Se battre pour l’attention de sa famille

Parfois, j’aimerais être dans une famille normale où l’on peut parler à sa sœur, à son frère ou à ses parents de façon normale… mais ce n’est pas le cas. Depuis toute jeune, je dois me battre pour attirer leur attention. Lorsque j’essaie de raconter ma journée, on ne m’écoute pas, on me coupe la parole pour parler d’autre chose, ou même on minimise ce que je vis. Ce n’est pas normal pour un enfant de devoir se battre pour avoir l’attention de ses parents.

Mon père travaille tout le temps : même en voyage, il se connecte pour travailler. Aujourd’hui, avec le travail à la maison, c’est rendu pire. Il s’enferme dans son bureau vers 4h30 le matin pour ne ressortir que pour venir chercher de la nourriture… et encore là ! Le soir, lorsque nous voulons passer un moment en famille après le souper, il retourne dans son bureau, car il a un appel important. Il peut même passer 24 heures debout à se connecter sur son ordinateur ou à faire des vidéo conférences sur son téléphone. On ne peut pas avoir de discussions avec lui, car après une minute, il nous répond qu’il doit y retourner et qu’il a un appel important à faire. Dans ces moments, c’est moi qui ne me sens pas importante. 

Ma mère travaille une semaine sur deux de nuit à l’hôpital. Elle est toujours stressée, impatiente et à bout de nerfs. Je ne l’ai jamais connue autrement. Parfois, elle peut éclater de colère pour un rien. Plus jeune, je devais la mettre de bonne humeur pour ensuite lui demander quelque chose, car sinon je savais qu’elle allait mal réagir. Mon truc était de poser des questions médicales : Maman, qu’est-ce qui cause un arrêt cardiaque ? Maman, c’est quoi un souffle au cœur ? Cela la distrayait un moment, puis je lui parlais de ma journée ou autre. J’ai toujours mis la faute sur le manque de sommeil, les semaines où elle travaillait de nuit, mais ça continuait même lorsqu’elle ne travaillait pas. Elle est techniquement présente physiquement, mais indisponible psychologiquement. 

Et puis, il y a ma sœur qui a toujours été énergique et qui est toujours en train de faire quelque chose. Elle ne vit plus avec nous, mais elle visite de temps en temps. Lorsqu’elle vient, j’essaie parfois de lui parler, de sœur à sœur. On se considère comme « proches », mais c’est encore drôle. Parfois, j’essaie de lui parler de ce qui se passe dans ma vie, de comment ça va avec mon copain. Mais elle ne fait que fixer son téléphone ou me couper la parole pour me lancer un autre sujet en pleine face. C’est difficile de vraiment parler avec elle, parce qu’elle me fait sentir comme si ce que je disais n’était pas important et à la longue, je le crois aussi. Elle ne fait pas exprès, je le sais. Mais ce sont des petits gestes qui pèsent lourd.

C’est difficile de voir les gens autour de moi parler à leur famille de tout et de rien. Parfois, je les envie. J’aimerais aussi pouvoir raconter à ma famille les détails de ma relation amoureuse, ou comment ça se passe à l’université. Mais, d’un autre côté, je sais qu’on ne va pas m’écouter, donc je fuis les conversations avec ma famille. Cela fait tellement mal de passer à côté d’elleux, de dire quelque chose, et de se faire totalement ignorer. C’est ce qui fait qu’à la longue, je ne leur dis rien. Je leur ai parlé d’une fréquentation que j’ai eu trois ans après qu’elle se soit passée. C’est un sentiment très étrange que de vouloir être proche de certaines personnes, mais en même temps de ne pas vouloir les approcher.   

La dynamique familiale impacte, bien sûr, ma relation amoureuse. Mon copain peut me parler de tout, même de ses histoires du secondaire. Moi, je ne parle pas de grand-chose, parce que j’ai appris que ce n’était pas intéressant. Pourquoi lui parler de mon voyage de ski désastreux en secondaire 5, ou encore de mon professeur d’histoire en secondaire 4 qui me plaçait toujours à côté d’un garçon qui parlait tout le temps, ou même la fois où mon amie et moi nous sommes rendues malades pour ne pas aller à notre cours d’anglais ?  J’apprends au fur et à mesure à m’ouvrir sur ces petites choses, car elles font partie de moi, et je ne veux pas que ma famille décide de qui je suis. 

Texte révisé par Alexane Dussault

Références:

Anemone123 (2017, 7 mai). Jeune femme seule [image en ligne]. Pixabay.         https://pixabay.com/images/id-2293377/

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