Le burnout à la saveur des étudiant.e.s – Par Mathilde Chouinard

J’étais à dix heures de la date d’échéance que je m’étais imposée pour cet article et j’étais en train de procrastiner. Plus précisément, je regardais une vidéo TEDxTalks sur l’épuisement professionnel, plus communément appelé burnout, afin de me donner l’illusion de moins perdre mon temps. Le conférencier, un jeune entrepreneur, affirma alors haut et fort que les millénariaux.ales constituaient la génération la plus stressée à ce jour, une déclaration qui me fit instantanément éclater de rire.

Visiblement, cette proclamation était ce qu’il me fallait pour me sortir de ma léthargie et me lancer sur une recherche frénétique et désordonnée, assise au bout de ma chaise sur le bord de la table de la cuisine. Je suis une personne qui s’identifie à la génération Z et qui vit énormément de stress, et la majorité de mes camarades vivent eux et elles aussi beaucoup de stress. J’ai donc trouvé très drôle que les millénariaux.ales se considèrent comme les plus stressé.e.s. À ce moment, il était de mon avis que cette déclaration était tout simplement fausse et une recherche étonnamment rapide me l’a confirmé. En effet, le sondage de l’American Psychology Association intitulé Stress in America de 2020 confirme que la génération Z, soit les adolescent.e.s âgé.e.s de 13 à 17 ans et les adultes de 18 à 23 ans, constitue véritablement la génération la plus stressée (s. a., 2020). Les jeunes adultes de cette génération y ont signalé en moyenne un état de stress ressenti durant le dernier mois de 6,1 sur une échelle allant de 1 à 10, 10 étant associé à un énorme stress. En comparaison, la moyenne des adultes sondé.e.s se situait à 5,0. Ne soyez pas trop rapides à blâmer ces statistiques sur la situation actuelle; il s’agit simplement des données les plus récentes. La même tendance pouvait effectivement être observée lors des années précédentes : la moyenne des adultes se situait, en 2018 et en 2019, à 4,9 tandis que celle de la génération Z se situait plutôt à 5,6 et 5,8 pour les deux années respectivement. Cependant, le sujet de cet article n’est pas le stress, mais bien l’épuisement professionnel.

D’abord, il importe de mentionner que j’aime beaucoup procrastiner. Plus précisément, mon petit cerveau de primate aime bien procrastiner, mais ce n’est pas la seule chose qu’il aime bien faire : il adore aussi stresser. Notre réponse au stress se résume très bien, mais très grossièrement en anglais par les quatre F : fight, flight, freeze ou fawn, c’est-à-dire le combat, la fuite, la paralysie ou la soumission (Frothingham, 2021). Je ne vous apprends rien en vous présentant cela, mais cette mise en bouche est essentielle afin de bien comprendre ce qu’est l’épuisement professionnel.

L’épuisement professionnel est un état psychologique et physiologique causé par une exposition à un haut niveau de stress sur une longue période. Cet état est principalement défini par un épuisement émotionnel, par une dépersonnalisation s’exprimant par une distanciation émotionnelle entre la personne et l’objet stressant, et par une diminution du sentiment d’accomplissement (Noushad, 2008). Il a d’abord été observé dans les milieux professionnels, d’où son nom, mais sa définition s’est précisée au cours des années lorsqu’il fut observé à l’extérieur des aires de travail, plus particulièrement chez les étudiant.e.s. C’est donc pourquoi je n’aime pas utiliser l’expression « épuisement professionnel » qui propage l’idée erronée que le burnout n’est réservé qu’aux sphères professionnelles, une idée qui est, à mon avis, très dangereuse. En effet, chacun.e d’entre nous peut y être exposé.e et, pour l’éviter, il nous faut être capables de repérer ses signes avant-coureurs. Ainsi, le psychologiste Herbert Freudenberger, qui est à l’origine du terme burnout, et son collègue Gail North ont défini douze étapes menant à un état d’épuisement professionnel sévère. Les premières étapes de leur modèle nous sont tou.te.s familières : (1) le désir de se dépasser qui nous pousse à (2) travailler plus fort, nous menant parfois à (3) négliger nos propres besoins (Kraft, 2008). Il n’est pas rare pour un.e étudiant.e de sauter un repas ou de sacrifier quelques heures de sommeil pour un projet universitaire; ce comportement devient dangereux seulement quand il devient répétitif. En effet, la population étudiante a le fâcheux réflexe de se dire « une seule fois, juste pour terminer ce projet » et de tomber dans une spirale de mauvaises habitudes. Il est ensuite facile de s’enfoncer plus profondément : (4) nous nous mettons à éviter tout conflit, incluant ceux qui demandent parfois notre attention immédiate, et il est même possible que (5) nous nous surprenions à réévaluer notre système de valeurs afin de pouvoir conserver notre nouveau mode de vie malsain qui se met tranquillement en place (Kraft, 2008). S’en suit alors une liste d’étapes menant inévitablement vers (12) le syndrome de l’épuisement professionnel.

