Pour l’amour de la bouffe – Par Florence Lajeunesse

« Coudonc, t’avais faim! Te fais-tu des réserves pour l’hiver? »

« Ah bin, une salade! Ça fait changement de tes cochonneries habituelles. » 

« Pauvre fille, elle a la peau sur les os! Elle doit peser 100 livres mouillée. » 

Ça blesse. Ça fesse. 

Que je mange mal, que je mange bien, il y a toujours quelqu’un qui va me critiquer. Si je saute un repas, on va penser que je ne suis pas en santé et que j’essaie de maigrir. Si je me sers deux fois, on va me dire que je suis trop gourmande, que j’ai les yeux plus gros que le ventre et que je dois faire attention si je veux encore rentrer dans mes jeans de taille double zéro. 

Se sentir coupable parce qu’on n’a pas le goût de se cuisiner un repas cinq services un soir de semaine en rentrant de l’école, ce n’est pas normal. Se sentir coupable en dégustant sa poutine de lendemain de veille un dimanche matin, ce n’est pas normal. Et se sentir coupable parce qu’on aime manger, ou parce que ça nous arrive de sauter un repas, ce n’est pas normal non plus. 

Mais on ne fait pas exprès de se sentir mal, nous autres. Alors, il vient d’où, ce sentiment de culpabilité quand on se rend compte qu’on ne mange pas comme dans les émissions de cuisine minceur, ou quand notre assiette du souper ne respecte pas les recommandations du Guide alimentaire canadien (Santé Canada, 2021)? Comment s’est-elle immiscée, la petite voix fatigante dans notre tête qui nous dit « T’as l’air d’un.e gros.se épais.se à manger ton Ficello pis ta barre tendre à l’heure du lunch à côté de la fille avec sa salade de quinoa, sa banane pis son muffin au zucchini » ? 

Pas besoin de chercher bien loin : la voix, ce n’est pas une voix. Ce sont toutes les voix mélangées de chaque personne qui, depuis que nous sommes haut.e.s comme trois pommes, a fait un commentaire sur notre alimentation ou sur notre poids. C’est la voix d’Instagram qui nous montre à quel point certain.e.s mangent mieux que nous, avec leurs commandes Goodfood ou Hello Fresh, mais ne publient jamais une photo sans retouches. C’est la voix des marques de vêtements, qui nous dit que la taille « XS » c’est pour les enfants, et que rendu à la taille « XL », on est considéré.e comme une personne en surpoids. C’est leur voix, pis elles sont tellement fortes ensemble qu’elles sont difficiles, voire impossibles à faire taire. 

Mais s’il-vous-plaît, ne laissons pas les voix nous envahir. Il ne faut pas les laisser gagner, pis si on voit quelqu’un qui a de la difficulté à se battre contre elles, il faut l’aider. La vie est trop courte pour ne pas goûter à toutes les sortes de gâteaux, pis la vie est bien assez stressante comme ça, on n’a pas besoin de s’inquiéter du nombre de calories qu’on ingère dans une journée en plus. 

Donnons-nous ce plaisir-là de manger parce que c’est le fun, comme on le veut, sans se soucier des voix, des regards croches, ou de la taille de nos vêtements « made in China ». Parce que la nourriture, c’est notre gaz, pis même une Lamborghini se rend pas bien loin avec un réservoir vide.

Faisons-le pour l’amour de la bouffe, mais surtout, pour l’amour de soi. 

Texte révisé par Alicia Danielewski

Références : 

Santé Canada. (2021, janvier 14). Guide alimentaire canadienhttps://guide-alimentaire.canada.ca/fr/

Myriam, F. (2015, 10 novembre). Nouilles spaghetti [image en ligne]. Pixabay. https://pixabay.com/fr/users/myriams-fotos-1627417/?tab=popular

2 réponses sur « Pour l’amour de la bouffe – Par Florence Lajeunesse »

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