fois adultes. Et nos propos à nous…qui les boit ?  Saurions-nous même les expliquer sans nous les être fait définir auparavant ?

Une importante question survient : est-il possible d’être satisfait.e des réponses à nos questions au point de ne plus se questionner ? Ce lâcher-prise est-il possible ? La satisfaction personnelle et vitale est promue par notre société nord-américaine. Ce fameux accomplissement personnel et ce bonheur. Or, il est possible de concevoir la parfaite satisfaction de nos réponses comme profondément ennuyante. Aurions-nous une raison de nous réveiller le matin ? Aurions-nous envie d’entreprendre certains projets ?

Le réveil sonne, je me réveille… il est six heures. Est-il trop tôt, trop tard ? Je prends ma douche et me brosse les dents. Il est temps d’aller passer mon examen quotidien : l’examen identitaire. On m’a, depuis toute petite, prévenu que celui-ci serait chaque jour imprévisible et complexe.

La fatigue cogne… il est vingt-trois heures… ai-je finalement passé ? C’est le début de la fin, rien n’est encore terminé.

Révisé par Mégane Therrien


Référence

Gormley, A. Feeling material [image en ligne]. imgur. https://imgur.com/gallery/MkzOo4x


À lire

The baby-sitters club ou comment promouvoir des modèles féministes et sains auprès des jeunes filles – Par Catherine Côté

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