L’école ou le travail ne sont évidemment pas les seuls facteurs de stress qui peuvent causer un état de burnout. En effet, ce peut être n’importe quel élément de notre vie qui nécessite une attention constante et un investissement pour une longue durée de temps. Le burnout devient encore plus difficile à éviter lorsque cet élément stressant génère des attentes impossibles à attendre qui ne cessent de s’accumuler (Nagoski et Nagoski, 2020). C’est d’ailleurs pourquoi les emplois des domaines de soins de la santé recensent le plus de cas d’épuisement professionnel; les accomplissements des travailleur.euse.s sont difficilement quantifiables (Noushad, 2008). Toutefois, ces emplois auront toujours besoin d’être comblés et la population étudiante devra continuer de se présenter à ses cours. Ainsi, comment éviter le burnout?

Tel que les sœurs Amelia et Emily Nagoski le mentionnent dans leur livre Burnout: The Secret to Unlocking the Stress Cycle, la solution contre le burnout ne se résume pas à simplement prendre soin de soi. Comme nous l’avons vu, il est facile de négliger nos propres besoins lorsque nous nous trouvons en état de stress prolongé. Ce que les sœurs Nagoski recommandent, c’est de s’assurer d’être bien entouré.e. En effet, lorsque nous sommes entouré.e.s d’un cercle social solide qui tient à nous autant que nous tenons à lui, il grandit un écosystème d’aide mutuelle qui permet de briser le cycle de stress menant au burnout (Nagoski et Nagoski, 2020). Parfois, une simple action bienveillante peut aider énormément; il suffit de faire un rappel de prendre une pause, d’intervenir ou d’offrir une oreille attentive. Évidemment, ce cercle social n’est pas toujours disponible et il existe d’autres moyens de briser ce cycle du stress. Effectivement, ce qui cause le burnout est notre inhabilité à reconnaître les signes physiologiques ou psychologiques causés par le stress (Nagoski et Nagoski, 2020). Les plus faciles à reconnaître sont souvent les plus physiques : maux de ventre, maux de tête, fatigue, tremblements, bouffées de chaleur, engourdissements et j’en passe (Frothingham, 2021). Il faut être capable de se tourner vers ces sentiments inconfortables avec bonté et compassion. Cependant, le facteur principal qui nous empêche de le faire est la peur de ce qui se produit physiologiquement dans notre propre corps. Ainsi, il faut réapprendre à avoir confiance en notre corps; celui-ci a déjà traversé plusieurs évènements stressants et il en traversera d’autres. Il faut tenter de lâcher prise sur ces sensations physiques et de ne pas les laisser s’accumuler. Une bonne façon de les évacuer est de pratiquer un sport, par exemple, mais en attendant, prendre conscience de leur présence constitue déjà un premier pas.

Prenez le temps de vous arrêter et faites le point. Vous allez arriver à traverser ce qui vous tracasse; ne laissez pas votre stress vous brûler par les deux bouts. Parfois, prendre une dizaine de minutes afin de mettre le doigt sur ce qui vous inquiète et sur ce que ce facteur stressant vous fait vivre vous permettra dans le futur d’avoir l’énergie nécessaire pour gravir toutes les montagnes qui se présenteront sur votre chemin.

Texte révisé par Natasha Nasseri

Références :

s. a. (2020, octobre). Stress in America™ 2020: A National Mental Health Crisis. American Psychology Association. https://www.apa.org/news/press/releases/ stress/2020/report-october

Frothingham, M. B. (2021, 6 octobre). Fight, Flight, Freeze, or Fawn: What This Response Means. Simply Psychology. https://www.simplypsychology.org/fight-flight-freeze-fawn.html

Kraft, U. (2008, juin). Burned Out. Scientific American Mind. https://www.scientific american.com/article/burned-out/#

Nagoski A. et Nagoski, E. (2020, 7 janvier). Burnout: The Secret to Unlocking the Stress. (1re éd.). Ballantine Books.

Noushad, P. P. (2008, 20 juillet). From Teacher Burnout to Student Burnout. ERIC indexes. https://eric.ed.gov/?id=ED502150

Ulrich, T. (2019, 9 avril). burnout-g306beb781_1920 [image en ligne]. Pixabay. https://pixabay.com/fr/photos/burnout-psych%c3%a9-d%c3%a9pression-d%c3%a9sespoir-4113945/

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