À toutes mes amitiés perdues – Par Abigaelle Lavoie

L’autre jour, alors que je replongeais dans mes vieux souvenirs d’enfance et d’adolescence, j’ai pensé à vous.

J’ai pensé à toi, la première amie que je me suis faite à ma nouvelle école. Tu m’as approchée à la récréation pour me dire que je pouvais me joindre à tes amies et toi. Nous étions dans la même classe au primaire, mais, au secondaire, nous nous sommes vite perdues de vues. On se saluait lorsqu’on se croisait dans les couloirs, ni plus ni moins. Ensuite, quelques années plus tard, tu m’as proposé qu’on partage une chambre d’hôtel lors d’un voyage scolaire à New York. Puis, après notre graduation, nous ne nous sommes plus revues et aucune d’entre nous n’a pris des nouvelles de l’autre depuis tout ce temps. Alors, que fais-tu depuis toutes ces années ? Es-tu étudiante à l’université ou as-tu trouvé un emploi quelque part ? Et puis ton frère, comment va-t-il ? 

J’ai pensé à toi, l’amie qui m’invitait toujours à ses fêtes d’anniversaire. J’adorais célébrer cette occasion en ta compagnie. C’était toujours plaisant et j’en garde de bons souvenirs. La dernière fois que je t’ai vue, c’était il y a quelques années au cinéma local et on a pu parler pendant quelques minutes. Il m’a fait un grand bien de te revoir et de rattraper un peu le temps perdu. Après cet échange inattendu, mais réconfortant, plus rien. Aux dernières nouvelles, du moins selon ce que ton profil Facebook indique, tu étudies en théâtre. Es-tu davantage sur scène ou dans les coulisses ? Peu importe la réponse, j’espère, un jour, avoir la chance de voir une de tes productions.

J’ai pensé à toi, le garçon aux cheveux longs sur lequel j’ai eu un béguin pendant presque trois ans quand j’étais plus jeune. J’ai toujours admiré ton talent et ta passion pour la musique. Si je me souviens bien, tu étudiais en musique au secondaire. Malheureusement, je ne te suis sur aucun réseau social, donc je n’ai aucune nouvelle de toi depuis des années. De toute façon, il n’a jamais été ton genre d’exposer ta vie sur les réseaux sociaux, ce qui ne fait que soulever plus de questions dans mon esprit. Tes cheveux sont-ils encore aussi longs ? As-tu continué ton parcours académique en musique ? Comment ta famille se porte-t-elle ? 

J’ai pensé à toi, mon camarade de banc d’autobus. Je me souviens de toi qui t’endormais pendant le trajet jusqu’à l’école ou jusqu’à la maison, le front appuyé contre le banc en avant de nous et la main avec le pouce en l’air. Je me souviens de toi qui essayais de faire tes devoirs dans l’autobus alors que la route était trop cahoteuse pour permettre l’écriture d’une phrase complète et lisible. Lorsqu’est venu le temps pour toi d’entamer le secondaire, tu as quitté notre petit village pour la grande ville et je ne t’ai plus jamais revu. L’été dernier, j’ai croisé quelqu’un qui te ressemblait étrangement. Peut-être était-ce toi. La personne m’a lancé un drôle de regard, comme si je lui semblais être un visage familier. J’aurais dû lui demander s’il s’agissait de toi ou si ma mémoire me faisait simplement défaut.  

J’ai pensé à toi, ma meilleure amie avec qui j’ai eu d’incommensurables fous rires. Tu es sûrement la personne pour qui j’ai eu le plus de mal à accepter qu’on se perde de vue. Nous qui avions un lien si fort pendant toutes ces années, il n’a fallu que quelques jours pour qu’un fossé se creuse entre nous. J’ai des nouvelles de toi via les réseaux sociaux. Tu viens de finir ton stage, tu es censée t’envoler pour un nouveau voyage bientôt et tu sembles avoir encore et toujours la même joie de vivre. Toi qui as laissé une marque indélébile dans ma vie, ai-je laissé une trace similaire dans la tienne ? 

J’ai pensé à toi, mon meilleur ami au sarcasme hors pair et à la grande gueule. Lorsque je pense à toi, je pense à nos folies, à nos appels FaceTime récurrents, à nos inside jokes et à nos mille et une photos embarrassantes. Depuis que nous sommes entré.e.s au cégep, nos chemins ont lentement commencé à diverger l’un de l’autre, tellement qu’ils sont presque  parallèles. Notre dernière rencontre remonte maintenant à il y a plus de trois ans. Nous devions nous rencontrer cet été pour prendre des nouvelles et j’étais si heureuse de pouvoir enfin te revoir après tout ce temps. Cependant, pour des raisons hors de notre contrôle, cette rencontre n’a pas eu lieu. Sur le coup, je me suis demandée si c’était le destin. Était-ce un signe que notre amitié est perdue à jamais ? J’espère que non. Je continue de croire qu’un jour, nous nous reverrons et que nous pourrons renouer notre lien. 

À toutes mes amitiés perdues, je ne vous ai pas oubliées. Vous êtes tous.te.s rangé.e.s précieusement dans un coin de ma mémoire. Vous avez eu un impact majeur dans ma vie et j’espère que j’en ai eu un dans la vôtre, aussi minime soit-il. Chacun.e d’entre vous m’a aidée à devenir la personne que je suis aujourd’hui et, pour cela, je vous remercie. 

À toutes mes amitiés perdues, j’espère que vous allez bien en ces temps difficiles. Peut-être que nos chemins ont trop divergé pour se recroiser, mais, si jamais ce n’est pas le cas, j’ai hâte de vous revoir.

Texte révisé par Shadei Saadé

Références

Duong, C. (2017, 1 octobre). Silhouette photo of six persons on top of moutain photo [image en ligne]. Unsplash. https://unsplash.com/photos/Sj0iMtq_Z4w

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